CHAPITRE VI. SÉCRÉTIONS
tinée à les réunir, et dans laquelle circulent les vaisseaux qui apportent les éléments de la sécrétion et de la nutrition), donne naissance aux diverses glandes. La sécrétion envisagée en elle-même est d’ailleurs exactement semblable dans les animaux et dans l’homme; c’est du sang ou du liquide nourricier que procèdent ses divers produits, et le mécanisme de la fonction est enveloppé des mêmes obscurités.
Les divers produits de sécrétion n’ont pas été examinés dans la série animale avec le même soin que chez l’homme. Exceptons, toutefois, les grands animaux, dont les produits de sécrétion ont souvent servi de base à l’analyse chimique, analyse que nous avons plus d’une fois reproduite. Le champ anatomique a été plus cultivé que le champ physiologique, et la structure des organes sécréteurs a été poursuivie jusqu’aux derniers échelons de la série animale. Nous ne pourrions, sans sortir des limites que nous nous sommes imposées, entrer ici dans des développements beaucoup mieux placés dans les traités d’anatomie comparée. Nous avons déjà présenté, à cet égard, quelques considérations sur les organes glandulaires annexés à l’appareil digestif (voy. § 58); plus tard, nous nous occuperons des organes glanduleux annexés aux fonctions de reproduction. Nous nous bornerons à rappeler quelques points essentiels, et à passer en revue diverses autres sécrétions.
En ce qui regarde les organes de la sécrétion salivaire, remarquons que, si chez les mollusques ils offrent la structure folliculeuse qu’ils ont chez les vertébrés, ils ne sont plus constitués chez les insectes que par de simples culs-desac tubuleux. Dans les autres articulés, et dans les animaux placés plus bas dans l’échelle animale, les glandes salivaires n’existent plus d’une manière distincte. Les glandes acineuses peuvent donc passer aux glandes tubuleuses; et la forme des éléments sécréteurs paraît n’avoir qu’une importance secondaire dans le phénomène de la sécrétion. La forme tubuleuse semble être l’élément glandulaire le plus simple, car nous allons voir d'autres glandes se présenter aussi sous cette forme dans les animaux inférieurs.
Le pancréas apparaît pour la première fois chez les poissons. Il n’y a pas dans les animaux invertébrés d’organes qu’on puisse regarder comme les analogues de cette glande. Chez la plupart des poissons, le pancréas n’est pas constitué, comme chez les vertébrés supérieurs, par des éléments acineux ; il consiste généralement en tubes appendus à l’intestin, dans les environs du pylore, et ces tubes sont tantôt simples et tantôt ramifiés. Chez quelques poissons, cependant, tels que la raie, l’anguille, le brochet, etc., le pancréas offreune structure plus compliquée : il appartient, comme chez les vertébrés supérieurs, à la classe des glandes en grappes.
Le foie des vertébrés est à peu près identique, pour la structure, à celui de l’homme. Celui des mollusques, qui est généralement volumineux, présente aussi une grande analogie avec celui des vertébrés. Il est admis que le foie des insectes et des crustacés est représenté par les appendices désignés sous le nom de vaisseaux de Malpighi. Ces cæcums s’ouvrent dans l’intestin et y déposent le produit de leur sécrétion.
Le rein de tous les vertébrés est formé par des tubes agglomérés. Mais le groupement de ces tubes n’est pas le même dans toutes les classes. Le rein des mammifères, semblable à celui de l’homme, présente d’une manière plus distincte, à sa surface, la trace du groupement des lobes qui le composent dans
l’état embryonnaire. Pendant la vie embryonnaire de l’homme et des autres mammifères, le rein est composé, en effet, de lobes adossés, dont le nombre égale celui des pyramides. Ces lobes sont constitués par une pyramide recouverte à sa base par les circonvolutions des tubes urinifères correspondant à la substance corticale, et le sommet de la pyramide s’ouvre dans un embranchement du bassinet qui n’est que le commencement de l’uretère. Ces lobes s’accolent plus tard et se fondent entre eux, de manière à perdre leur indépendance.
Le rein des oiseaux offre, pendant toute la vie, la disposition embryonnaire du rein des mammifères. Ajoutons que l’uretère, qui reçoit l’urine sécrétée par leur rein multilobé, ne la conduit point dans un réservoir de dépôt ; les oiseaux manquent de vessie ; les organes urinaires n’ont point d’orifice distinct du canal intestinal. L’urine arrive dans le cloaque, et est évacuée avec les excréments qu’elle concourt à former : aussi les oiseaux n’urinent pas comme les mammifères.
Les canalicules du rein des reptiles sont souvent disposés comme les barbes d’une plume sur leur tige commune; dans quelques-uns d’entre eux, cependant, la disposition des canalicules urinifères a beaucoup d’analogie avec celle des poissons. Les uretères se rendent au cloaque. Les reptiles n’ont de vessie urinaire qu’exceptionnellement.
Les reins des poissons sont constitués par des canalicules irrégulièrement contournés sur eux-mêmes, aboutissant à un canal commun ou uretère. Le rein des poissons est généralement très volumineux; il s’étend de chaque côté de la colonne vertébrale, dans toute l’étendue de l’abdomen. L’uretère présente une dilatation ou sorte de vessie, dont l’orifice extérieur, distinct, aboutit derrière celui de l’anus et des organes reproducteurs.
Chez les arachnides, on trouve aux environs de l’anus, et pénétrant jusque dans les segments supérieurs des pattes, des appendices en cul-de-sac, qui s’ouvrent au voisinage de l’anus et qui sont sans doute des organes de sécrétion urinaire L L’organe sécréteur de l’encre des mollusques céphalopodes dibrancbiaux (sèche) peut être aussi rangé parmi les organes de sécrétion urinaire ; cet organe, placé dans le voisinage du foie, débouche par un canal excréteur près de l’anus. La matière sécrétée (sépia) s’amasse dans les conduits excréteurs ; elle est souvent expulsée par l’animal, lorsqu’il cherche à se dérober à la poursuite de son ennemi.
Beaucoup d’animaux offrent des organes de sécrétion qui manquent dans l’espèce humaine. Le castor, animal de l’ordre des rongeurs, présente, de chaque côté de l’orifice externe des organes génitaux urinaires, des poches glanduleuses que remplit à peu près complètement une humeur particulière. Cette humeur, d’une couleur jaunâtre, et d’une consistance analogue à de la cire, devient friable comme une résine, lorsqu’elle est desséchée. Elle est sécrétée par les follicules nombreux contenus dans l’épaisseur des parois de la poche et dans les replis intérieurs qu’elle forme, et qui ont de l’analogie avec les follicules sébacés. Le castoréum est composé d’une matière cristallisable (castorine), de mucus, d’une huile odorante volatile, de quelques sels, etc. Le castoréum a une forte odeur qui tient le milieu entre celle du bouc et celle du musc.
Le musc est sécrété par le cbevrotin, animal de l’ordre des ruminants. La
1 On a donné à ces appendices le nom d 'organes des sécrétions excrémentitielles .
bourse dans laquelle se dépose le produit de la sécrétion est située sous l’abdomen, et communique avec le prépuce, dont elle n’est, en quelque sorte, qu’un diverticule. L’humeur est sécrétée par la membrane muqueuse du sac; elle est d’un brun noirâtre, onctueuse au toucher, et d’une odeur caractéristique. Le musc est composé par une huile volatile odorante, par des matières grasses de diverses sortes, du mucus, de l’albumine, des sels, etc. Le castoréum et le musc ont, par le lieu où s’opère la sécrétion (sécrétion muqueuse), et par leur odeur pénétrante, une certaine analogie avec la sécrétion de la membrane muqueuse du prépuce des autres mammifères.
L’embranchement des articulés nous offre des sécrétions spéciales bien remarquables. Les insectes et les arachnides se distinguent surtout sous ce rapport.
Les abeilles (insectes hyménoptères) présentent au-dessus des anneaux de l’abdomen de petites poches qui sécrètent la cire, matière grasse sui generis. La cire sécrétée dans les poches glanduleuses sort au dehors par de petits orifices situés sous l’abdomen, dans l’intervalle des anneaux. Quant au miel, substance sucrée que produisent aussi les abeilles, elles en puisent les éléments sur les glandes nectarifères des fleurs. La matière sucrée, sucée et avalée par l’abeille, subit dans ses organes digestifs une modification particulière, et est rejetée par la bouche, sous forme de miel. La cire ni le miel ne sont pas, ainsi qu’on l’a dit, puisés sur les végétaux par l’abeille, qui ne ferait que les déposer dans sa ruche, et sans l’intervention d’une modification de sécrétion. Des abeilles nourries exclusivement avec une dissolution de sucre continuent à produire de la cire et du miel. Il est évident que, dans ces conditions, elles ont sécrété ces produits aux dépens des matières sucrées.
Le ver à soie, ou bombyx du mûrier, insecte lépidoptère, s’entoure d’un cocon, ainsi que la plupart des lépidoptères nocturnes, et c’est dans l’intérieur de ce cocon que s’opèrent les métamorphoses de la chrysalide. La matière soyeuse du cocon se forme dans des organes glanduleux, qui ont à peu près la même structure que les glandes salivaires. Le conduit excréteur unique des deux glandes aboutit à un petit mamelon conique, qui s’ouvre à l’extrémité de la lèvre, et qui sert en quelque sorte de filière.
Les arachnides sécrètent aussi une matière soyeuse particulière, à l’aide de laquelle elles tissent leurs toiles (araignées), ou se construisent des abris (mygales). Les glandes sécrétoires des arachnides sont situées près de l’anus. Ce sont de petites poches qui communiquent en dehors, de chaque côté de l’ouverture anale, par deux appendices tubuleux ou filières.
Beaucoup d’insectes et d’arachnides possèdent encore des organes spéciaux destinés à la sécrétion de venins. Chez l’abeille, le venin est sécrété par de petits organes en grappe, situés aux environs de l’anus. Cette humeur, poussée au dehors par l’animal, s’insinue le long du dard, par capillarité, dans la petite plaie faite par lui. Dans les araignées, le venin (dont l’action, bien moins vive, est manifeste cependant chez les petits animaux piqués par elle), sécrété par une glande placée en arrière des mandibules, est versé au dehors par un petit canal dont est percé le crochet mobile qui termine la mandibule.