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CHAPITRE I. DIGESTION

Les expériences de M . Gorvisart furent vivement contestées par MM. Keferstein et Hallwachs qui avaient opéré de leur côté avec l’infusion du pancréas du bœuf, du chien et du cochon. Des fragments d’albumine placés pendant douze heures dans ce liquide ne furent pas modifiés ou n’accusèrent qu’un commencement de décomposition. Ils employèrent aussi le suc pancréatique lui-même. Ce suc alcalin avait été pris au moment de la digestion, sur un animal (chien) auquel on avait établi depuis, huit jours une fistule pancréatique, et qui était parfaitement rétabli. Au bout de cinq heures, et par une température de 40° centigrades, de l’albumine solidifiée placée dans ce liquide n’avait point été modifiée.

Aux expériences de MM. Keferstein et Hallwachs on peut objecter : 1° que leur infusion de pancréas n’a pas été faite dans les conditions convenables (voy. § 47 bis) ; 2° que le suc pancréatique n’a plus, au bout de huit jours de fistule , ses propriétés physiologiques (voy. § 47).

M. Brinton, en faisant agir le liquide provenant de l’infusion du pancréas sur l’albumine coagulée, a confirmé les résultats annoncés par M. Gorvisart. Il lui a semblé seulement que la dissolution opérée par le suc pancréatique était plus lente que celle qu’on obtient à l’aide du suc gastrique. On avait objecté à M. Gorvisart que la dissolution des albuminoïdes, dans ses expériences, était plutôt un travail de décomposition que de digestion, M. Brinton a montré que le suc pancréatique artificiel exerce bien une action sui generis , car des infusions pratiquées avec d’autres tissus que le pancréas et placées dans les mêmes conditions de température n’exercent aucune action dissolvante analogue.

M. Meissner, a pratiqué aussi un grand nombre d’expériences, soit à l’aide du suc pancréatique obtenu par fistule, sur un animal en digestion, soit à l’aide d’infusions de pancréas de cochon, de chat, de chien et de bœuf, et il a constaté pareillement que le suc pancréatique a bien réellement la propriété de digérer et de dissoudre les matières albuminoïdes.

M. Brinton avait fait cette remarque, savoir, que l’action de l’infusion de pancréas sur les matières albuminoïdes est parfois plus marquée le lendemain que quand on l’emploie tout de suite. Or, comme, au bout de quelques jours, la liqueur qui était neutre ou alcaline devient généralement acide, par décomposition des matières grasses qui existent dans le tissu du pancréas, M. Meissner attribuait à cette acidification l’augmentation d’action du suc pancréatique. Mais de nouvelles expériences ont démontré que l’acidité ou l’alcalinité n’ont qu’une influence insignifiante sur l’activité du suc pancréatique. Les différences observées tiennent aux proportions de la pancréatine et aux particularités de sa sécrétion (voy. § 47 bis).

Le produit de la dissolution des substances albuminoïdes par le suc pancréatique offre une grande ressemblance avec la peptone gastrique, aussi le désigne-t-on généralement sous le nom de peptone pancréatique. On désigne aussi ce produit sous le nom de pancréatone (pancréatone vient de pancréatine, comme peptone vient de pepsine).

M. Hüfner, qui s’est plus particulièrement occupé de la digestion delà fibrine, à l’aide du suc pancréatique, signale les analogies qui existent entre la pancréatone de fibrine, la leucine et la tyrosine. M. Hüfner et M. Kunkel ont constaté qu’il se dégage des gaz pendant la digestion des matières albuminoïdes dans le suc pancréatique. Ces gaz ayant été recueillis avec soin, on y a reconnu la

présence de l’acide carbonique, de l’azote et parfois de l’hydrogène; on n’a pas trouvé d’oxygène.

Les recherches de M. Kistiakowski sur la composition chimique de la peptone pancréatique de fibrine sont tout à fait concordantes avec les précédentes. La peptone de fibrine différerait de la fibrine en ce qu’elle contient un cinquième en moins de carbone et un cinquième en plus, environ, d’oxygène.

Le suc pancréatique exerce-t-il une action sur les peptones qui sont le résultat de l’action du suc gastrique? Telle est la question que s’est posée M. L. Corvisart et qu’il a cherché à résoudre par expérience. A cet effet, le produit d’une digestion d’albumine par le suc gastrique est partagé en trois portions :

La première portion est destinée à servir de type de comparaison, on la met à part ;

La seconde est mélangée avec du suc pancréatique et on alcalinise la liqueur; La troisième est mélangée avec du suc pancréatique et on acidifie la liqueur à peu près au même titre que le suc gastrique, puis on place le tout dans l’étuve pendant six heures. Si on examine ensuite les trois liqueurs, on les trouve absolument identiques. La peptone de fibrine obtenue par l’action du suc gastrique se comporte absolument de même ; d’où M. Corvisart tire cette conclusion que l’albumine peptone et que la fibrine peptone de l’estomac est un produit de digestion définitif qui ne subit plus l’influence du suc pancréatique L

§ 49 ter.

Suc pancréatique. — Indications bibliographiques.

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1 Les parapeptones et les métapeptones, c'est-à-dire les peptones imparfaites obtenues dans les digestions artificielles à l’aide du suc gastrique, sont au contraire transformées en peptones parfaites sous l’influence du suc pancréatique.

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Bile. — La bile sécrétée par le foie sort de cet organe par le canal hépatique et s’écoule par le canal cholédoque dans la deuxième portion du duodénum. Cette humeur joue dans l’économie un double rôle. Elle est d’abord et principalement une humeur excrémentitielle, comme le sont l'urine et la sueur, et elle est évacuée par l’anus avec les résidus non absorbés de la digestion, qu’elle colore en brun. Elle concourt, d’une autre part, aux phénomènes de la digestion. Nous ne l’envisagerons ici que sous ce dernier rapport (voy. pour les détails relatifs à la sécrétion et aux autres usages de la bile, § 184 et suivants).

L’analyse de la bile a été faite bien des fois. Les analyses publiées autrefois par MM. Berzelius, Gmelin, Mulder, Demarçay, Liebig, montrent déjà combien labile peut varier dans la proportion de ses éléments. Les analyses plus récentes de MM. Strecker l, Frerichs, Gorup-Besanez, Jacobson, Westphalen, conduisent aux mêmes résultats.

Indépendamment de l’eau et des sels qu’elle renferme, ainsi que la plupart des liquides organiques, la bile peut être considérée comme constituée essentiellement par deux acides organiques azotés, unis à la soude et à la potasse, formant ainsi deux sels organiques, et représentant, à eux deux, plus de la moitié du résidu fixe de la bile. Ces deux acides organiques sont l 'acide glycocholique et Y acide taurocholique ; l’acide glycocholique ne contient point de soufre, tandis que l’acide taurocholique est sulfuré. On a désigné quelquefois le premier sous le nom d 'acide bilique non sulfuré , et le second sous le nom diacide bilique sulfuré.

L’acide glycocholique ( ckolique de Strecker) peut être obtenu cristallisé en aiguilles. Cet acide est peu soluble dans l’eau et dans l’éther ; il est soluble dans l’alcool.

i Les analyses de la bile de M. Strecker (bile du bœuf) ont servi de type et de guide à la plupart des chimistes modernes.

L'acide taurocholique ( choléique de Strecker) n’a pas été obtenu à l’état cristallin. Son acidité est moins prononcée. Il est soluble dans l’eau.

Les glycocholates et les taurocholates alcalins de la bile sont solubles dans l’eau; ils ont une saveur à la fois sucrée et amère. L’acétate de plomb et le nitrate d'argent précipitent les glycocholates. Les taurocholates ne sont point précipités par ces réactifs.

Indépendamment des glycocholates et des taurocholates 'alcalins, la bile contient plusieurs matières colorantes azotées: 1° la bilirubine (trouvée aussi dans les calculs biliaires); 2° la bilifuscine, très-proche de la bilirubine; 3° la biliverdine (on ne l’a pas rencontrée dans les calculs); 4° la biliprasine, très-rapprochée de la biliverdine (existe dans les calculs). Ces matières colorantes azotées paraissent dériver de la matière colorante du sang. Elles rappellent par leur composition et leurs propriétés l’hématine, qui dérive elle-même de l’hémoglobine. Lorsque ces principes colorants sont isolés par l’analyse, ils sont insolubles dans l’eau Ils se trouvent dissous dans la bile à l’aide des glycocholates et des taurocholates alcalins.

Il y a dans la bile des matières grasses neutres : cholestérine, oléine, margarine. Il y a aussi dans la bile du mucus.

Parmi les sels minéraux que contient la bile, le chlorure de sodium est le plus abondant. Il y a des phosphates et des carbonates alcalins, de très-petites proportions de phosphates terreux, et des traces de sels de fer et de silice.

La proportion de l’eau contenue dans la bile est des plus variables.

La bile retirée de la vésicule biliaire est en effet très- différente de celle qui s’écoule du foie.

La bile qui sort du foie est beaucoup moins chargée en matières fixes que celle qu’on va prendre dans la vésicule biliaire des animaux ou de l’homme pour en faire l’analyse. Pendant son séjour dans la vésicule biliaire, la bile, en elfet, se concentre, et devient épaisse et visqueuse, par suite de la résorption d’une portion de l’eau qu’elle contient. Lorsqu’au moment de la digestion cette bile épaisse et de couleur vert foncé, s'écoulera dans l’intestin, elle ne ressemble plus à la bile liquide, de couleur jaune doré et légèrement verdâtre, qui sort du foie.

On peut se procurer la bile qui vient du foie, c’est-à-dire la bile jaunedoré, en pratiquant des fistules biliaires sur les animaux vivants, ou en utilisant les cas pathologiques dans lesquels des fistules de ce genre se sont spontanément établies chez- l’homme. MM. Jacobson et Westphalen ont eu récemment l’occasion d’examiner, au point de vue chimique et physiologique, des fistules de ce genre et d’en publier l’observation. Dans la bile qui s’écoulait par la fistule biliaire, il y avait 2,2 ou 2,3 parties de résidu fixe pour 100 parties de bile (c’està-dire 22 ou 23 p. 1000). Tandis, au contraire, que dans la bile recueillie dans la vésicule des suppliciés on trouve de 100 à 180 parties de résidu fixe pour 1000, ainsi qu’il résulte des analyses faites par M. Gorup-Besanez L

Nous reviendrons plus loin sur ce sujet, et nous donnerons diverses analyses de la bile humaine (voy. § 184).

1 La proportion est à peu près la même sur le chien, quand on recueille la bile qui a séjourné dans la vésicule et qu'on la compare à la bile qui s’écoule du foie par une fistule artificielle. Il y a souvent une plus grande différence encore.

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