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CHAPITRE I. DIGESTION

En résumé, des nombreuses recherches sur les peptones, de MM. Lehmann, Briicke, Meissner, Gorvisart, Schiff, etc., on peut tirer cette conclusion : c’est qu’il y a des peptones parfaites et des peptones imparfaites. La parapeptone et la métapeptone sont des peptones imparfaites ou transitoires. Indépendamment des caractères chimiques que nous avons indiqués, ce qui caractérise physiologiquement la peptone parfaite, c’est que les dissolutions de peptone injectées en proportions convenables dans les vaisseaux d’un animal vivant, n’apparaissent pas dans les urines, ce qui signifie qu’elles sont utilisées par la nutrition. Au contraire, les dissolutions de peptones imparfaites, injectées en même proportion dans les vaisseaux d’un animal vivant, ne sont pas assimilées mais éliminées, et apparaissent rapidement dans les urines tout comme les dissolutions d’albumine, ainsi que l’avait démontré depuis longtemps M. Bernard.

Le suc gastrique est donc le dissolvant par excellence des matières albuminoïdes; mais il n’est pas le seul. Le suc pancréatique et le suc intestinal, nous le verrons, agissent aussi sur ces matières, et très-probablement aussi sur les peptones imparfaites, dont ils complètent les métamorphoses. C’est ici le cas de faire remarquer que M. Busch avait déjà observé que sur un homme atteint d’une fistule à la partie supérieure de l’intestin grêle, on voyait souvent apparaître des fragments de viande, de blanc d’œuf, etc., qui n’avaient pas été complètement dissous par le suc gastrique.

Les substances organiques autres que les substances albuminoïdes ne sont point attaquées, ni par conséquent dissoutes par le suc gastrique. Les corps gras , les huiles, restent tout à fait inaltérés lorsqu’on les mélange avec lui. Dans les digestions artificielles de viande, on voit la graisse de la viande se rassembler à la surface du liquide sous la forme d’une couche huileuse : la graisse a été simplement fluidifiée par la température du bain-marie.

L 'amidon n’est point attaqué par le suc gastrique. Par un séjour de 24 à 48 heures dans le suc gastrique, à la température de 35 à 40° il apparaît, il est vrai, des traces de sucre, mais il se forme en même temps de l’alcool, de l’acide acétique, de l’acide carbonique. La plupart des liquides de l’économie, autres que le suc gastrique, peuvent produire les mêmes transformations quand on les maintient longtemps en présence de l’amidon ; ce n’est point là une action propre au suc gastrique.

Les expériences faites sur lui-même par M. Brown-Séquard, expériences qui ont consisté à avaler à jeun une substance riche en fécule (arrow-root), que l’expérimentateur rejetait ensuite par vomissement au bout d’une demi-heure de séjour dans l’estomac; ces expériences, dis-je, ne prouvent pas que le suc gastrique ait le pouvoir de transformer l’amidon en sucre bien que les matières expulsées en continssent de petites proportions. Quoique l’expérimentateur eût l'attention de ne point avaler de salive pendant la durée de l’expérience, il est évident que l’aliment n’arrivait dans l’estomac qu’imprégné d’une certaine proportion de salive, et les diverses expériences que nous avons rapportées précédemment prouvent que l’action de la salive n’est point anéantie par la présence du suc gastrique.

M. Lent1 extirpe à huit lapins les glandes parotides et les glandes sous-maxillaires, et les alimente avec de la fécule crue ou cuite. Examinée aux diverses

1 Laboratoire de physiologie de Greifswald, sous la direction de M. Budge, 1858.

périodes du travail digestif, la bouillie stomacale ne contient jamais de sucre. (Le sucre ne se montre que plus bas dans l’intestin grêle.) L’expérimentateur arrive aux mêmes résultats en injectant, après douze heures de jeûne, et après la ligature de l'œsophage, de l’amidon cuit dans le canal œsophagien au-dessous de la ligature. Au reste, MM. Bernard, Frerichs, Jacubowitch, Bidder et Schmidt s’étaient déjà livrés à des expériences du même genre et étaient arrivés aux mêmes résultats.

Le sucre n’est point attaqué par le suc gastrique d’une manière spéciale. Lorsqu’il est maintenu en contact avec ce liquide, il se forme de l’acide acétique et de l’acide lactique. Mais la même réaction se montre lorsque, au lieu de spc gastrique, on emploie des matières albuminoïdes quelconques. Aussi la formation de l’acide acétique et de l’acide lactique aux dépens du sucre peut se montrer sur tous les points du tube digestif.

Le sucre de canne se transforme en sucre de raisin ou glycose, dans les phénomènes de la digestion ; et c’est sous cet état qu’il est absorbé. Mais cette transformation s’accomplit surtout le long de l’intestin grêle.

La gomme et la pectine ne sont point attaquées par le suc gastrique l.

Quant aux substances inorganiques, toutes celles qui sont solubles dans l’eau, telles que les chlorures, les phosphates et les sulfates alcalins, le sont aussi dans le suc gastrique ; elles rencontrent d’ailleurs, la plupart du temps, des boissons aqueuses dans l’estomac. Le phosphate de magnésie, les sels de chaux et les sels de fer, etc., peu ou point solubles dans l’eau, le deviennent en partie dans le suc gastrique, grâce à l’acidité de ce liquide.

Nous ne pouvons quitter ce sujet sans faire remarquer que les digestions faites en dehors de l’estomac diffèrent de la digestion stomacale proprement dite, en ce sens que la dissolution des matières albuminoïdes est toujours plus prompte dans l’estomac que dans nos flacons. M. Blondlot a fait plusieurs séries d’expériences sous ce rapport. 11 introduisait en même temps une même substance dans l’estomac d’un chien (chien à fistule gastrique), et en même temps il plaçait un même poids de cette substance dans du suc gastrique contenu dans un flacon. Quand la digestion stomacale était achevée, la digestion artificielle ne l’était point encore. 11 fallait, en général, un espace de temps double. Où il fallait deux ou trois heures pour la digestion stomacale, il en fallait en moyenne quatre ou six pour la digestion artificielle2. Cette différence tient à diverses causes : d’abord aux mouvements de l’estomac, qui favorisent le mélange delà pâte alimentaire avec le suc gastrique, et accélèrent ainsi la réaction (Yoy. § 29) ; elle tient aussi à ce que la sécrétion du suc gastrique est successive. Les mouvements de l’estomac promènent les diverses portions de la masse alimentaire sur la surface sécrétante, au fur et à mesure de la sécrétion. Le suc gastrique agit sans cesse., avec toute son énergie initiale, sur chaque partie de la masse alimentaire.

1 La gomme, les mucilages, la pectine placés dans le suc gastrique ne subissent aucune action appréciable ; il faut un temps très-long (beaucoup plus long que celui de la digestion) pour faire apparaître des traces de glycose. Comme il est certain, d’un autre côté, qu’une portion de ces substances ne se retrouve plus dans les matières fécales des animaux auxquels on les administre dans un but d’expériences, il en résulte cette conclusion que leurs métamorphoses digestives ont lieu non dans l’estomac, mais dans l'intestin. •

2 Dans les expériences dont nous parlons, la dose d’aliments introduite dans l’estomac était une dose expérimentale , c’est-à-dire une faible dose. Dans l’état ordinaire, c’est-à dire quand un chien vient de faire un repas copieux, la digestion stomacale naturelle a besoin d’un temps plus long pour s’accomplir entièrement.

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