CHAPITRE VII. NUTRITION
et ses dérivés, sous l’influence de l’oxygène, tout l’azote de ces substances n’est donc pas utilisé à la formation des produits nouveaux, et une petite proportion s’échappe à l’état de liberté.
Rappelons encore que, chez les animaux carnivores qui font usage d’une nourriture exclusivement azotée, il se forme, comme chez les herbivores, du sucre dans le foie, aux dépens de la matière glycogène. Or, cette matière intermédiaire ne peut être engendrée que par les aliments azotés, puisque les matières féculentes et sucrées font défaut dans l’alimentation. La distinction entre les aliments plastiques et les aliments respiratoires, fondée d’une manière très générale, ne doit donc pas être considérée comme absolue.
C’est ici le lieu de rappeler que, si les matières hydrocarbonées ou ternaires de l’alimentation sont impropres à se transformer dans l’économie en tissus quaternaires ou azotés, il est vraisemblable que les matières azotées neutres ou albuminoïdes peuvent donner naissance, dans leurs métamorphoses régressives, et comme produits collatéraux, à des composés transitoires non azotés. On sait que la putréfaction de la fibrine donne naissance à des acides gras, l’acide valérianique et l’acide butyrique ; que la putréfaction des cadavres, sous l’eau, est accompagnée de la production d’un savon ammoniacal, par dédoublement de la matière des muscles qui se transforme partiellement en une substance grasse dite gras de cadavre. Plus récemment M. Berthelot a obtenu du sucre en traitant la chitine (tégument azoté des insectes et des crustacés) par l’acide sulfurique à froid. MM. Bœdeker et Fischer ont obtenu, par l’action de l'acide chlorhydrique sur les cartilages, une matière fermentescible réduisant la liqueur cupro-potassique.
Les expériences déjà anciennes de MM. Liebig et Persoz avaient prouvé que des oies nourries de viande accumulent dans leurs tissus une quantité de matières grasses évidemment supérieure à celle que leur alimentation contenait. Les recherches de MM. Bidder et Schmidt, celles de M. Tcherinoff, tendent également à démontrer que les aliments albuminoïdes peuvent se dédoubler et fournir une certaine quantité de matières grasses.
Les principes biliaires qui s’échappent avec des excréments contiennent moins d’azote que n’en contiennent l’urée et l’acide urique. Est-ce à la formation des principes biliaires dans le foie, qu’il faut rattacher la petite proportion d’azote qui devient libre et qui s’échappe par la respiration pulmonaire et cutanée? Ou bien, cette désintégration des matières albuminoïdes, d’où résultent les matériaux de la bile, a-t-elle pour corollaire la formation parallèle de l’urée dans le foie? Ce qui est certain, c’est que l’urée ne se forme pas d’emblée par l’oxydation des matières albuminoïdes et que celles-ci présentent une série de fermes intermédiaires qu’on retrouve un peu partout, dans les muscles, dans le cerveau, dans les glandes, en un mot dans des organes divers. Quant à l’urée qui représente le dernier terme de ces métamorphoses, on ne l’a pas rencontrée dans le tissu où les oxydations sont les plus actives, je veux dire dans les muscles. Au contraire on a trouvé l’urée dans d’autres organes, notamment dans le foie, ainsi que l’a indiqué pour la première fois, il y a une quinzaine d’années, M. Meissner. Il est vrai qu’on l’a rencontrée encore ailleurs, dans la lymphe et dans les centres nerveux, par exemple. Notons toutefois que M. Brouardel a rassemblé un grand nombre de faits dans lesquels des lésions étendues du foie étaient accompagnées l’une diminution notable et parfois considérable dans la Béclard, 7e édition. 46
proportion d’urée évacuée avec les urines. Dans quelques cas du même genre observés par M. Frerichs on ne trouvait plus dans l’urine que des traces d’urée : mais il faut ajouter que l’urée y était remplacée par la leucine, la tyrosine et autres matières extractives. Il est vrai qu’on peut se demander si l’atteinte profonde portée à la santé dans les cas de cirrhose ou d’ictère grave n’avait pas diminué du même coup les métamorphoses chimiques de la nutrition, dans tous les organes aussi bien que dans le foie.
On a beaucoup disserté depuis quelques années sur la question de savoir si, aprèsle travail musculaire ou l’exercice, la consommation de matière se traduisait ou non par l’augmentation de l’urée dans l’urine excrétée. Des solutions diverses ont été proposées. M. Voit, pendant une période déterminée, se livre à un exercice forcé ; pendant une période de temps égale, il reste dans le repos. Durant ces deux périodes, il recueille son urine, l’analyse, et ne trouve aucune différence sensible dans les proportions de l’urée. D’un autre côté M. Beigel, M. Hammond, M. Ritter, sont unanimes pour déclarer qu’avec une nourriture identique la quantité d’urée augmente pendant les jours de marche comparés aux jours de repos. La différence, il est vrai, n’est pas très grande ; elle n’est que de 1 dixième c’est-à-dire d’environ 3 ou 4 grammes dans les 24 heures. Dans les mêmes conditions, M. Parkes trouve pareillement une augmentation d’urée, dans les mêmes proportions, et il ajoute que l'augmentation d’urée se prolonge pendant quelques jours alors même que le repos complet succède à l’activité. M. Schenk, plus récemment, s’est livré sur lui-même à deux séries d’expériences comparatives. Sa ration de chaque jour était assez abondante ; elle se composait de :
400 grammes de viande dégraissée.
100 grammes de beurre.
do pain.
de lait.
de pommes de terre.
d’eau.
de sel marin.
de bière
Cette ration renfermait 22er,35 d’azote.
Les expériences de M. Schenk ont consisté à comparer la quantité d’urée correspondante à plusieurs journées de repos à l'urée de plusieurs jours d’un travail pénible. La première série de recherches a été faite en hiver, la seconde en été. Dans la première (en hiver) il y a eu, en moyenne, un excédant de 6 grammes d’urée pour chaque jour de travail. Dans la seconde (en été), les proportions d’urée ont été sensiblement les mêmes pour les jours de travail et pour les jours de repos. Mais M. Schenk n’a point tenu compte dans cette considération que, dans la saison d’hiver, toutes les pertes liquides de l’économie se font par la vessie, tandis que dans la saison chaude la sueur débarrasse la peau d’une quantité de liquide qui peut l’emporter de beaucoup sur les proportions de l’urine. Il ne faut pas oublier que l’urée existe dans la sueur et, aussi, qu’à côté de l’urée il y a dans la sueur une matière azotée dont les proportions relatives sont sensiblement égales même dans les sudations exagérées. Or, d’après les recherches de M. Favre (voy. § 182), la proportion de matières azotées de l’urine (urée, acide urique, etc.) est à celle des matières azotées de la sueur :: 6 : \. Il y a donc du côté de la peau une perte très variable suivant les circonstances, et dont il est impossible de ne pas tenir compte 1.
1 II faudrait aussi, dans ces recherches comparatives, ne pas oublier de doser l’excès d’azote qui s’échappe en nature parla respiration pulmonaire et cutanée; sans compter la sécrétion de la bile, ainsi que l’exfoliation pileuse et épidermique.