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CHAPITRE II. ABSORPTION

Nous avons souvent constaté que les dissolutions de sucre ou de sel se dirigent par osmose vers une dissolution d’albumine1, alors que ces diverses solutions marquent le même degré à l’aréomètre. Le courant prédominant s’établit encore, dans une certaine limite, des dissolutions sucrées et salines vers la dissolution albumineuse, lors même qu’elles sont plus denses que la dissolution d’albumine. Des dissolutions sucrées ou salines, bien qu’ayant la même densité ou même une densité un peu plus considérable que celle du sérum du sang, peuvent donc encore passer dans les vaisseaux en vertu de l’osmose.

L’albumine constitue, sous le rapport de l’absorption, un liquide bien remarquable 2. Il y a peu de substances qui attirent l’eau vers elles avec autant d’énergie. L’albumine appartient au groupe des substances colloïdes de M. Graham. Ges substances diffusent difficilement, et le mélange se fait surtout aux dépens des liquides aqueux situés de l’autre côté de la membrane. Cette difficulté que présentent les substances colloïdes à traverser les membranes protège efficacement l’organisme contre la perte incessante des matières albuminoïdes contenues dans les humeurs animales. Mais en même temps, il faut le dire, elle constitue un obstacle à l’absorption de ces mêmes substances par les voies digestives ; voilà pourquoi M. Mülder et M. Frerichs, dont nous parlions plus haut, ont pensé que la partie liquide et absorbable des aliments appartenant au groupe des substances albuminoïdes doit, pour être absorbée, présenter une densité inférieure à la densité du sérum du sang qui circule dans les vaisseaux de l’intestin. Au reste, les expériencesrécentesdeM. Knapp ont montré quel’absorption intestinale des peptones (produits de la digestion des substances albuminoïdes) est très-lente. Dans la digestion normale, elle dure sans doute plusieurs heures. D’un autre côté, M. Gunke a prouvé, par expérience, que la transformation des substances albuminoïdes en peptone a pour effet d’en favoriser l’absorption. Lorsqu’on place dans un appareil d’osmose, d’un côté une dissolution de peptone et de l'autre une dissolution d’albumine de même densité, le courant se prononce de la peptone vers l’albumine; pour 10 parties de peptone qui passent dans un sens, il ne passe dans l’autre sens qu’une partie d’albumine.

Autre remarque. Lorsqu’on commence une expérience d’osmose, la différence entre les deux liquides est en ce moment au maximum : aussi le phénomène marche-t-il rapidement, surtout pendant les premières heures. Il se ralentit dans les heures suivantes, parce que le mélange qui s’établit efface peu à peu les différences. Or, dans l’absorption animale, les phénomènes de l’osmose sont à tous les moments dans les conditions d’une expérience commençante. En effet, la circulation entraînant sans cesse les produits liquides que l'osmose vient de faire pénétrer dans l’intérieur des vaisseaux, il en résulte que le sang, en contact médiat avec le liquide à absorber, se trouve ramené, à chaque instant successif, dans l’état où il était au moment où l’absorption a commencé.

Les phénomènes d’osmose qui s’accomplissent sur l’animal vivant ont une grande analogie avec ceux qui s’opèrent dans l’appareil suivant (fîg. 35). Soit B un flacon d’une certaine capacité, contenant une dissolution d’albumine. Lors-

1 Le sérum du sang est un liquide albumineux.

2 L’albumine tient ses propriétés de sa constitution physico-chimique. La chaleur spécifique d’une dissolution d’albumine, ainsi qu'il est facile de s’en assurer par la méthode des mélanges, est toujours moins considérable que celle d’une dissolution de sucre ou d’une dissolution de sel marin de même densité.

Béclard, 7e édition.

qu’on fait écouler cette dissolution par l’anse de baudruche C, l’eau contenue dans le vase A passe par osmose vers la dissolution albumineuse, au travers des parois de l’anse membraneuse. L’osmose est plus rapide dans ces conditions que si l’expérience avait lieu (pour des surfaces de membranes égales et pour des liquides de même nature) dans l’appareil ordinaire d’endosmose représenté figure 34. Le liquide qui coule dans l’anse membraneuse de la figure 35 présente en effet, à chaque moment, une composition qui est sensiblement la même qu’au commencement de l’expérience.

Les trois principaux produits de la digestion, on se le rappelle, sont : la glycose, la peptone, et les matières grasses (Yoy. §§ 39, 43, 48). Le sucre est facilement absorbé, quand sa solution est inférieure ou égale en densité à celle du sérum du sang. 11 peut l’être encore dans une certaine mesure, quand sa den-

A, vase rempli d'eau. — B, flacon d’écoulement contenant une dissolution albumineuse. — C, anse de baudruche (intestin de mouton dédoublé).

sité est supérieure. Lorsqu’il est pris à l’état solide en grandes quantités, son absorption n’a lieu que lorsqu’il a été dissous et étendu dans une certaine mesure, ou par les boissons ou par les diverses sécrétions de l’estomac et de l’intestin.

Quant à la peptone (albuminose ou matières albuminoïdes dissoutes), elle pénètre dans le sang soit à un état de dilution supérieur à celui de l’albumine du sérum du sang, soit à concentration égale, soit même à densité supérieure l * * *.

Le pouvoir d’absorption pour toutes les substances placées dans le tube diges-

1 Outre les expériences dont nous avons parlé, M. Funke en a fait aussi quelques autres (plutôt

relatives à l’imbibition qu’à l’osmose) touchant la filtration des dissolutions d’albumine non digérée et dos dissolutions d’albumine digérée oupeptone.il prend une dissolution d’albumine et une

dissolution de peptone de môme densité : ces deux dissolutions sont placées chacune sur un filtre,

à la même pression et à la môme température. Or, pendant que 0S',90 de la dissolution d’albumine

traversent le filtre, il filtre dans le môme temps l«r,89 de peptone; c’est-à-dire plus du double.

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