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CHAPITRE I. DIGESTION

Rôle de la Mie dans la digestion. — La bile est versée dans le duodénum, c’est-à-dire dans une partie de l’intestin où les phénomènes de la digestion s’accomplissent avec toute leur activité ; de plus, la bile est versée, chez l’homme et chez beaucoup d’animaux, par un canal qui lui est commun avec le suc pancréatique; il est donc présumable déjà que cette humeur n’est pas seulement un liquide excrémentitiel, mais qu’elle joue un rôle dans les phénomènes de la digestion. Si la bile était simplement un liquide d’excrétion, comme on l’a cru longtemps sous l’autorité de Galien, on ne comprendrait pas pourquoi elle n’est pas versée dans les dernières portions de l’intestin, dans le côlon transverse, par exemple, qui se trouve placé au même niveau que le duodénum.

La bile sécrétée par le foie s’écoule par le canal hépatique, elle passe de là dans le canal cholédoque, qui la transmet dans l’intestin, où elle s’écoule goutte à goutte, d’une manière continue (fig. 16). Mais une portion de la bile, au

Fig. 16. — Les -voies biliaires.

A, canal hépatique. — B, canal cholédoque. — C, canal cystique. — D, vésicule biliaire. — E, duodénum.

— F, estomac. — GGG, foie.

lieu de suivre son trajet descendant par l’intestin, remonte par le canal cystique, et vient s’emmagasiner dans la vésicule biliaire, qui se remplit (Voy. § 184).

Au moment de la digestion, la bile accumulée dans la vésicule s’écoule dans le duodénum. Si l’on ouvre un animal à jeun, on trouve la vésicule biliaire distendue. S’il a fait un repas depuis une heure ou deux, on trouve la vésicule presque vide, quoique les aliments soient encore dans l’estomac. On a observé le même phénomène (c’est-à-dire la vacuité de la vésicule) sur des hommes morts pendant le travail de la digestion stomacale. M. Dalton a constaté, sur un Béclard, 7e édition. 9

chien 1 auquel il avait pratiqué une fistule duodénale au niveau de l’orifice du canal cholédoque, que la bile s’écoule tout d’un coup, dans l’intestin, en grande quantité, aussitôt que les aliments sont parvenus dans l’estomac. Cet écoulement continue encore pendant les heures qui suivent, mais plus lentement. Lorsque les aliments passent de l’estomac dans le duodénum, ils trouvent donc de la bile dans l’intestin , et, avec la bile, aussi du suc pancréatique. Une partie de ce suc y arrive, d’ailleurs, par un orifice commun avec celui de la hile. La paroi interne de l’intestin se trouve dès lors imprégnée par avance, sur le passage de la bouillie alimentaire, par une couche liquide, visqueuse et adhérente, formée par la bile et le suc pancréatique. Il est probable que cette imprégnation préalable des parois intestinales par la bile et le suc pancréatique n’est pas inutile à l’absorption (Voy. §§ 73 et 76). L’écoulement de la bile dans l’intestin commence avec la réplétion de l’estomac par les aliments. Cette réplétion exerce une pression sur les organes contenus dans l’abdomen, par conséquent sur la vésicule. La vésicule biliaire concourt aussi à l’excrétion, car elle est pourvue d’une tunique musculaire. Les parois du canal cystique et celles du canal cholédoque sont également très-contractiles, ce qu’il est aisé de constater chez les animaux auxquels on a pratiqué des fistules biliaires.

On a remarqué, depuis bien longtemps, que la bile se mélange avec les corps gras; ce n’est pas d’aujourd’hui que la bile de bœuf sert de dissolvant aux dégraisseurs. La bile n’agit sur les corps gras que par une action de mélange ; elle a donc, comme le suc pancréatique, une action émulsive , et non pas une action chimique. Si on met des corps gras neutres en présence de la bile, on ne constate pas de dédoublement chimique. La faible alcalinité de la bile extraite du corps de l’animal n’a pas la propriété de saponifier les corps gras d’une manière sensible. A plus forte raison, la saponification n’a-t-elle pas lieu dans l’intestin grêle, où, nous l’avons déjà dit, l’acidité du suc gastrique entraîné avec la masse alimentaire est presque toujours prédominante. Dans les phénomènes de la digestion la bile concourt donc avec le suc pancréatique à mettre les corps gras en suspension, c’est-à-dire à les émulsionner.

Les matières grasses doivent être émulsionnées pour pénétrer dans les vaisseaux chylifères (Voy. § 76). La présence des corps gras dans les vaisseaux chylifères peut donc être regardée comme une preuve que ces corps ont été préalablement préparés à l’absorption, soit par le suc pancréatique, soit par la bile. M. Lenz a fait de nombreuses expériences qui démontrent que, si l’on supprime l’écoulement du suc pancréatique dans l’intestin, en y laissant parvenir la bile, on trouve encore dans les vaisseaux chylifères qui naissent de l’intestin du chyle blanc, c’est-à-dire des matières grasses.

Si l’on supprime l’arrivée de la bile dans l’intestin par la ligature du canal cholédoque, on constate qu’il y a eu néanmoins du chyle blanc d’absorbé : il y a donc eu des substances grasses émulsionnées. Le pancréas a continué, en effet, à verser son liquide dans l’intestin. L’animal, d’ailleurs, succombe trèspromptement aux phénomènes de la résorption biliaire, à moins que le canal ne se rétablisse.

Lorsqu’on établit une fistule biliaire, c’est-à-dire lorsque, au lieu de laisser couler librement la bile dans l’intestin, on la force à couler au dehors par une

i Sur cinq chiens auxquels M. Dalton a cherché à établir des fistules duodénales, deux seulement ont survécu.

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