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CHAPITRE II. ABSORPTION

Cependant il s'opère encore en ce point une absorption limitée, sur les produits variés de la digestion qui ont échappé à l’action absorbante de l’intestin grêle.

L’absorption digestive se fait donc sur toute l’étendue du tube digestif. Il est vrai de dire cependant qu’elle acquiert tout son développement dans l’intestin grêle. Certains animaux ont l’estomac garni d’un épithélium très épais, qui oppose un obstacle plus ou moins efficace à l’absorption stomacale. Le cheval est dans ce cas ; son estomac absorbe peu et très lentement L Il est probable que le peu de perméabilité de l’estomac à l’absorption se rencontre aussi chez d’autres animaux, et particulièrement dans les deux premiers estomacs des ruminants. C’est ainsi, très probablement, que les liquides engagés dans les diverticulums à cellules de la panse du chameau peuvent y séjourner un temps assez considérable et n’y être absorbés qu’à la longue. Il est vraisemblable que, chez l’homme, la membrane muqueuse de l’estomac se laisse moins facilement traverser par les liquides que la muqueuse de l’intestin grêle. Il faut remarquer que c’est dans l’intestin grêle seulement qu’on rencontre les petits organes si admirablement disposés pour l’absorption : je veux parler des villosités. Les villosités, véritables racines animales molles et vasculaires, renferment un faisceau de vaisseaux qui n’est séparé des liquides à absorber que par une membrane muqueuse extrêmement fine, membrane qui n’a guère que quelques centièmes de millimètre d’épaisseur.

En outre, il faut remarquer encore que l’étendue de la surface de la mu-

i Voici quelques-unes des expériences do MM. Bouley et Colin. Lorsqu’on injecte par une plaie œsophagienne, dans l’estomac d’un cheval à jeun, 30 grammes d’extrait alcoolique de noix vomique, ou 3 ou 4 grammes de sulfate de strychnine, l’animal meurt au bout d’un quart d’heure, au milieu des convulsions caractéristiques do l’empoisonnement par la strychnine. Si l’on injecte, au contraire, la même dose de poison dans l’estomac d’un cheval dont le pylore a été préalablement fermé par une ligature, l’animal n’éprouve point les phénomènes de l’empoisonnement, la dissolution toxique reste dans l’estomac, où on la retrouve au bouc de vingt-quatre heures, en mettant à mort l’animal. La solution toxique prise dans cet estomac, administrée à des chiens, ou injectée dans les veines caves d’un cheval, détermine l’empoisonnement. Si, sur un cheval dont le pylore a été lié, on injecte la dose précitée de poison dans l’estomac par une plaie œsophagienne, et qu’au bout de vingt-quatre heures on retire la ligature du pylore, l’animal meurt empoisonné au bout d’un quart d’heure à vingt minutes, c’est-à-dire quand le poison a passé dans l’intestin grêle, où il est absorbé. La section des doux nerfs pneumogastriques, qui paralyse la tunique musculaire de l’estomac et qui s’oppose à l’expulsion du liquide toxique du côté de l’intestin grêle, a sensiblement les mêmes effets que la ligature du pylore. Au bout do quatre heures on retrouve la solution toxique dans l’estomac, et cette solution fait également périr les animaux auxquels on l’administre.

Dans des expériences plus récentes, M. Schiff, après avoir introduit dans l’estomac du cheval des doses moins fortes de sels de strychnine et appliqué également une ligature au pylore, ne retire cette ligature qu’après un long temps. Il trouve que le liquide stomacal n’a plus la vertu toxique Ce liquide peut être administré à d’autres animaux ou descendre dans l’intestin grêle du cheval après la suppression de la ligature sans déterminer l’empoisonnement.

On peut conclure de toutes ces expériences, en apparence contradictoires, et pourtant concordantes entre elles, que l’absorption de la muqueuse stomacale s’effectue, mais très lentement ; et qu’à un moment donné il n’y a jamais dans le sang que des proportions trop faibles de la substance toxique pour déterminer l’empoisonnement et qu’enfln ces petites doses successivement introduites dans le sang sont successivement détruites ou éliminées. Quand la dose de poison introduite dans l’estomac du cheval est forte (Exp. Colin et Bouley) il en reste encore au bout de vingt-quatre heures une quantité suffisante pour déterminer l’empoisonnement par absorption intestinale, après l'enlèvement de la ligature. Quand la dose est faible et que la ligature du pylore est enlevée tardivement, ou bien il n’y a plus- rien dans l’estomac, ou bien il ne reste qu'une petite proportion d’un liquide non toxique.

L’estomac du chien, du chat, du porc et du lapin paraît absorber à peu près aussi bien que l’intestin lui-même. Lorsqu’on injecte dans l’estomac de ces animaux une dose déterminée d’un liquide toxique, on remarque en effet que la mort est à peu près aussi prompte, que le pylore soit lié ou qu’il ne le soit pas, que les nerfs pneumogastriques soient intacts ou qu’ils soient coupés.

queuse intestinale est considérable : les villosités et les valvules conniventes augmentent beaucoup cette surface, et on peut estimer que l’intestin grêle supposé développé l’emporte sur la surface de l'enveloppe cutanée.

Après l’intestin grêle, vient le gros intestin. Bien que l’absorption y soit moins active que dans le duodénum, le jéjunum et liléum, certains faits prouvent que l’absorption, au moins chez beaucoup d’animaux, est cependant plus active dans le gros intestin que dans l’estomac. Le curare introduit dans l’estomac de quelques animaux y est absorbé si lentement que les portions qui existent à un moment donné dans le sang de l’animal ne suffisent pas pour déterminer des accidents d’empoisonnement. Lorsqu’au contraire le poison est porté directement dans le rectum, les mêmes animaux succombent assez rapidement 1.

Voies de l’absorption digestive. — Avant la découverte des vaisseaux chylifères, on a cru pendant longtemps que les veines intestinales seules absorbaient les produits de la digestion. Plus tard, quand Aselli eut découvert les vaisseaux chylifères (1622), on leur attribua cette fonction, à l’exclusion des veines. Mais l'expérience a prouvé que l’absorption s’opère à la fois par les veines et par les lymphatiques de l’intestin ou chylifères.

Les matériaux absorbés de la digestion sont donc portés dans le sang par deux ordres de vaisseaux : par les veines intestinales et par les vaisseaux chylifères. Les veines intestinales, concourant à la formation de la veine porte, conduisent les liquides de la digestion, d’abord dans le foie, puis dans la veine cave inférieure. Les vaisseaux chylifères versent, par l’intermédiaire du canal thoracique, le liquide qu’ils charrient dans la veine sous-clavière, au confluent de la veine jugulaire interne. Le produit liquide delà digestion est donc versé dans le sang veineux ; il se dirige ensuite, avec le sang, vers les cavités droites du cœur, et traverse les poumons avant d’être envoyé dans les organes et d’être utilisé pour la nutrition.

Si l’on ouvre un chien en pleine digestion, c’est-à-dire trois ou quatre heures environ après un repas copieux, on voit se dessiner dans l’épaisseur du mésentère une foule de tractus blancs, qui ne sont que les vaisseaux chylifères gonflés d’un liquide émulsif blanc. Cette apparence leur a fait donner quelquefois le nom de vaisseaux lactés. Le canal thoracique est aussi rempli d’un liquide analogue. Si, au contraire, on ouvre un chien à jeun depuis plusieurs jours, les lymphatiques de l’intestin ne peuvent plus être distingués qu’avec une grande difficulté, parce qu’ils contiennent un liquide transparent, analogue à celui qui circule dans toutes les autres parties du système lymphatique. La digestion introduit donc quelque chose dans les vaisseaux lymphatiques de l’intestin, et c’est à ce quelque chose qu’ils doivent leur apparence lactée.

Ouvrons encore un chien en pleine digestion, et examinons le sang qui revient de l’intestin par les branches intestinales de la veine porte. Ici, la couleur ne nous apprendra rien ; mais si nous pratiquons l’analyse de ce sang, nous constaterons que sa composition n’est pas la même que celle du

i La belladone et l’opium administrés en lavement chez l'homme agissent plus rapidement que par l’estomac. Le gros intestin, préalablement débarrassé des matières excrémentitielles qu’il renferme, est donc une voie précieuse pour l’introduction des substances médicamenteuses.

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