CHAPITRE II. ABSORPTION
tif est d’ailleurs limité, et, lorsque la quantité des matières alimentaires surpasse celle qui peut être dissoute, mise dans les conditions de l’osmose, l’excédant est évacué avec les fèces, où on le retrouve. Cela est vrai pour le sucre comme pour toutes les autres substances, y compris les matières albuminoïdes.
Absorption des matières grasses. — Les matières grasses (huile, beurre, graisses de toute espèce) ne sont point saponifiées dans le tube digestif (Yoy.
§ 40) ; elles sont absorbées en nature. Les matières grasses sont liquéfiées par la température du corps, divisées et suspendues dans les liquides de la digestion, sous forme d’émulsion. Ces matières ne sont miscibles ni avec le sérum du sang ni avec la lymphe ; l’osmose est donc absolument étrangère à leur introduction dans les vaisseaux.
La difficulté de concevoir l’absorption des matières grasses a fait revivre l’idée ancienne qu’il existe des ouvertures qui feraient communiquer le chylifère central des villosités intestinales avec la surface de l’intestin.
Mais la doctrine des prétendues ouvertures microscopiques de l’épithélium intestinal, bien que professée par M. Briicke et partagée par un certain nombre d’anatomistes, ne nous paraît être qu’une illusion. Cette opinion repose surtout sur l’apparence que prennent les cellules du revêtement épithélial des villosités au moment de l’absorption digestive chez des animaux auxquels on a injecté de l’huile dans les intestins. Il résulte des recherches, entreprises depuis quelques années par MM. de Wittich, Brettauer, Steinacb, Lambl, Balogh, Wiegandt, etc., que sur l’animal à jeun, avec les plus forts grossissements possibles, il est complètement impossible de distinguer les ouvertures dont seraient perforées les cellules épithéliales. Des stries apparaissent, il est vrai, dans l’épaisseur du parenchyme des villosités chez les animaux en pleine digestion, mais ce sont les substances grasses qui donnent lieu à cette apparence, sans doute parce que ces substances, non miscibles à l’eau, ne prennent pas la même voie que les matières dissoutes dans l’eau. Tandis que les matières dissoutes dans l’eau se disséminent dans toute la masse du tissu de la villosité, et restent inapperçues, les matières grasses forment, au contraire, comme des filets liquides isolés qui tranchent sur l’uniformité du tissu spongieux de la villosité par la manière dont ces filets réfractent la lumière.
Si l’intestin ne présente pas d’ouvertures, si d’autre part l’osmose paraît être complètement étrangère à l’introduction des substances grasses dans le sang, comment conçoit-on qu’elles puissent s’y introduire?
Les végétaux, dans lesquels les phénomènes de l’osmose s’accomplissent avec toute leur énergie, n’absorbent point l’huile dont on arrose leurs racines. Les matières grasses qu’on trouve dans leurs tissus se forment dans leur intérieur. Les animaux peuvent bien aussi former des matières grasses aux dépens des féculents, ainsi que nous le verrons ; mais, en outre, ils absorbent manifestement ces matières en nature dans leur tube digestif. Les plantes ont leurs racines projetées au dehors ; rien n’y peut pénétrer que par osmose ou par l’aspiration déterminée par l’évaporation des feuilles. Les animaux, au contraire, ont leurs vaisseaux absorbants (chylifères et veines) compris dans un canal à parois musculaires. Ce canal, en comprimant la masse alimentaire pour la faire
cheminer dans son intérieur, tend à exprimer en même temps les produits liquides de la digestion et à les faire pénétrer dans les vaisseaux par concession. Lorsqu’on ouvre un animal en pleine digestion et qu’on examine avec soin les mouvements de l’intestin, on s’aperçoit que les contractions spontanées qui s’y manifestent n’ont pas lieu seulement d’une manière successive et de proche en proche; on constate que des segments d’intestin plus ou moins étendus se trouvent compris entre deux contractions simultanées. Or, les parties liquides renfermées dans une anse intestinale ainsi contractée, ne pouvant fuir ni par en haut ni par en bas, se trouvent pressées contre les parois muqueuses de 1 intestin avec une force proportionnée à la contraction musculaire.
La muqueuse intestinale présente de petits prolongements analogues aux filaments du velours; ce sont les villosités. Les villosités répandues par millions dans l’intestin grêle sont de petites saillies de 0mm,l à 0mm,5 de longueur, recouvertes par un manteau de cellules épithéliales l.
Il y a dans les villosités qui dépendent du derme muqueux et indépendamment du tissu conjonctif qui en forme la charpente, des fibres musculaires lisses dirigées longitudinalement, qui, au moment de la digestion, peuvent se raccourcir et diminuer la longueur. Les mouvements des villosités ont été vus et étudiés par MM. Gruby et Delafond, et plus tard parM. Briicke.
Les villosités (fig. 36) sont parcourues à leur centre par un vaisseau chylifère e, terminé en cul-de-sac, quelquefois renflé en ampoule. Il y a aussi un réseau sanguin très-abondant, qui circule dans l’épaisseur de la substance même de la villosité, et qui entoure, par conséquent, le vaisseau chylifère.
Les matières liquides de la digestion, pressées contre les parois du tube digestif par les contractions de la tunique musculaire de l’intestin, s’introduisent par imbibition et par pression dans la substance molle et spongieuse des villosités intestinales. La graisse émulsionnée , suspendue au milieu des autres produits liquides de la digestion, s’introduit avec eux dans l’épaisseur de la villosité. Or, tandis que la tension permanente à laquelle est soumis le sang dans ses vaisseaux (voy. § 94) ne permet pas à la contraction musculaire de l’intestin de faire pénétrer parjtiressfon les liquides de la digestion dans les vaisseaux sanguins, le vaisseau chylifère de la villosité n’offre, au contraire, presque aucune résistance à ce passage. Les liquides qu’il contient ne sont soumis à aucune
' 1 Ces cellules epithéliales ont du côté libre, c’est-à-dire à la surface de l’intestin, une paroi d’une certaine épaisseur qui forme sur l’ensemble de la villosité comme une sorte de plateau. Ce plateau lui-môme présente des stries perpendiculaires que quelques auteurs regardent, à tort, comme des canaux d’une extrême ténuité.
Fig. 3G.
A, villosité intestinale, avec son vaisseau chylifère central et son réseau sanguin.
B, villosité intestinale, dont le réseau sanguin n’est pas figuré.
ce, épithélium.
d, substance spongieuse de la villosité.
e, chylifère central.
h, artère de la villosité.
I, veine de la villosité, s, réseau capillaire.