SECTION I
Faim et soif.
Faim. — Le mouvement de la vie occasionne dans le corps vivant une déperdition continuelle de substance, et le corps humain, cette machine si compliquée, serait bientôt hors de service, s’il n’y avait en elle une sorte de ressort qui l’avertit du moment où ses fonctions ne sont plus en équilibre avec ses besoins : ce moniteur, cette sonnette d’alarme, c’est l’appétit, c’est-à-dire la sensation du besoin de manger. Ainsi parle Brillat-Savarin et il îTy a rien à changer à la définition du spirituel auteur de la Physiologie du goût.
La faim se fait sentir, en général, à des intervalles réguliers, qui coïncident avec la vacuité de l’estomac et l’absorption des produits digérés. Le besoin des aliments concorde avec la fin du travail digestif précédent. Cette sensation, d’abord assez agréable, ne tarde pas à devenir douloureuse quand elle n’est point satisfaite. Une foule de conditions peuvent influer sur le moment où elle se produit, et aussi sur son intensité. L’habitude a, sur le retour périodique de cette sensation, une influence que chacun connaît.
On peut dire, d’une manière générale, que le renouvellement du besoin des aliments est en rapport avec l’activité ou la rapidité du mouvement nutritif. Les enfants le ressentent plus fréquemment que les adultes, les convalescents plus que les gens bien portants. Les enfants et les convalescents n’ont pas seulement à réparer leurs pertes, il faut encore qu’ils augmentent en poids : l’un pour croître, l’autre pour regagner ce qu'il a perdu. L’exercice développe le sentiment de la faim, et la vie sédentaire le diminue, parce que l’un accélère le travail de la nutrition, et que l’autre l’entrave. La sensation de la faim, qui se renouvelle en moyenne, chez l’homme, deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures, est plus impérieuse dans les animaux, qui ont une circulation plus active, une température plus élevée que la sienne, dont la nutrition, en un mot, fonctionne plus rapidement : les oiseaux, qui ne peuvent supporter un jeûne de vingt-quatre heures, sont dans ce cas. Ceux, au contraire, dont la circulation est lente, dont la chaleur n’est que peu ou point supérieure à celle du milieu ambiant, et dont les sécrétions sont rares, ne ressentent que de loin en loin la sensation de la faim : tels sont les reptiles, qui peuvent rester des mois sans prendre aucune nourriture. La sangsue emploie près d’une année à digérer le sang dont elle s’est remplie.
La température ambiante aune influence analogue sur le besoin des aliments: une température basse excite l’appétit, et une température élevée le rend languissant. Quand la température est très-basse, l’homme doit lutter, en effet, par la quantité des aliments contre le froid extérieur, et nous verrons que les aliments produisent de la chaleur dans leurs métamorphoses successives (Voy. Chaleur animale , chap. v).