CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS. G
sucre peuvent varier à un moment donné, même en dehors de la période digestive, dans des limites très étendues.
Il montre encore que l’alimentation albuminoïde (viande) fournit au foie et aux muscles les éléments du glycogène. Il montre enfin que le glycogène contenu dans la masse entière du système musculaire est inférieure, et souvent très inférieure, à la proportion de glycogène et de sucre que renferme le foie.
Mais si on rencontre le glycogène dans les muscles, on n’y trouve pas de glycose comme dans le foie, ce qui tend à faire supposer que le glycogène, quand il disparaît dans les muscles, ne donne pas de glycose comme produit de dédoublement, mais probablement de l’acide lactique. Si le glycogène des muscles donnait naissance à du sucre on devrait aussi, à certains moments, trouver plus de sucre dans le sang qui sort des muscles que dans celui qui y entre, or cela n’a pas été observé; on a même constaté le contraire.
Les muscles paraissent, d’ailleurs, se charger moins facilement que le foie du glycogène que peut engendrer dans leur tissu la glycose alimentaire. M. Liichsinger, par exemple, constate qu’il suffit de o grammes de sucre ou de glycose administrés à un chien de moyenne taille, chez lequel le jeûne a fait disparaître le glycogène des muscles et du foie, pour faire réapparaître celui-ci dans le foie, tandis qu’il n’en est pas de même dans les muscles.
MM. Bôhm et Hoffmann ont constaté que si on attache un chat sur la gouttière d’expérience, que si en même temps on le trachéotomise, et qu’on l’abandonne ainsi à lui-même, il périt ordinairement dans un espace de temps qui ne dépasse pas trente-six heures, après s’être refroidi, de telle sorte que la température prise dans le rectum n’est plus que de 28 à 29 degrés. Si on l’attache sans le trachéotomiser, il périt également, mais au bout de quelques jours seulement. Sa température s’abaisse d'abord plus lentement, ensuite plus rapidement, puis il succombe. Après la mort, il n’y a plus de sucre dans le sang, plus de glycogène dans le foie, plus de glycogène dans les muscles.
Une heure ou deux après le moment où l’animal est lié sur l’appareil, il rend du sucre dans ses urines. Mais, ainsi que le fait remarquer M. Bôhm, il n’est guère possible de rattacher à ce diabète la disparition du sucre et du glycogène, car ce diabète ne dure que dix ou douze heures.
Voici d’autres expériences dans lesquelles l’action du froid (l’animal n’étant ni lié ni trachéotomisé) a produit exactement les mêmes effets. Un chat pesant 2k,4 et dont la température prise dans le rectum est de 39°, 2 est plongé toutes les demi-heures et pendant une durée de trois minutes dans de l’eau à 0°. L’expérience avait commencé à onze heures et demie; à sept heures du soir, c’est-à-dire après 16 immersions, la température prise au même lieu est tombée à 30°. L’animal se tient à peine sur ses jambes. A sept heures et demie la température tombe à 24° ; les sphincters sont paralysés; à huit heures un quart la température n’est plus que de 21°, 8; l’animal succombe un quart d’heure plus tard. On l’ouvre immédiatement, le cœur bat encore. Il n’y a pas de sucre dans le sang, pas de sucre ni de glycogène dans les muscles. En neuf heures tout avait disparu. Ce qui ressort de ces expériences, c’est que les animaux qui succombent aux soustractions rapides et répétées de chaleur épuisent en un court espace de temps leur réserve de sucre et de glycogène.
Nous avons vu que les animaux à la diète, et placés dans leur milieu habituel, consomment cette réserve beaucoup plus lentement, puisque pour la faire
disparaître il faut chez les chiens et les chats de quinze à vingt jours. M. Lüchsinger a étudié les diverses phases de la disparition du glycogène dans les muscles chez les poules soumises à l’inanition. Il a trouvé, à ces diverses périodes, des proportions très variables de glycogène suivant les muscles (sa recherche a porté sur le cœur, sur les muscles pectoraux et sur les muscles de la cuisse). Alors que les muscles delà cuisse, muscles toujours agissants, avaient consommé leur réserve de glycogène en un très court espace de temps, les muscles moins rouges et moins agissants (chez les gallinacés) de la poitrine en conservaient encore une partie. Alors que le foie conservait encore une certaine proportion de glycogène, beaucoup de muscles n’en présentaient plus trace. Comme cependant ils remplissaient encore leurs fonctions, il en résulte clairement que le glycogène, bien qu’utilisé dans l’action musculaire, ne peut pas être considéré comme la matière indispensable à son action.
M. Bernard avait déjà observé que quand on excite pendant quelque temps le nerf sciatique sur un animal vivant, le sang qui revient par les veines des muscles correspondant à la distribution nerveuse périphérique contenait, au bout d'un certain temps , moins de sucre que le sang veineux du membre opposé. M. Weiss et plus récemment M. Chandelon (laboratoire de M. Hoppe-Seyler, Strasbourg) ont observé qu’à cette excitation prolongée correspond dans le muscle lui-même une diminution dans les proportions du glycogène musculaire. D’un autre côté, quand on fait la section du nerf sciatique et du nerf crural, la quantité du glycogène contenu dans les muscles augmente h Enfin, si on fait la ligature de l’artère qui apporte le sang aux muscles de l’un des membres postérieurs (ligature de l’iliaque primitive), la quantité du glycogène contenu dans les muscles de ce côté a diminué dans d’assez fortes proportions au moment où les animaux succombent (il s’agit de lapins), c’est-à-dire au bout de 48 heures. Dès la 15e et la 18° heure cette diminution est notable 2.
De tout ceci il résulte manifestement que le glycogène musculaire ne saurait être considéré, ainsi qu’on l’a fait quelquefois, comme l’un des produits de la contraction musculaire . Pendant la contraction il diminue au lieu d’augmenter. 11 vient du sang, et il est apporté au muscle par la circulation non à l’état de glycogène, mais à l’état de glycose3. Dans le muscle qui travaille le glycogène devient sans doute de l’acide lactique4. Dans le tissu musculaire au repos le glycogène se détruit aussi, mais d’une manière plus lente, et il est remplacé au fur et à mesure par de nouveaux apports. Dans les conditions ordinaires il semble donc qu’il s’opère dans le muscle une production et une dépense de glycogène qui, à l’état normal,, tendent à s’équilibrer. Du reste ainsi que l’avait déjà noté M. A. Sanson et que l’a dernièrement constaté M. Weiss, la quantité deglycogène que renferment les muscles varie beaucoup avec la nature de l’alimentation. La nourriture féculente et sucrée augmente la proportion du glycogène dans les muscles, la production dépasse alors la dépense et on peut se demander si dans ces conditions l’équilibre ne se rétablit pas par la production adipeuse.
1 Le glycogène musculaire ne peut donc pas être considéré comme l’un des produits de la contraction musculaire. Celle-ci le diminue au lieu de l’augmenter.
2 Les animaux sont morts trop tôt pour que le glycogène ait entièrement disparu ; ce qui serait très vraisemblablement arrivé comme chez les animaux à l’inanition s’ils avaient vécu plus longtemps.
3 Quelques recherches récentes tendent à faire supposer que le produit do la métamorphosehépatique du glycogène n’existe pas seulement dans le sang à l’état de glycose mais qu'il s’y rencontre aussi à l’état de dextrine.
4 Ou sarcolactique, ou paralactique.