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CHAPITRE VII. NUTRITION

De l’alimentation insuffisante. — L’alimentation insuffisante, lorsqu’elle est prolongée, entraîne les mêmes effets que l’abstinence. Dans l’alimentation insuffisante, l’organisme se détruit; il perd de sa substance une quantité proportionnée au déficit de l’aliment. Il subvient de son propre fonds à la dépense quotidienne, pour autant que l’aliment ne donne pas lui-même. L’alimentation insuffisante quand elle se prolonge est une inanition lente ; la mort est plus tardive que dans l’inanition ordinaire, aussi l’animal peut ne succomber qu’ après avoir perdu 50 pour 100 de son poids. Les désordres observés dans le cadavre sont les mêmes que dans l’abstinence. L’alimentation insuffisante et l’inanition agissent donc tout à fait de la même manière, à la rapidité près.

Mais entre l’alimentation complète et normale et l’inanition entraînant la mort dans un court espace de temps, combien de degrés, combien de nuances, dont les effets plus ou moins immédiats se font sentir sur la santé, et qu’il est impossible de préciser. L'âge, le sexe, la stature ou le poids du corps, l’exercice, le repos, le climat, la maladie, la convalescence, sont autant d’éléments qui peuvent faire varier, accélérer ou retarder le terme fatal.

L’alimentation peut n’ètre pas insuffisante par la quantité, et l’être par la qualité. Déjà nous avons montré comment les aliments non azotés pris isolément, et même en grande quantité, étaient insuffisants pour l’entretien de la nutrition; comment les aliments azotés, pris isolément, quoique nourrissant mieux que les précédents, ne constituent pas, cependant, une nourriture absolument régulière et normale. Répétons encore qu’il ne s’agit point ici d’une opposition entre les aliments exclusivement végétaux et les aliments exclusivement animaux, lesquels peuvent suffire à l’existence de l’homme, les uns et les autres renfermant des principes azotés et des principes non azotés (voy. §§11, 12, 14, 15, 16 et 200). Nous dirons, toutefois, que, si l’alimentation exclusive avec des matières végétales variées peut entretenir la vie de l’homme, ce n’est qu’à la condition de contenir en proportion convenable les divers principes nécessaires à la nutrition. Comme, en général, les matériaux azotés sont moins abondants dans les aliments végétaux que dans les aliments animaux, ces derniers interviennent toujours d’une manière favorable dans le régime, et permettent de diminuer la masse de nourriture ingérée.

L’alimentation insuffisante (en quantité ou en qualité) est une cause puissante de maladie ; et alors même que la santé n’est pas directement altérée par elle, elle place l’individu dans un état de faiblesse et de prédisposition fâcheuses aux diverses causes de maladies. Les maladies épidémiques et contagieuses, en particulier, exercent sur les individus débilités par le manque de nourriture des ravages désastreux.

Les tristes effets de l’alimentation insuffisante sur le mouvement de la population ont, depuis longtemps, attiré l’attention des économistes. L’influence qu’exerce la misère sur la durée moyenne de la vie humaine ne doit pas être exclusivement recherchée, il est vrai, dans l’alimentation insuffisante. D’autres conditions, telles que des vêtements incapables de préserver du froid, les logements insalubres par défaut de ventilation, l’encombrement, d’où la concentration des miasmes humains, etc., exercent aussi leur part dans les tristes des-

tinées de l’indigence; mais il est incontestable que l’alimentation insuffisante est la cause la plus efficace de mortalité. M. Gasper, économiste distingué de Berlin, a réduit en chiffres l’influence de l’aisance et de la pauvreté sur la durée moyenne de la vie, et il est arrivé à ce résultat, savoir : que sur d,000individusnés au sein de l’aisance, 911 atteignent l’âge de quinze ans, tandis quesur 1,000 individus pauvres 584 seulement parviennent à cet âge. L’influence de l’aisance et de la misère se poursuit également dans le même sens dans les âges suivants; mais la différence devient moins grande, d’une part, parce que les causes de maladies et de mortalité agissent avec moins d’énergie sur les adultes que sur les enfants, et, d’autre part, parce que les indigents qui survivent présentent une constitution relativement plus robuste que les autres.

L’alimentation insuffisante peut, cependant, dans quelques circonstances exceptionnelles, n’être pas sans avantages, et fournir, lorsqu’elle est convenablement dirigée, et qu’on a le courage de s’y soumettre, le moyen de ramener l’économie surchargée d’embonpoint à un équilibre plus désirable. S’abstenir de féculents, boire peu, ne consommer qu’une quantité modérée d’aliments albuminoïdes, se livrer à un exercice réglé et progressivement croissant, provoquer des sudations abondantes : tels sont les moyens assurés de débarrasser l’économie delà surcharge adipeuse.

Nutrition. — Indications bibliographiques.

(Voyez les indications bibliographiques de la respiration, du sang et des sécrétions.)

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