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CHAPITRE VII. NUTRITION

commence par la partie moyenne du cartilage temporaire dans ce qu’on appelle la diaphyse ; et des points d’ossification secondaires apparaissent ensuite dans les épiphyses qui se soudent plus tard (souvent très tard) avec le corps de l’os. Dans les os courts et dans les os plats il y a souvent des points d’ossification multiples.

L’accroissement des os a lieu en longueur et en épaisseur. Les expériences de Duhamel et celles de M. Flourens ont démontré depuis longtemps que cet accroissement se fait de proche en proche, et par apposition successive de substance nouvelle. Sur un jeune animal qui s’accroît, M. Duhamel pratique plusieurs trous espacés par des intervalles qu’il mesure. Quand le développement de l’animal est plus avancé et que l’os s’est notablement accru en longueur, il le met à mort et constate que les intervalles qui séparent les trous n’ont pas varié. Au lieu de perforer l’os de distance en distance, M. Flourens y plante de petits clous d’argent et arrive aux mêmes résultats.

L’accroissement des os en épaisseur se fait égalè rent par formation ou apposition de couches nouvelles qui s’ajoutent à l’os déjà formé. Les expériences de Duhamel, qui remontent au milieu du siècle passé (1743), l’ont également établi. Elles ont été faites sur de jeunes porcs à l’aide de la garance1 mélangée à la nourriture, elles ont été également confirmées par les recherches de M. Flourens et parcelles de MM. Yulpian et Philippeaux.

Lorsqu’on administre pendant quelque temps de la garance aux jeunes animaux, dont les os ne sont pas encore développés, les os se colorent en rouge. Puis, si l’on suspend pendant quelque temps l'usage delà garance, les couches osseuses de nouvelle formation recouvrent les précédentes, en sorte que sur une coupe horizontale de l’os on voit une zone rouge entourée d’une zone blanche. Si, au bout de quelque temps, on administre de nouveau de la garance aux animaux, les couches nouvelles qui se développent étant de nouveau colorées en rouge, il s’ensuit que la coupe de l’os offre une zone blanche comprise entre deux zones rouges. On peut multiplier ainsi le nombre des zones colorées et des zones incolores. Il est évident que la disposition des zones est en rapport avec la croissance de l’os en épaisseur.

Il n’en faut pas conclure que l’os se développe uniquement par une sorte de sécrétion du périoste comme on l’a dit quelquefois, car l’os s’accroissant en même temps dans le sens de la longueur par apposition de substance, il est évident que l’ossification se produit partout en même temps sauf dans les points déjà ossifiés.

Les expériences à l’aide de l’administration de la garance peuvent aussi, ainsi que le font remarquer MM. Yulpian et Phdippeaux, conduire à la démonstration du mode d’accroissement de l’os en longueur. On mesure sur un jeune porc les dimensions en longueur et en largeur de la partie ossifiée de la diaphyse d’un os long, puis on le soumet pendant une semaine ou deux au régime delà garance Plus tard, quand le développement est plus avancé, on le met à mort, et on peut alors retrouver au milieu de la diaphyse de l’os long une portion colorée complètement emprisonnée, et représentant exactement en épaisseur et en longueur les dimensions de l’os à l’époque où il a été soumis au régime de la garance.

1 La garance forme avec la substance de l’os (avec les sels calcaires notamment) une combinaison qui ne se détruit que lentement au bout d’un très long temps.

Sur l’animal adulte les phénomènes de la nutrition de l’os sont plus difficiles à saisir. Si on mélange de la garance à la nourriture d’un animal adulte , il faut, d’une part, un long temps (plusieurs mois) pour que les effets de la garance se manifestent sur la substance de l’os par une très faible teinte, uniformément disséminée dans toute son épaisseur ; et, d’un autre côté, une fois l’os coloré il faut de longs mois pour que. cette faible coloration disparaisse. La nutrition des os complètement développés est donc peu active l.

Pendant toute la durée de la vie le système osseux est néanmoins le théâtre de lentes métamorphoses qui se révèlent de diverses manières. Lorsque l’os de l’adulte se trouve dépouillé d’une partie de son périoste, et par conséquent d’une partie de ses vaisseaux, la portion d’os qui ne reçoit plus de sang devient pour l’organisme un corps étranger (séquestre), dont il se débarrasse par un travail éliminatoire: la portion invasculaire se sépare de l’os resté vivant. Il faut remarquer d’ailleurs que la nécessité, pour l’entretien régulier des os, du plasma sanguin exhalé hors des vaisseaux nourriciers qui le sillonnent n’est point particulière aux os, mais qu’elle est la même pour tous les tissus vasculaires. Il est certain d’une autre part que les os du vieillard avancé en âge ne sont pas en tout semblables à ceux de l’homme qui vient d’achever sa croissance. Le canal médullaire des os longs est devenu plus large, la substance de l’os est devenue plus compacte. Or, le premier effet n’a pu s’effectuer qu’à l’aide d’un travail de résorption, et le second que par un dépôt secondaire de substance osseuse au sein de l’os primitif. Mais il faut dire que ces phénomènes ne s’accomplissent qu’avec une extrême lenteur.

Voici d’autres faits qui montrent aussi qu’il se fait dans les os des échanges de matière. M. Chossat nourrit des pigeons avec des grains choisis un à un, de manière à supprimer les substances minérales de l’alimentation, et il remarque que les os de ces oiseaux deviennent minces et fragiles, tandis que, si on leur donne en même temps des sels calcaires, il n’arrive rien de semblable. L’animal perd sans cesse des éléments salins. Ces éléments, il les perd sans cesse avec les divers liquides de sécrétion, et il les emprunte sans cesse aux tissus régénérés par les aliments. Quand ces éléments font défaut dans l’alimentation, les pertes de l’animal ne sont plus réparées.

Nutrition des muscles. — Nutrition du système nerveux. — Nutrition du tissu conjonctif (tissu conjonctif proprement dit, tendons, ligaments, membranes fibreuses, etc.). — Le mouvement de composition et de décomposition de la nutrition est très actif dans le système musculaire. Indépendamment de ce que la fibrine, qui constitue la base essentielle du muscle, peut être considérée déjà comme un premier degré d’oxydation de l’albumine (voy. § 198), on trouve dans les muscles des produits plus avancés de la combustion des matières albuminoïdes et du glycogène musculaire, qui révèlent un travail de décomposition continu, en rapport avec le jeu des muscles, c’est-à-dire avec la production de la chaleur et le développement de la force mécanique 2.

1 C’est d’ailleurs, pour le dire en passant, cette lenteur dans les actes nutritifs de la portion déjà ossifiée d’un os qui se développe qui permet de distinguer le mode de développement des os à l’aide de la garance.

2 On a trouvé dans les muscles du ylycocolle; de la leu ine; de la tyrosine; de la sarcine ou

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