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CHAPITRE VII. NUTRITION

les prétendues merveilles de la coca, on n’a pas tardé à constater que l’usage de cette substance avait pour effet d’élever la température du corps et d’augmenter la proportion de l’urée dans l’urine; en d’autres termes, d’exciter le travail de la nutrition, bien loin de le suspendre. M. Gazeau a montré que si on ajoute à son régime normal une infusion de 10 grammes de feuilles de coca1, on fait monter dans les vingt-quatre heures la proportion de l’urée d’environ un dixième ; que si on porte la quantité de feuilles de coca au double, la proportion de l’urée s’élève de près d’un cinquième au-dessus de la quantité normale. M. Rabuteau a obtenu sur lui-même des résultats identiques. M. Roux, qui a examiné sous ce rapport Faction du café et du thé, est arrivé à cette conclusion que quand on ajoute à son régime habituel une infusion de 50 grammes de café torréfié, ou de feuilles de thé, on oblient exactement les mêmes effets qu’avec la coca; et de plus, que si on continue l’ingestion de ces substances pendant longtemps, l’urée reprend peu à peu son chiffre normal, mais ne s’abaisse jamais au-dessous.

De tout ceci nous conclurons que les aliments dits d'épargne ou antidéperditeurs ne sont rien de tout cela. Pour ce qui peut être assimilé, ils sont des aliments comme les autres ; mais ils ne sont pas seulement des aliments (la plupart ne renferment que peu de substance nutritive), ils sont surtout des agents excitateurs. Sous leur influence la nutrition est plus active et la désassimilation, loin d’être suspendue, est au contraire activée. Si l’individu qui traverse les plaines du Pérou en mâchant quelques feuilles de coca résiste à la faim et reste vingt-quatre ou trente-six heures sans prendre aucune nourriture, l’activité qu’il déploie, la force qu’il dépense, il l’emprunte à ses propres tissus. Rien ne se produit de rien. Rien loin d’être des antidéperditeurs, les prétendus aliments d’épargne ne sont au contraire que des excitants de dépense. Ce sont, si l’on veut, des dynamnphores, mais par procuration 2.

Rapport entre les aliments albuminoïdes et les hydrates de carbone. —

Nous avons insisté précédemment (§ 15) sur la nécessité d’un régime à la fois azoté et non azoté. Les deux espèces d’aliments (plastiques et thermogènes) sont nécessaires, en effet, à l’entretien régulier des fonctions animales. Ce serait donc se faire une idée incomplète de la nutrition que d’estimer le pouvoir nutritif d’un aliment d’après sa richesse en azote, ainsi qu’on l’a prétendu quelquefois dans des tableaux dressés à cet effet. S’il est vrai que les aliments azotés sont plus immédiatement nécessaires à l’entretien de la vie que les aliments non

1 Ergthroxylum coca.

2 Cette supposition qu’il y a des aliments capables de ralentir les actes de la nutrition tout en développant l’activité fonctionnelle a été introduite par M. de Gasparin dans ses Études sur le régime des mineurs belges. C’est lui qui le premier a attribué au café, c’est-à-dire au principe spécial du café (caféine), le pouvoir de ralentir les métamorphoses nutritives, d'où cette conclusion, qu’en faisant entrer dans la ration une certaine proportion de café, on donnait à cette ration une puissance nutritive plus grande. C'est M. Voit, l’un des premiers, qui a prouvé par expérience que ces données hypothétiques étaient erronées. Ces recherches ont consisté à alimenter des chiens avec une pâtée composée de pain, de lait et de sucre- Dans une série d'expcriences, ce mélange était arrosé d’eau pure ; dans une seconde, il était arrosé avec une infusion de café. Il résulte de ces recherches que le café est un stimulant du mouvement, et qu’il active dans la même proportion le jeu des oxydations de nutrition. Non seulement la proportion d'urée n’était pas diminuée par l’addition du café à la ration alimentaire, mais elle était augmentée.

azotés, parce qu’ils concourent à la rénovation des tissus azotés, et qu’ils peuvent aussi par leurs métamorphoses engendrer de la chaleur et se transformer en éléments plus spécialement thermogènes, tandis que les principes non azotés ne peuvent pas donner naissance aux tissus qui renferment de l’azote; il n’est pas moins vrai que les diverses sortes d'aliments ont leur importance relative dans les phénomènes de la nutrition, dans la production de la force et de la chaleur.

Ces principes, depuis longtemps établis par les recherches de MM. Liebig et Dumas, ont reçu la consécration expérimentale des travaux de MM. Bischoff, Voit, Henneberg, Slohmann, Ranke, etc. Ces expériences, faites sur les chiens et sur les bœufs, ont mis en pleine lumière la nécessité, pour l’entretien normal de l’animal, d’un régime comprenant à la fois des aliments azotés et des aliments non azotés. Elles prouvent également que chacun de ces aliments n’a point de valeur nutritive absolue, mais seulement une valeur nutritive relative, et que leurs proportions comparées sont en relation directe avec les conditions dynamiques de l’animal. Un bœuf de travail utilise une plus forte proportion d’aliments plastiques qu’un bœuf à l’engrais; réciproquement, ce dernier emmagasine en quelque sorte en lui-même une plus forte proportion d’aliments thermogènes (aliments féculents, sous forme de tissu adipeux).

Alors même que l’animal n’exécute pas un travail soutenu, il ne consomme pas moins cependant une partie de ses tissus azotés. L’entretien des fonctions de la vie organique nécessite certains mouvements ; tels sont : les mouvements du cœur nécessaires à l’entretien de la circulation, les mouvements de la respiration et de la digestion (mouvements de la cage pectorale, de l’estomac, des intestins, des canaux excréteurs, de^ glandes, de déglutition, de défécation, etc.). Ces divers mouvements sont sous l’empire du système musculaire. Or, toute contraction musculaire, dans quelque organe qu’elle se manifeste, est accompagnée, nous l’avons vu v§ 165 bis), d’une métamorphose dans le tissu luimême, c’est-à-dire d’un travail chimique, ou, pour mieux dire, d’une oxydation. Les muscles se détruisent donc par le jeu des organes musculaires, même sur un animal au repos; mais c’est là leur minimum de décomposition. Quand le système locomoteur général est enjeu, cette décomposition ou cette oxydation prend de suite un grand développement, et nécessite une réparation plus forte; or, cette réparation s’opère à l’aide des substances alimentaires. L’animal n’a pas le pouvoir de créer de l'azote, et il ne peut entretenir ses tissus azotés avec des aliments qui n’en contiennent point. Les matières azotées, d’ailleurs, nous l’avons vu précédemment, se trouvent aussi bien dans la nourriture végétale que dans la nourriture animale ; les végétaux en sont même les organes producteurs, car si le carnivore mange l’herbivore, l’herbivore, lui, ne mange que la plante.

L’animal ne produit pas seulement de la force ou du mouvement, il produit aussi de la chaleur; or, s’il est vrai que les transformations chimiques des tissus azotés de 1 organisme engendrent de la chaleur, on peut dire que les matières grasses, les sucres et les féculents, sont des éléments particulièrement thermogènes. L’animal carnivore, qui ne fait usage que de viande, trouve de la graisse dans la chair et dans les os dont il se nourrit. D’ailleurs, il y a chez lui formation de matière glycogène aux dépens des albuminoïdes lorsque les hydrates de carbone ne sont pas suffisamment représentés dans son alimentation.

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