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CHAPITRE II. ABSORPTION

tension, et les produits digestifs pénètrent aussi facilement dans la cavité du lymphatique central que dans la trame de la villosité elle-même.

Il en résulte que tous les liquides de la digestion sont représentés dans les vaisseaux chylifères, y compris les matières grasses; tandis que les veines ne se chargent que par osmose, et ne reçoivent point les matières grasses, réfractaires à l’osmose.

Les liquides de la digestion qui entrent dans la villosité et qui vont gagner son centre, pour se porter dans le chylifère central, baignent et traversent d’abord les mailles du réseau sanguin périphérique et s’y débarrassent, par osmose, d’une grande partie des substances sucrées et des substances albuminoïdes.

L’absorption par les chylifères se fait donc par un procédé différent de l’absorption veineuse; les vaisseaux chylifères reçoivent indistinctement tous les produits delà digestion que les veines laissent parvenir jusqu’au centre des villosités. Il en résulte encore que les peptones dont la dilution doit être supérieure, égale, ou peu inférieure, à celle del’albumine du sérum du sang pour entrer dans les capillaires sanguins par osmose, il en résulte, dis-je, que ces matières peuvent pénétrer par les chylifères, alors même que cette condition n’est pas remplie.

On ne manquera pas d’objecter à notre manière de voir que les matières grasses ont une assez grande difficulté à traverser les tissus organiques, et que la contraction musculaire de l’intestin n’est pas assez énergique pour vaincre cette résistance. Nous avons tenté à cet égard quelques expériences qui nous paraissent démonstratives. Il est certain d’abord que l’osmose ne s’exerce point entre l’huile et les liquides, avec lesquels elle ne se mélange point. De l’huile ou des émulsions diverses placées dans un vase ne passent point à travers la membrane d’un endosmomètre qui contient une solution albumineuse. Mais il en est autrement quand la pression intervient.

M. Liebig a autrefois constaté qu’il faut une pression équivalente à 76 centimètres de mercure pour faire transsuder l’huile d’olive à travers une vessie de bœuf. S’il faut une pression aussi forte pour faire transsuder l’huile à la surface de la membrane, il est certain qu’une pression beaucoup moindre suffit amplement pour déterminer le passage, surtout quand, au lieu d’une vessie qui comprend quatre membranes (séreuse, fibreuse, musculeuse, muqueuse), on emploie seulement la muqueuse desséchée. En plaçant de l’huile dans un endosmomètre recourbé (fig. 37), dont on charge la branche ascendante M avec 20 ou 30 centimètres de mercure, le mercure s’abaisse peu à peu dans l’appareil, et l’huile contenue en E traverse la membrane avec une vitesse analogue à celle due au courant ascensionnel que détermine, par exemple, l’endosmose de l’eau vers l’alcool, placé dans un appareil d’endosmose de même dimension.

Mais les émulsions traversent plus facilement les membranes que l’huile en nature. Si l’on met dans l’endosmomètre recourbé une émulsion d’huile d’amandes douces 1, il ne faut qu’une pression de 8 ou 10 centimètres de

1 L’émission doit être faite avec le plus grand soin. Quand la division de l’huile n’est pas poussée assez loin, l’huile et l’eau se séparent promptement, et il ne passe que de l’eau au travers de la membrane. — Voici l’émulsion qui m’a donné les résultats les plus satisfaisants :

Amandes douces 25 grammes.

Eau 125 —

Gomme adragante ... . 10 —

Huile d’amandes 20 —

M. Steiner, quia plus récemment étudié la même question, prépare des émulsions en se servant

mercure pour déterminer le passage de l’émulsion au travers d’une lame de baudruche (intestin de mouton dédoublé).

L’expérience est surtout facile à produire à l’aide d’un jaune d’œuf dissous dans beau. Le jaune de l’œuf est composé par une émulsion plus parfaite encore que celle des pharmacies. Il consiste en une dissolution de vitelline

(substance albuminoïde), tenant en suspension une huile neutre colorée en jaune rougeâtre. En plaçant dans l’endosmomètre un jaune d’œuf, additionné au mortier de deux ou trois fois son poids d’eau, il suffit d’une pression de 6 centimètres de mercure pour opérer la transsudation. L’eau entraîne avec elle, au travers de la membrane, les parties les plus finement divisées de l’huile. On facilite beaucoup le passage en plongeant l’appareil dans une étuve maintenue à une température de 30 à 40 degrés centigrades.

M. Donders et M. Jeannel ont montré, depuis, que si l’on emprisonne de l’huile dans l’anse intestinale d’un animal vivant, entre deux ligatures, le volume du liquide diminue très-lentement; si, au contraire, l’huile a été préalablement émulsionnée avec le suc pancréatique, ou de toute autre manière, elle Fig. 37. - Endosmomètrë recourbé. disparaît bien plus rapidement.

E, réservoir de l’endosmomètre. Sur l’animal, les contractions intesti-

M’ branche ascendante dans laquelle on introduit une naies peuvent vaincre facilement une ré-

colonne de mercure pour exercer une pression sur # A

le liquide placé dans le réservoir e. sistance analogue à une pression de quel-

ques centimètres de mercure, d’autant mieux que la couche de tissus qui sépare la surface des villosités du vaisseau chylifère qu’elle renferme n’a qu'une épaisseur de quelques centièmes de millimètre. Le passage des liquides gras émulsionnés est facilité d’ailleurs par le mode de sécrétion du suc pancréatique et de la bile. Ces sucs, destinés en partie à l’émulsion des corps gras, sont versés dans l’intestin avant la sortie de la masse alimentaire de l’estomac (§ 50). Quand les aliments se présentent dans l’intestin grêle, ils trouvent les parois humectées et pénétrées par les sucs émulsifs L

de liquides très-divers et en ajoutant h l’huile : de l’eau, des sels divers (sel marin, acétate de soude, etc.), de la gomme, de l’albumine, du sucre, etc. Pour favoriser la division de l’huile, il a utilisé une machine à batteur de la force d’un l/8e de cheval.

1 Voici, entre autres, une expérience que j’emprunte àM. Williams, quia récemment répété les expériences de transsudation des liquides gras, au travers des membranes, par pression. Un diaphragme étant imbibé d’eau, il a fallu, par exemple, 6 minutes 1/2 pour faire transsuder une certaine quantité d’huile, sous une pression donnée. Un même diaphragme étant imbibé de bile, il n’a fallu que 4 minutes 50 secondes pour faire transsuder la même quantité d'huile, sous la même pression.

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