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CHAPITRE II. ABSORPTION

ment, lorsqu’on interpose ainsi un écran perméable entre les liquides en contact, un nouveau phénomène se révèle qui vient compliquer la diffusion ; ce phénomène est celui que Dutrochet a désigné sous le nom d’endosmose. C’està-dire que la tendance au mélange se manifeste par un courant prédominant qui s’accuse dans un sens toujours le même lorsqu’on place en présence des liquides déterminés. Ce courant prédominant indique l’intervention d’une force nouvelle qu’il convient de désigner sous le nom d 'osmose. Quant au courant contraire, le courant dit d’exosmose, il n’est manifestement qu'un phénomène de diffusion. La diffusion a bien lieu aussi dans l’autre sens (dans le sens de l’endosmose), mais, de plus, elle se trouve de ce côté renforcée par la force osmotique. Les expressions à.' endosmose et d 'exosmose correspondent à une certaine période de l’évolution scientifique, et n’ont plus aujourd’hui de raison d’être. La tendance au mélange que manifestent les liquides miscibles l’un à l’autre, cette tendance n’est autre que ce qu’on appelle la diffusion. L’interposition d’une membrane entre les liquides miscibles ne porte point obstacle au mélange, mais elle permet de constater une force nouvelle; cette force nouvelle, c’est l’osmose.

De ce qui précède il résulte manifestement que la première condition pour que l’osmose se manifeste, c'est que les liquides en présence puissent se mélanger. Ainsi, par exemple, entre l’eau et l’huile il n’y a point d’osmose. Deux liquides capables de se mélanger et séparés par un corps très finement poreux , tel qu’une membrane, une lame mince d’ardoise ou d’argile cuite, présentent constamment le phénomène de l'osmose. Si les deux liquides, ou l’un d’eux, ou leur mélange, agissent chimiquement sur la membrane en la décomposant, ou sur la lame inorganique, l’osmose n’a plus lieu, ou bien elle se complique d’un phénomène d’équilibre ; une membrane qui se détruit, en effet, n’offre plus assez de résistance pour maintenir sur chacune de ses faces des pressions inégales, et l’équilibre s’établit.

Lorsque deux liquides miscibles l’un à l’autre se trouvent librement en présence, la pesanteur qui maintient invariablement l’équilibre ne permet pas de constater le rôle de chacun d’eux dans le phénomène : l’interposition d’une membrane entre ces deux liquides met en évidence la part de l’un et de l’autre. C’est cette part inégale qui détermine la direction du courant. Toutes les fois donc que deux liquides peuvent se mélanger en tout ou en partie et qu’on interpose entre eux une membrane organique, l’échange se fait suivant les lois de l’osmose. L’osmose est terminée lorsque les liquides mis en présence sont arrivés au mélange.

11 y a osmose de l’eau vers tous les liquides : c’est-à-dire que, si on sépare l’eau, par une membrane, d’un liquide avec lequel elle puisse se mélanger, le courant prédominant se fait toujours de l’eau vers le liquide mis en expérience.

solubles qui existaient dans l’albumine ont disparu, par diffusion, dans l’eau distillée. L’albumine proprement dite n’a pas traversé la membrane, elle est restée sur le dialyseur ; si, au lieu d’employer l’albumine de l’œuf, on emploie le sérum du sang (qui est une dissolution plus étendue d’albumine), on arrive aux mêmes résultats.

Ce procédé est le meilleur pour enlever à l’albumine, les sels solubles qu’elle renferme.

Mais, par cela seul que l’albumine a perdu les sels solubles qui font partie de sa constitution physiologique, elle a perdu en même temps une de ses propriétés les plus essentielles : elle ne se coagule plus par la chaleur et elle ne précipite plus par l'alcool.

Si on lui rend les sels solubles qu’elle a perdus dans la diffusion, elle recouvre la propriété de se coaguler et de précipiter par l’alcool.

Des expériences, en grand nombre, nous ont appris que, dans les phénomènes d’osmose, les liquides qui ont la chaleur spécifique la plus élevée marchent vers ceux qui l’ont plus petite1. Ceci nous explique pourquoi l’eau, qui, de tous

I Le courant de l’osmose se fait de l’alcool vers l’étlier. La chaleur spécifique de l’alcool est de 0,G44 (Favre et Silbermann) ; la chaleur spécifique de l’éther est 0,503. Le courant de l’alcool vers l’éther sera d’autant plus énergique que la densité de l’alcool sera plus considérable. Ainsi, la densité, bien loin de jouer le rôle qu’on lui a attribué, produit ici un effet précisément opposé. On le conçoit aisément : la densité de l’alcool augmente d’autant plus qu’il est moins anhydre ; or, l’eau augmente immédiatement le chiffre de sa chaleur spécifique.

Ce qui est vrai pour l’alcool l’est aussi pour l’éther : le courant osmotique de l’alcool vers l’éther est d’autant plus énergique que la densité de l’éther est moindre.

Le courant est au maximum quand on emploie de l’alcool non rectifié et de l’éther absolu. Il est modéré quand on emploie de l’alcool absolu et de l’éther absolu. Il est à peu près nul quand on met en présence de l’alcool absolu et de l’éther non rectifié , parce qu’alors la chaleur spécifique de l’éther est sensiblement égale à celle de l’alcool absolu. On peut même renverser le courant, en ajoutant à l’étlier le dixième d’eau qu’il peut dissoudre, et en mettant cet éther ainsi préparé en expérience avec l’alcool. Dans ce dernier cas, la chaleur spécifique de l’éther l’emporte sur celle de l’alcool, ainsi qu’il résulte des chiffres donnés par M. Despretz.

Voici un résumé de nombreuses expériences que nous avons entreprises sur ce sujet :

II y a courant de l’esprit de bois vers l'alcool. La chaleur spécifique de l’esprit de bois est G,G71, celle de l’alcool est 0,G44.

Il y a courant de l’éther acétique vers l’essence de térébenthine. La chaleur spécifique de l’éther acétique est 0,484, celle de l’essence de térébenthine est 0,4G7.

Il y a courant de l’éther sulfurique (ch. spéc. 0,503) vers l’éther acétique (ch. spéc. 0,484).

Ii y a courant de l’alcool (ch. spéc. 0,G44) vers l’essence de térébenthine (ch. spéc. 0,467).

Il y a courant de l’esprit do bois (ch. spéc. 0,G71) vers l’huile d’olive (ch. spéc. 0,309).

Il y a courant de l’alcool (ch. spéc. 0,644) vers l’huile d’olive (ch. spéc. 0,309).

Il y a courant de l’éther (ch. spéc. 0,503) vers l’huile d’olive (ch. spéc. 0,309).

Il y a courant de l’essence de térébenthine (ch. spéc. 0,647) vers l’huile d’olive (ch. spéc. 0,309).

Il y a courant de l’esprit de bois (ch. spéc. 0,G71) vers l’essénce de térébenthine (ch. spéc. 0,467).

Il v a courant de l’éther sulfurique (ch. spéc. 0,503) vers l’essence de térébenthine (ch. spéc. 0,647), etc., etc.

Il importe, on le conçoit, que les divers liquides mis en expérience soient purs. La présence de l’eau dans l'un des liquides change le chiffre de la chaleur spécifique, et par conséquent modifie complètement les résultats. La pureté des substances est d’autant plus nécessaire que les chiffres des chaleurs spécifiques des deux liquides mis en expérience sont moins différents l'un de l’autre. Quand l’écart entre les chaleurs spécifiques est grand, cette condition .est moins rigoureuse.

La direction du courant osmotique est donc imprimée par la différence des chaleurs spécifiques. L 'intensité du courant est-elle proportionnelle à cette différence? Oui, pour les liquides qui se mélangent en toutes proportions ; non, pour ceux qui ne se mélangent qu’en partie. Pour exprimer le fait en d’autres termes, l’intensité du courant de l'osmose dépend de deux conditions : et de la différence des chaleurs spécifiques des liquides, et de leur miscibilité.

Cela est facile à comprendre. Supposons, en effet, deux liquides dont les chaleurs spécifiques sont très différentes l’une de l’autre, l’alcool, par exemple (0,644), et l’huile d’olive (0,309). En vertu de cette différence, l’osmose de l’alcool et de l’huile devrait être intense; mais l’alcool et l’huile ne sont pas miscibles en toutes proportions (l’alcool ne dissout qu’une porportion d’huile déterminée) ; le courant osmotique, dont le dernier terme est le mélange des liquides, sera donc bien plus modéré que si le mélange entre les deux liquides pouvait être complet. Au lieu d’alcool, prenons l’eau pour exemple. La différence de chaleur spécifique de l'eau et de l'huile est le plus grande possible : elle est de 1 pour l’eau et de 0,309 pour l’huile. Il devrait donc y avoir un courant très énergique de l’eau vers l’huile ; mais, ces deux liquides ne pouvant se mélanger en aucune proportion, le courant de l’osmose est réduit au minimum, c’est-à-dire à 0. Au contraire, le courant de l’osmose s’élèvera au maximum, si, au lieu d’eau et d'alcool, c'est l’éther que nous mettons en expérience avec l’huile d’olive. L’écart entre la chaleur spécifique de l’éther et celle de l’huile d’olive est en effet assez considérable, et, de plus, ces deux liquides se mélangent parfaitement. — Autre exemple : l’essence de térébenthine et l’éther se mélangent parfaitement ensemble, mais leurs chaleurs spécifiques sont peu différentes l’une de l’autre : l’intensité du courant sera moyenne.

Les mouvements d’osmose peuvent donc être, au point de vue physico-chimique, considérés comme des phénomènes moléculaires de chaleur latente. La force avec laquelle ils se produisent est lente, successive, mais elle a une énergie considérable. M. Dutrochet évalue qu’elle peut faire équilibre à plusieurs atmosphères.

M. Jolly a publié, sur les phénomènes de l’osmose, des expériences très intéressantes ; mais il s’est placé dans des conditions toutes spéciales. Il met dans des tubes fermés par une membrane

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