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CHAPITRE VII. NUTRITION

Nous savons, par expérience, qu’un muscle qui se contracte sur l’animal vivant consomme plus d’oxygène et produit plus d’acide carbonique qu’un muscle au repos, et ce double effet peut même être constaté sur un muscle extrait hors du corps de l’animal et qui ne reçoit plus de sang. Cette action chimique s’accomplit donc au sein du muscle ; elle se traduit d’ailleurs par l’augmentation des matières organiques extractives, ainsi qu’on peut aussi le constater directement.

Ce travail chimique qui enlève du carbone à la substance azotée du muscle, et qui forme ainsi de l’acide carbonique, a pour résultat corrélatif la formation de matières moins carbonées et relativement plus azotées que la fibrine, telles que la créatine, la créatinine, et peut-être encore d’autres substances azotées intermédiaires, lesquelles sont entraînées dans la circulation.

L’acide carbonique destiné à l’élimination s’échappe avec les produits de l’expiration pulmonaire et cutanée, et ainsi se trouvent temporairement augmentées les proportions de l’acide carbonique exhalé1. Avant de devenir de l’urée les autres produits ont encore à perdre du carbone et de l’hydrogène, et à subir de nouvelles métamorphoses. Dans quels organes s’accomplissentelles? quel temps faut-il pour qu’elles se complètent?

Lorsqu’une grande somme d’énergie est développée en un court espace de temps, la substance musculaire qui se consomme parcourt-elle nécessairement toutes ces étapes? La transformation finale en urée précède-t-elle nécessairement la période éliminatoire? La durée de cette période elle-même est-elle suffisamment connue? Enfin les produits éliminatoires définitifs du travail musculaire sont-ils nécessairement de l’urée? Toutes ces questions sont encore obscures, et demandent des recherches nouvelles. Ce qu'on sait mieux, c’est que, dans les conditions dont nous parlons, la réserve en glycogène qui fait partie intégrante du tissu musculaire intervient comme l’un des éléments chimico-dynamiques du travail musculaire (voy. p. 682).

Métamorphoses des aliments non azotés (ou hydrates de carbone). — Des aliments dits d’épargne ou antidéperditeurs. — Les matières féculentes de l’alimentation absorbées à l’état de sucre (glycose) et les matières grasses absorbées en nature circulent pendant quelque temps avec le sang, et finissent enfin par disparaître. Le dernier terme de l’oxydation du sucre2 et des matières grasses consiste en eau et en acide carbonique, et ces produits sont éliminés de

1 Nous avons insisté précédemment sur ce point (p. 396). Nous nous bornerons à citer ici un exemple numérique. Un homme bien portant du poids de 60 kil. passe 24 heures dans la chambre à respiration de MM. Pettenkofer et Voit : il y reste en repos. Pendant les 24 heures suivantes (durant la période diurne), il exécute un travail fatigant qui consiste à élever un poids à l’aide d’une manivelle. Voici les résultats comparés de ces deux périodes. Pendant les 24 heures de repos, il a absorbé 708 grammes d’oxygène et exhalé 911 grammes d’acide carbonique. Pendant les 24 heures de travail il a absorbé 954 grammes d'oxygène et exhalé 1284 grammes d’acide carbonique (le plus grand excès d’acide carbonique fut rendu pendant la nuit qui suivit le travail).

2 Lorsqu’on soumet le sucre à l’action oxydante de l’oxygène ozonisé dans un milieu alcalin, il donne de l’acide cabonique, de l'eau et de l’acide formique. L’acide formique, par une oxydation plus avancée et à l’aide des mômes agents, se transforme également en acide carbonique. L’acide butyrique se comporte de même.

l'organisme par des voies diverses, c'est-à-dire par le poumon, par les reins et par la peau (voy. Respiration et Sécrétions).

Dans l’état normal, lorsque l’homme ou l’animal sont dans un équilibre parfait, c’est-à-dire lorsqu’ils n’augmentent ni ne perdent en poids, les matières hydro-carbonées éprouvent une transformation complète, et sont expulsées hors de l’organisme à l’état d’eau et d’acide carbonique. Lorsque l’animal augmente de poids, les aliments non azotés concourent pour une grande part (pour la plus grande part) à l’augmenlation de son poids : on dit alors que l’animal engraisse. Les matières grasses s’accumulent dans les tissus, où elles s’entourent de vésicules spéciales.

Non seulement les matières grasses de l'alimentation peuvent former des dépôts adipeux dans l’organisme, mais les féculents eux-mêmes, c’est-à-dire la glycose, peuvent se transformer en graisse. La réalité de cette transformation a été mise hors de doute, il y a déjà longtemps, par les expériences de M. Liebig. Voici, entre autres, deux exemples bien concluants. Une oie maigre, pesant 4 livres, est mise au régime exclusif du maïs (riche en fécule). En trente-six jours elle augmente de 5 livres, et, au bout de ce temps, on peut en extraire 3 livres et demie de graisse. Il est évident que la graisse ne s’est pas trouvée toute formée dans la nourriture, car les 21 livres de maïs employé ne contenaient pas leur millième de graisse en poids; et, d’autre part, l’oie maigre , qui pesait 4 livres, n’avait évidemment pas 3 livres et demie de graisse dans ses tissus. Un cochon reçut, pendant 13 semaines, 333 livres de pois et 2,275 livres de pommes de terre, c’est-à-dire en tout 8 livres et demie de matière grasse. Avant d’être soumis au régime de l’engraissement, il avait au plus 18 livres de graisse dans ses tissus (résultat d’analyses faites sur plusieurs animaux de même taille et de même poids). Après l’engraissement, cet animal donna 50 livres de graisse. Évidemment la plus grande partie des matières grasses s’étaient formées dans ses tissus aux dépens des féculents.

La métamorphose des féculents, ou plutôt de la glycose (qui en est le produit final), en matières grasses, nous explique comment les animaux, tels que bœufs, moutons, cochons, etc., soumis à l’engraissement, se remplissent de tissu adipeux à l’aide d’une nourriture végétale, composée surtout de fécule (fourrages de toute espèce, orge, maïs, avoine, pommes de terre, etc.).

On ne connaît pas encore d’une manière précise la nature des métamorphoses ou dédoublements en vertu desquels le sucre se transforme en graisse.

On ne sait pas non plus avec certitude quelle est la série des transformations qu’éprouvent le sucre et la graisse pour se métamorphoser définitivement en eau et en acide carbonique. Il est probable cependant que l’acide lactique, l’acide butyrique, l’acide formique, qu’on rencontre en petites proportions dans la plupart des tissus et des liquides de 1 économie, constituent les phases intermédiaires de l’oxydation du sucre et des matières grasses.

Lorsque les hydrates de carbone ont été déposés dans l’organisme sous forme de tissu adipeux, ce tissu joue, à son tour, le rôle d’aliment quand l’alimentation devient insuffisante. Ubez les animaux soumis à l’abstinence, la graisse diminue en peu de temps et finit bientôt par disparaître. On a comparé avec raison le tissu adipeux à une sorte d’aliment mis en réserve, destiné à compenser l’alimentation insuffisante et à établir ainsi une sorte de balance. Le tissu adipeux,

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