CHAPITRE VII. NUTRITION
sels. Les sels divers fournis par ces éléments sont dissous par l’eau ou par les liquides digestifs, et pénètrent en nature dans le sang. Quant aux matériaux organiques (d’origine animale ou végétale), ils y arrivent, ainsi que nous l’avons vu, sous forme de peptone ou d’albuminose (malières albuminoïdes), sous forme de matières grasses, ou sous forme de glycose (sucre et féculents).
Ajoutons à ces divers principes une grande quantité d’eau prise soit en nature, soit comme eau de composition delà plupart des matières de l’alimentation L
Les éléments du sang qui ont pour origine les aliments s’échappent par transsudation, au travers des parois des capillaires, et viennent baigner les éléments anatomiques des tissus.
Le rôle de ceux-ci ne consiste pas simplement à fixer les matériaux que charrie et que leur apporte le liquide nourricier: l’assimilation n’est pas une simple fixation, mais une élaboration. C’est précisément l’action qu’exerce sur la matière nutritive l’élément anatomique, depuis le moment où celte matière entre en lui jusqu’au moment où elle retourne au sang comme déchet organique, qui caractérise la vie de l’élément.
L’oxygène charrié dans le sang par les globules rouges s’échappe aussi, de même que le plasma nourricier, au travers des parois des vaisseaux capillaires. Bien qu’il ne soit pas facile d’expliquer comment l’oxygène intimement lié à l’hémoglobine se détache des globules, il est certain que ce passage de l’oxygène dans la trame des tissus se réalise sans cesse 1 2. Il y a plus, dansles momentsmêmes où les grands consommateurs d’oxygène, je veux dire les éléments musculaires et nerveux, font en quelque sorte relâche, pendant la période du repos et du sommeil par exemple, l’oxygène s’échappe néanmoins des vaisseaux, pénètre dans l’intimité des tissus, etcomme il n’estpas consommé, au moins entièrement, il s’accumule, s’emmagasine, pour être ultérieurement dépensé pendant la veille, c’est-à-dire pendant la période d’activité. Ce qui arrive pour l’oxygène se produit sans doute pour les autres éléments nutritifs du liquide nourricier; et on comprend ainsi comment, dans des circonstances déterminées, les éléments anatomiques peuvent, à l’aide de ces matériaux en réserve, consommer davantage et déployer une énergie subite 3.
C’est la propriété essentielle des éléments anatomiques d’attirer, d’incorporer, et de rejeter après métamorphose les éléments liquides et gazeux de la transsudation sanguine. Ces actes de fixation et de départ, ces deux courants d’entrée et de sortie s’accomplissent simultanément. Mais il y a des périodes où les premiers prédominent, d’autres où ce sont les seconds.
La série des transformations chimiques que subissent les éléments du liquide nourricier depuis le moment de leur entrée au sein des tissus jusqu’au moment de leur sortie par la voie des exhalations et des sécrétions n’est que très incomplètement connue. Ce que nous connaissons surtout, ce sont les deux termes
1 L'eau, partout répandue dans l’organisme, constitue à peu près 75 pour 100 du poids du corps. Lorsqu’on dessèche le corps d’un cadavre dans une étuve, il perd environ 75 pour 100 de son poids, en eau qui s’évapore.
2 Chez l’homme et les animaux supérieurs, dit M. Cl. Bernard, les éléments anatomiques son^ comme les infusoires anaérobies de M. Pasteur; pour vivre, pour se procurer l’oxygène nécessaire, ils désoxydent l’oxyhémoglobine.
3 Les expériences citées plus haut de MM. Pettenkofer et Voit ne laissent aucun doute à cet égard (voy. p. 396).
extrêmes du problème : d’une part, la constitution chimique du plasma ; de l’autre, la composition des produits de sécrétion et d’exhalation. Quant aux formes intermédiaires, nous en connaissons bien quelques-unes, mais sans pouvoir toujours préciser les points précis où elles s’engendrent.
L’idée la plus générale qu’on puisse se faire de ces métamorphoses, c’est de les désigner sous le nom général de combustion ou d’oxydation. Mais les expressions de combustion et d’oxydation ne s’appliquent pas exactement à tous les dédoublements que subit la matière organique dans ses transformations successives ; elles ne sont justes qu’autant qu’elles expriment le résultat final. Dans le corps de l’animal, les aliments qui jouent le rôle de combustibles ne sont pas brûlés comme dans nos machines à feu; mais ils deviennent la substance de la machine, et c’est la machine elle-même qui se consume.
On comprend, d’après cela, qu’il est absolument impossible de dire où finit l’assimilation et où commence la désassimilation, la première n’étant en réalité que le commencement delà seconde; en d’autres termes, la matière alimentaire organique introduite dans l’économie ne devient vivante un instant qu’à la condition de se détruire.
A la sortie du plasma nourricier en dehors des vaisseaux capillaires, par laquelle avaient débuté les actes intimes de la nutrition, succède la reprise ou la rentrée dans le système vasculaire des matières régressives plus ou moins achevées, comprises sous la dénomination commune de matières extractives du sang. Pour parler plus exactement, les deux mouvements d’entrée et de sortie ne sont pas successifs, mais corrélatifs et simultanés. De même qu’il s’échappe de l’oxygène par les parois des capillaires sanguins, de même l’acide carbonique engendré au sein des tissus rentre dans le sang où il accuse sa présence en donnant au sang qu’entraîne le mouvement de la circulation les caractères du sang veineux.
Il se fait donc dans l’intimité des organes, entre le sang et les tissus, un échange dans lequel le sang (les globules) fournit l’oxygène, et les tissus, l’acide carbonique, acide carbonique dont le sang se débarrassera dans les poumons. C’est à cet échange qu’on donne le nom de respiration des tissus.
Dans les conditions normales et quand le développement est complètement achevé, le mouvement d’assimilation et celui de désassimilation se balancent. Mais il n’en est pas toujours ainsi. Pendant la période du développement l’assimilation l’emporte ; la fixation dans l’organisme des matières nutritives est démontrée par l’accroissement du corps. Dans l’amaigrissement qui suit l’inanition, le mouvement inverse est également démontré par les résultats. L’hypertrophie ou l’atrophie, qui surviennent partiellement dans certains organes et dans certains tissus, sont aussi des indices non équivoques d’accroissement et de décroissement, c’est-à-dire la conséquence, soit d’un excès de fixation, soit d’un excès de départ de matière. Quand l'homme ou l’animal adultes se maintiennent à l’état d’équilibre, les substances qui entrent et celles qui sortent sont sensiblement égales en quantité. Mais il est vrai de dire que cet équilibre n’est jamais absolu, et qu’il n’est que l’expression d'une moyenne qui embrasse généralement un certain nombre de périodes d’accroissements et de décroissements successifs.