CHAPITRE II. ABSORPTION
contenu dans le tube se correspondent. Bientôt le liquide contenu de. ns le tube b s’élèvera, malgré les lois de la pesanteur, et son ascension peisistera pendant plusieurs jours. La solution du tube b attire donc 1 eau du vase <x. D un autre côté, une petite portion de la solution contenue dans le tube est passée dans le vase. Il y a donc eu deux courants : un courant de l’eau vers la solution, et un courant de la solution vers l’eau. De ces deux courants, l’un a prédominé dans l’expérience, c’est celui qui s’est fait vers la solution, dans la direction de la flèche (fig. 34). Dans le principe on a donné au courant prédominant le nom d 'endosmose, et au courant plus faible celui d’exosmose. Nous allons revenir dans un instant sur ces expressions et sur la valeur qu’il faut leur attribuer.
On a cru pendant quelque temps que le phénomène dont nous parlons était déter- * miné par la densité des liquides en présence ; on pensait que le courant d’endosmose était d’autant plus énergique que la différence de densité des liquides en présence était plus considérable, et qu’il avait lieu du liquide le moins dense vers le liquide le plus dense. Il est vrai qu’en employant des solutions concentrées de sucre, de sel, de gomme et d’albumine, l’endosmose de l’eau vers ces diverses solutions est bien plus rapide qu’avec des solutions peu concentrées. Mais employez des solutions de sucre, de sel, de gomme et d’albumine, de même densité , et opposez simultanément chacune de ces solutions à de l’eau distillée : le phénomène ne marchera pas également, et l’endosmose variera dJintensité suivant la solution employée. La solution d’albumine attirera l’eau avec une grande énergie, la solution de sel, au contraire, assez faiblement.
On ne tarda pas non plus à s’apercevoir qu’en mettant en expérience de l’alcool et de l’eau, le courant prédominant se prononçait vers l’alcool, quoique la densité de l’alcool soit moins élevée que celle de l’eau.
Nous nous sommes convaincu, par un grand nombre d'expériences qui ont porté sur des liquides divers, que cette exception de l’alcool est loin d’être la seule, et que l’eau se dirige par endosmose à peu près vers autant de liquides moins denses qu’elle que vers des liquides plus denses.
On a encore invoqué une action électrique. L’électricité est en physique ce qu’est le système nerveux en physiologie ; on est assez disposé à mettre sur son compte tout ce qu’on ignore.
On a voulu aussi expl'quer le phénomène par une action propre des mem-
Fiar- 34.
a, vase contenant de l’eau distillée.
4, endosmomètre contenant une dissolution d'albumine, ou de gomme, ou de sucre, ou de sel, etc.
c, tube d’ascension de l’endosmomètre.
m, membrane animale fermant par en bas l’endosmomètre b.
cl, autre endosmomètre plus simple, consistant en un tube renflé et fermé par en bas par une membrane animale.
branes. Il y a des liquides qui mouillent facilement les membranes, et d’autres qui les mouillent difficilement. L’eau est dans le premier cas, l’alcool dans le second. On a pensé que la résistance inégale que présentaient les membranes à être mouillées pouvaient bien être la cause du phénomène. Mais l’alcool, l’éther et l’huile mouillent difficilement les membranes, et cependant ces liquides, séparés par des membranes, s’endosmosent entre eux. Il y a plus, l’alcool traverse moins facilement les membranes que l’huile (il faut une pression plus élevée pour faire transsuder l’alcool au travers d’une membrane que pour faire transsuder l’huile) ; c’est pourtant l’alcool qui marche vers l’huile. Cette explication ne comprend donc, comme celle des densités, que des cas particuliers. La cause générale du phénomène est autre. Les membranes, il est vrai, par leur perméabilité plus ou moins grande et par leur degré d’épaisseur, peuvent accélérer ou retarder le phénomène, et, en le retardant, elles peuvent paraître le modifier, mais elles n’exercent qu’une action secondaire. La cause du phénomène ne réside point en elles, mais dans les liquides en contact. Ceci a besoin de quelques mots d’explication.
Lorsque deux liquides de composition différente, mais susceptibles de se mélanger , sont placés librement au contact l’un de l’autre (soit par exemple de l’eau et de l’alcool qui, en vertu de leur densité différente, peuvent être super-* posés l’un à l’autre), et abandonnés dans un lieu parfaitement tranquille, ils se pénètrent l’un l’autre au bout d’un temps plus ou moins long. Cette pénétration, qui aboutit définitivement au mélange, se fait en vertu d’une propriété que les physiciens désignent sous le nom de diffusion. M. Graham, qui s’est beaucoup occupé de ce phénomène, a montré, dans de nombreuses séries de recherches, que la rapidité avec laquelle il s’effectue dépend de la nature des liquides placés en présence ou de la nature des substances que ces liquides tiennent en dissolution lorsqu’il s’agit de matières solides dissoutes dans l’eau. Il y a des substances solubles qui se diffusent facilement et rapidement, il en est d’autres qui résistent plus ou moins longtemps à la diffusion. M. Graham a été conduit ainsi à diviser les substances solubles en deux groupes principaux. Le premier renferme les substances qui se diffusent aisément, ce sont les cristalloïdes, telles que le sucre et les sels solubles ; le second renferme les substances plus ou moins rebelles à la diffusion, telles que l’albumine, la gomme, etc., en un mot le groupe des substances dites colloïdes. La diffusion des substances solubles ou des substances liquides s’opère non-seulement au contact, mais alors même qu’on sépare ces liquides par des cloisons poreuses telles que membranes animales et végétales, substances colloïdes étendues en couches minces ou membranes artificielles (gélatine, collodion, papier préparé, à la manière de M. Warren de Larue etc.), lames minces d’ardoise ou d’argile cuite1. Seule-
1 L’étude des phénomènes de la diffusion a révéié certaines particularités des plus intéressantes sur la constitution des liquides organiques.
L'appareil d’expérience avec lequel on étudie les phénomènes de la diffusion porte le nom de dialyseur. C’est un vase ouvert, par en bas comme par en haut, et fermé d’un côté par une membrane végétale, animale, ou minérale (on emploie généralement pour membrane un papier parcheminé qu’on désigne sous le nom de papier à dialyse). Le dialyseurest posé sur un vase contenant de l’eau distillée de manière que la membrane soit baignée en dessous par l’eau distillée. C’est au-dessus de la membrane, par conséquent dans l’appareil à dialyse, qu’on place la substance qu'on veut faire dialyser.
Si on place de l’albumine de l’oeuf sur le dialyseur, si cette couche est mince et si la masse d’eau distillée qui est sous la membrane, est grande, au bout de vingt-quatre heures tous les sels