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CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS

Il ne faut pas oublier qu’à côté des phénomènes d’oxydation dont la substance non azotée du muscle (glycogène musculaire) paraît être le théâtre d’une manière à peu près continue, la substance azotée du muscle se transforme et se consomme aussi au moment de la contraction musculaire, et que, parallèlement aux produits azotés qui dérivent de l’oxydation delà fibrine musculaire (créatine, créatinine, xanthine et hypoxanthine), apparaît, comme produit collatéral, une substance particulière qui n’est pas le glycogène, qui n’est pas la glycose, mais un hydrate de carbone particulier auquel on a donné le nom d ’inosi/e, et qu’on a rencontré dans d’autres tissus, notamment dans la rate et dans le cerveau. Cette substance qu’on désigne quelquefois sous le nom de sucre musculaire est un corps ternaire non fermentescible et qui doit se décomposer très rapidement au sein du tissu musculaire lui-même, car on ne l’a pas trouvé dans le sang veineux. Ce qui prouve que l’inosite est un produit de la contraction musculaire et qu’elle prend naissance dans le muscle, c’est qu’on la rencontre surtout dans les muscles qui ont beaucoup travaillé, c’est-à-dire qu’elle augmente dans les conditions où le glycogène diminue. Le muscle dans lequel on l'a rencontré le plus abondamment est le muscle toujours agissant, c’est-à-dire le cœur1.

L’influence qu’exerce le système nerveux sur le glycogène musculaire, par l’intermédiaire de la contraction des muscles, n’est pas la seule que l’expérience ait révélée. Dès l’époque de ses premières recherches M. Bernard avait montré, par une expérience devenue célèbre et confirmée depuis par tous les physiologistes, l’action qu’exerce le système nerveux sur la glycogénie hépatique. On pratique sur un animal (un lapin), à l’aide d’un poinçon ou d’un bistouri à lame étroite, une piqûre sur le plancher du quatrième ventricule, un peu au-dessus du calamus scriptorius, au niveau du centre d’origine des nerfs pneumo-gastriques. Avant l’opération il n’y avait dans le sang que de faibles proportions de glycose, il n’y en avait pas trace dans l’urine. Une heure à une heure et demie après, et pendant une durée de 12 à 24 heures, l’urine renferme du sucre ; l’animal est devenu temporairement diabétique ou plutôt glyccsurique ; de plus, le sang renferme relativement une grande quantité de sucre, 3, 4 ou 5 grammes pour 1,000. Enfin pendant la durée de ce diabète artificiel on rencontre aussi du sucre dans la plupart des sécrétions séreuses de l’économie.

D’où vient ce sucre? Il s’est formé quelque part; d’où qu’il vienne, il ne procède évidemment pas du dehors, mais il s’est formé dans l’animal lui-même. Il procède d’une transformation exagérée de la matière glycogène du foie en sucre, ainsi que le démontre l’analyse du foie qui accuse une grande diminution de cette substance.

Quand on lèse la moelle entre la sixième et la septième vertèbre cervicale, ou entre la septième cervicale et la première dorsale, le glycogène ne disparaît pas du foie ; au contraire sa consommation est ou complètement arrêtée ou tout au moins très diminuée. D’après les recherches de MM. Bôhm et Hoffmann, il en est de même alors du glycogène musculaire. Dans les conditions normales, quand la moelle est intacte, la substance glycogénique des muscles est consommée d’autant plus complètement que les métamorphoses organiques y sont plus énergiques. Avec la moelle coupée , le glycogène, musculaire y demeure en quelque sorte inutilisé, et ceci montre une fois de plus l’importance

1 Voir pour plus de détails la physiologie des muscles (2e partie).

du système musculaire de la vie animale dans l’économie de la température animale.

La section des nerfs pneumo-gastriques au cou ralentit la formation du sucre, c’est-à-dire que le glycogène hépatique éprouve moins rapidement alors la transformation sucrée : elle agit d’une manière opposée à la piqûre du bulbe qui n’est qu’un mode d 'excitation.

L’excitation de la partie supérieure de la moelle cervicale au moyen d’un courant d’induction agit sur le foie à la manière de la piqûre et produit un diabète artificiel et passager. De même en introduisant dans le foie, par acupuncture, des aiguilles métalliques, et en faisant passer à l’aide de ces aiguilles un courant galvanique, M. Schiff a pu produire un diabète artificiel chez les batraciens. M. Schiff a constaté également, chez les batraciens, que les poinls sur lesquels les piqûres ou excitations du centre nerveux doivent porter pour produire le diabète artificiel ne sont pas aussi nettement limités en un point circonscrit du bulbe que chez les mammifères. 11 a pu produire le diabète artificiel chez les grenouilles en pratiquant la piqûre sur les divers points des centres nerveux compris entre les couches optiques et la sixième paire dorsale.

M. Moos a fait voir que lorsqu’on pratique la piqûre du bulbe au point indiqué par M. CI. Bernard, mais après avoir coupé les filets du grand sympathique qui vont au foie, notamment les nerfs splanchniques, le diabète ne se produit pas, c’est-à-dire que la transformation en sucre du glycogène hépatique n’est pas sensiblement modifiée. Il semble résulter de là que l’action nerveuse qui excite la transformation du glycogène en sucre chemine du centre nerveux au foie par la voie centrifuge du grand sympathique l.

Quant aux nerfs pneumogastriques, l’action qu’ils paraissent exercer sur l’action glycogénique du foie n’est pas directe, mais d’ordre réflexe. En effet, si, au lieu de diviser les pneumogastriques au cou, division qui a pour effet de ralentir la transformation du glycogène en sucre dans le foie, si, dis-je, on divise les pneumogastriques au-dessous des poumons, c’est-à-dire entre les poumons et le foie, rien n’est changé à l’action glycogénique, c’est-à-dire que cette section est sans aucun effet au point de vue qui nous occupe. Mais, si les nerfs pneumogastriques étant coupés, soit au cou, soit entre les poumons et le foie, et qu’on vienne à exciter d’une manière continue le bout central de ces nerfs coupés, on obtient un effet analogue à celui de la piqûre du quatrième ventricule. Ce qui veut dire que l’action du nerf pneumogastrique est d’ordre centripète, et que l’excitation du pneumogastrique transmise au bulbe se réfléchit vers le foie par la voie centrifuge du nerf grand sympathique. D’après ces résultats d'expériences, M. Cl. Bernard considère que, dans l’état normal, les filets du pneumogastrique qui viennent des poumons conduisent vers le bulbe l’impression de l’air sur la surface muqueuse pulmonaire et que cette impression (inconsciente) est le stimulus qui met en jeu, par l’intermédiaire de la moelle et du grand sympathique, l’action glycogénique du foie.

Dans l’état normal, avons-nous dit, le sucre qui vient du foie ou le sucre que le canal thoracique verse dans le sang pendant la digestion des féculents disparaît dans l'économie, et n’est expulsé au dehors qu’après avoir subi une oxydation complète. Mais il est une maladie grave dont nous avons déjà parlé, et dans

1 Sur les grenouilles, en hiver, la piqûre du quatrième ventricule ne produit pas le diabète, parce que les grenouilles en cette saison n’ont plus de glycogène dans le foie (M. Schiff).

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