CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
Le sang de la rate étant porté vers le foie par la veine splénique, branche de la veine porte, il est probable que la matière colorante du sang, mise en liberté dans la rate par la destruction des globules, concourt à la production des matières colorantes de la bile. Les analogies qui existent entre ces matières colorantes tendent à le démontrer. Ajoutons que le sang de la veine splénique pris sur l’animal vivant et abandonné à la coagulation spontanée donne un sérum fortement coloré en rouge. Ajoutons encore que la plupart des micrographes signalent dans la pulpe splénique des amas de granulations pigmentaires; et rappelons enfin les recherches signalées plus haut de M. Picard et de M. Nasse sur le fer de la rate.
Les phénomènes de transformation des globules du sang dont la rate est le théâtre ne s’accomplissent pas dans cet organe d’une manière uniforme. Le caractère essentiel de la circulation du sang dans la rate, c’est Y intermittence. Lorsqu’on pratique des vivisections, on constate, en effet, dans la rate, des variations qui dépendent de son état de vacuité ou de réplétion sanguine. Tantôt elle est tendue, luisante, gonflée de liquide, tantôt elle est revenue sur ellemême et ratatinée. Tantôt le sang s’échappe en jet, quand on ouvre la veine splénique du chien, tantôt il s’en écoule à peine quelques gouttes. Ces augmentations et ces diminutions de la rate sont évidemment en rapport avec la quantité de sang contenue dans les mailles de son tissu, et dépendent du départ, tantôt moins considérable, tantôt plus considérable de sang par le calibre delà veine splénique.
La contractilité de la rate rend compte de ces phénomènes, et cette contractilité peut être mise en évidence soit en appliquant les deux pôles d’un appareil d’induction à chacune des extrémités de cet organe, soit en faisant porter l’excitation sur les branches principales du plexus nerveux de la rate. Nous avons vu souvent la rate du chien vivant diminuer, sous l’influence de cet excitant, de 1 ou 2 centimètres, dans son diamètre longitudinal. La contractilité de la rate est déterminée par les fibres musculaires lisses qui entrent dans la composition des trabécules de la charpente fibreuse, et elle offre tous les caractères de l’action des muscles de la vie organique : elle est lente à se manifester, lente à s’éteindre.
M. Stinstra, qui a pareillement constaté la contractilité de la rate, a observé, ainsi que l’avait déjà remarqué M. Goubaux (d’Alforl), qu’elle se gonfle pendant le travail de la digestion et qu’elle diminue de volume chez l’animal à jeun. M. Schônfeld a fait la même observation. Le volume de la rate augmente, d’après ses expériences, deux heures environ après le repas. Son accroissement maximum a lieu au bout de cinq heures; puis la rate décroît *.
MM. Drosdow et Botschetschkarow ont récemment étudié la contractilité de la rate du chien avec beaucoup de soin. Ils prenaient d’abord les dimensions de l’organe, puis ils coupaient les nerfs du plexus splénique. Immédiatement la rate augmentait de volume. Lorsque les bouts périphériques des nerfs spléniques coupés étaient excités, les dimensions de la rate s’abaissaient au-dessous du volume normal.
1 M. Fick a fait observer que les artères sont si mollement entourées par les éléments cellulomusculaires de la rate, qu’elles peuvent fuir en quelque sorte devant la contraction des éléments contractiles, tandis que les veines intimement adhérentes aux trabécules (ou cloisons de la rate) sont comprimées pendant 'a contraction.
Voici le tableau d’une expérience :