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CHAPITRE II. ABSORPTION

telles que la cavité des plèvres, celle du péricarde, celle du péritoine, celle de la tunique vaginale, celle de l’arachnoïde, les synoviales articulaires, les bourses synoviales des tendons, les bourses sous-cutanées, sont le siège d’une exhalation et d’une résorption normales. Ces diverses cavités sont aussi quelquefois le siège d’épanchements plus ou moins considérables. Les épanchements de la cavité des plèvres, en particulier, sont remarquables par leur fréquence. La résorption de ces divers épanchements est généralement très lente. Dans un certain nombre de circonstances (les causes qui leur ont donné naissance persistant, ou bien l’exhalation remplaçant sans cesse le liquide entraîné par l’absorption), il faut recourir à une opération pour en débarrasser le malade. 11 n’en est pas de même chez les animaux bien portants : les liquides injectés dans les cavités séreuses disparaissent assez promptement. On peut aussi faire passer par cette voie dans le sang des matière? salines dissoutes.

Lorsqu’on place dans la cavité du péritoine une substance organique solide, celle-ci éprouve une série de transformations, en vertu desquelles elle est successivement ramollie, dissoute, puis résorbée. M. Micbaëlis, de Prague, qui a spécialement étudié ce phénomène en s’aidant de l’analyse chimique, combat l’assimilation qu’on a voulu établir entre la digestion proprement dite et le mode de cette résorption. Des fragments de viande de veau, introduits dans la cavité péritonéale des animaux, perdent d’abord par résorption leurs parties liquides, et ne forment bientôt plus qu’un noyau. Suivant lui, ce noyau se décompose ensuite lentement par une métamorphose analogue à celle qui s’accomplit dans les matières azotées, en dehors du contact de l'air ; il en résulte un savon soluble dans le sérum, et résorbé sous cette forme à mesure qu’il se produit 1. Quoi qu’il en soit, c’est sur ce phénomène de résorption qu’est basé le principe chirurgical de lier les artères au moyen d’un tissu animal susceptible d’être résorbé.

Les liquides injectés dans les membranes séreuses sont assez rapidement absorbés. Une dissolution de cyanure de potassium injectée dans le péritoine ou dans les plèvres d’un chien apparaît généralement au bout de dix minutes dans les urines. On peut remarquer que les sels de strychnine introduits dans les membranes séreuses (lesquelles ne sont recouvertes que d’un épithélium pavimenteux simple) déterminent plus rapidement la mort que quand on les introduit dans l’intestin.

Les liquides contenus dans les réservoirs des glandes, en contact par conséquent avec les surfaces muqueuses, se trouvent dans les conditions de l’absorption. Mais les revêtements de ces réservoirs consistent ordinairement en un épithélium stratifié, qui se laisse moins facilement traverser par les liquides que l’épithélium à cylindre de l’intestin. Cependant il s’opère constamment une légère absorption dans les réservoirs des glandes. La bile qui séjourne dans la vésicule biliaire, est plus foncée et plus visqueuse que celle qui s’écoule directement dans l’intestin ; l’urine du matin est plus chargée en couleur et en principes solides que l’urine de la journée, etc. L'absorption dans les voies

1 La substance organique contenant de l'azote, il se formerait de l'ammoniaque par suite de sa décomposition, tandis que les éléments oxygène, hydrogène, carbone, se constitueraient à l'état de graisse. L'ammoniaque se combinerait à la graisse naissante et formerait un savon. Il se passerait dans le sein de l’organisme, c'est-à-dire en dehors du contact de l’air, dans un milieu humide et à l’aide d’une température modérément élevée, ce qui arrive aux substances animales enfouies au sein de la terre, qui, sous l'influence d'une chaleur humide, se saponifient.

glandulaires devient bien manifeste, et peut môme devenir redoutable lorsqu’un obstacle s’oppose à l’issue du produit de la sécrétion.

Une tumeur placée sur le trajet d’un canal d’excrétion, ou bien un calcul engagé dans l’orifice de ces conduits, détermine souvent la résorption des éléments de l’urine, ou celle des éléments de la bile. On voit survenir alors, dans le premier cas, une sorte d’imprégnation urineuse générale, caractérisée par le goût de l’urine, par les sueurs urineuses, etc.1, et, dans le second cas, une teinte jaunâtre de la peau, de la conjonctive, et du tissu cellulaire sous-cutané; on voit aussi apparaître alors les matières colorantes de la bile dans les autres produits de sécrétions, et en particulier dans burine.

L’absorption s’opère encore sur les surfaces accidentelles. La peau, dépouillée de son épiderme, absorbe avec une grande activité les matières déposées à sa surface ; elle se trouve alors dans des conditions analogues à celles d’une membrane muqueuse très absorbante. On choisit souvent cette voie d’absorption pour faire pénétrer dans l'économie des substances énergiques et qui agissent à très faible dose, les sels de strychnine et de morphine en particulier. On enlève préalablement l'épiderme à l’aide d’un petit vésicatoire, puis on dépose et on fixe la substance sur le derme dénudé, à l’aide d’un emplâtre agglutinatif. On peut, par cette voie, empoisonner les animaux avec une assez grande rapidité.

Des substances dissoutes, ou solubles dans les liquides organiques, déposées à la surface d’une plaie ou d’un ulcère, ou portées plus profondément dans l’épaisseur même des tissus, sont aussi absorbées. La rapidité de l’absorption dépend de la vascularité plus ou moins grande des parties.

Toutes les substances qui agissent comme poison ont besoin, pour exercer leur action, d’être portées par le sang vers les centres nerveux ; il faut donc qu’elles soient absorbées pour devenir toxiques. Ce n’est jamais par action locale sur les nerfs de la partie où on les applique que ces substances font périr les animaux. Si l’on sépare, sur un animal, un membre du tronc, en ne laissant ce membre communiquer avec le tronc que par une veine et une artère (la veine et l’artère crurales, par exemple), l’introduction d’un poison dans l’épaisseur de ce membre fait périr l’animal, tout comme s’il n’avait pas subi de mutilation préalable. Si on ne laisse communiquer le membre avec le tronc qu’à l’aide des nerfs qui s’y rendent (le nerf sciatique, par exemple), on a beau plonger ce membre dans une dissolution fortement toxique, l’animal n’éprouve aucun accident d’empoisonnement. Enfin, si le membre communique avec le tronc seulement par une veine et une artère, et qu’on applique une ligature sur ces deux vaisseaux, on aura beau plonger le membre dans la dissolution toxique, l’animal n’éprouvera rien : l’empoisonnement se manifestera rapidement, au contraire, aussitôt qu’on enlèvera les deux ligatures.

Quelles sont les voies par lesquelles s’opèrent les diverses absorptions que nous venons de passer en revue? Sont-ce les vaisseaux lymphatiques, sont-ce les vaisseaux veineux? La plupart des expériences qui ont été faites, et no-

1 La muqueuse vésicale, dans les conditions ordinaires, absorbe à peine. Si l'urine perd un pou d'eau et se concentre pendant les huit ou dix heures pendant lesquelles l’urine séjourne dans la vessie, la résorption ne paraît s’exercer sur les matières organiques et salines dissoutes de l’urine que dans les cas où la membrane muqueuse n’est pas dans son état normal. Les substances médicamenteuses dissoutes injectées dans la vessie normale ne sont pas sensiblement absorbées alors même qu’elles y sont retenues pendant plusieurs heures. Cette propriété de la muqueuse vésicale est en rapport avec le rôle de la sécrétion urinaire, qui est une sécrétion excrémentitielle.

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