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CHAPITRE II. ABSORPTION

De toutes les matières de la digestion, les substances grasses sont celles dont l’absorption est la plus limitée.

On conçoit, également, que tous les corps gras dont le point de fusion est supérieur à la température du corps ne sont absorbés en aucune proportion. Cette conséquence qui découle naturellement de tout ce qui précède vient d’être expérimentalement démontrée par M. Lewantuew.

Mécanisme des absorptions générales. — Les absorptions qui ont lieu à la peau, aux membranes muqueuses pulmonaires, dans les réservoirs et dans les cavités closes, l’absorption interstitielle ou de nutrition et les diverses résorptions, sont également soumises aux lois de l’imbibition et de l’osmose.

Les lymphatiques généraux reçoivent dans leur intérieur un liquide analogue à celui qui humecte les tissus au milieu desquels ils circulent. L’imbibition est probablement le mode principal suivant lequel les liquides pénètrent le réseau initial des lymphatiques.

Quant aux absorptions générales qui ont lieu parle réseau capillaire sanguin, l’imbibition aidée de la pression musculaire ne peut suffire à les déterminer. Le liquide qui circule dans les vaisseaux sanguins fait constamment effort contre leurs parois (Voy-s § 95); il a une tendance continuelle à sortir de ces canaux. L’imbibition des parois des capillaires sanguins porte au dehors les liquides intérieurs, elle n’a aucune tendance à y faire pénétrer les liquides extérieurs. Les échanges s’opèrent ici suivant les lois de la force osmotique.

Caractère essentiel de l’absorption. — Vitesse de l’absorption. — Que

l’absorption s’opère par imbibition simple, ou par imbibition et par pression, ou par osmose, son caractère essentiel est d’être partout lente et successive. Les capillaires sanguins et lymphatiques ne présentant point d’ouvertures béantes, les liquides de l’absorption n’y pénètrent que par une filtration qui nécessite toujours un temps généralement assez long pour qu 'une certaine quantité de liquide s’introduise dans le sang.

Le caractère de lenteur imprimé à l’absorption par la nature des voies de l’absorption nous explique comment une partie des substances alimentaires est souvent rejetée par l’anus, sans avoir été dépouillée de toutes ses parties absorbables, alors que la quantité de ces substances dépasse une certaine proportion.

La lenteur de l’absorption se lie d’une autre part à une condition essentielle de la nutrition. L’absorption étant lente et successive, il en résulte que les matières introduites dans le sang par l’absorption ne changent la constitution de ce liquide que dans des limites déterminées.

11 faut plusieurs heures aux produits d’une digestion pour pénétrer dans le sang; l’absorption de ces produits n’est pas encore terminée, que les premières portions absorbées ont déjà subi dans le sang les métamorphoses de la nutrition. De cette manière le sang ne contient jamais, à un moment donné, qu’une cer-

taine proportion de ces produits. Cette proportion est assujettie à une limite à peu près fixe.

Lorsqu’on modifie les conditions normales de l’absorption en introduisant brusquement dans le sang, par une injection, une substance analogue à celle qu’y introduit successivement et peu à peu le travail de l’absorption digestive, qu’arrive-t-il? Il arrive que le sang, qui ne s’accommode que de changements limités, se débarrasse par les sécrétions, et notamment par les urines, de tout ce qui excède cette limite. D’où il appert encore qu’on se flatterait en vain de nourrir un animal en lui injectant dans les veines les produits d’une digestion artificielle. Il faudrait, pour se placer dans des conditions convenables, lui faire un tel nombre d’injections successives, que le procédé serait inapplicable l. Ce qui serait préférable, ce serait de placer ces produits digérés en contact avec des surfaces absorbantes restées saines ; et encore on ne serait pas tout à fait ainsi dans les conditions vraies de l’absorption digestive.

Nous le répétons, ce n’est pas tout qu’une substance soit digérée, il faut encore qu’elle ne pénètre dans le sang qu’avec lenteur, d’une manière successive, et dans des proportions qui sont commandées par l’état du sang lui-même. Ce fait a une assez haute importance dans l’histoire de l’absorption pour que nous nous y arrêtions un instant.

Lorsqu’on injecte dans les veines jugulaires d’un chien un liquide contenant en dissolution 5 grammes d’albumine, ou une solution contenant 10 grammes de sucre de canne, ou une solution contenant 10 grammes de glycose, l’albumine, le sucre et la glycose apparaissent promptement dans l’urine.

M. de Becker, qui a sacrifié cent lapins, et qui a examiné avec le plus grand soin leur sang et leur urine, à tous les moments de l’alimentation par le sucre, va nous fournir à cet égard les renseignements les plus circonstanciés. Il injecte de la glycose dans les veines d’un lapin, et il la retrouve, au bout d’une demi-heure ou d’une heure, dans l’urine sécrétée pendant ce temps dans la vessie. Mais il y a plus. Alors même que le sucre est placé dans une anse intestinale, ou injecté dans l’estomac par une sonde œsophagienne, et qu’il est, par conséquent, absorbé par les voies naturelles de l’absorption, il apparaît aussi très-souvent (en faibles proportions il est vrai), dans l’urine, quelques heures après l’expérience. D’où il résulte que, bien que le sucre soit le produit de la digestion des matières amylacées (dont le lapin fait sa principale nourriture), encore ne suffit-il pas que ce produit définitif soit mis en présence des voies de l’absorption pour qu’il remplisse régulièrement son rôle dans la nutrition. La transformation des matières amylacées en sucre doit être successive, de manière que la glycose ne se présente aux voies de l’absorption qu’au fur et à mesure de sa production. Quand la glycose est offerte exclusivement et en nature , même par les voies naturelles, l’absorption en fait pénétrer dans le sang, dans un moment donné, des proportions supérieures à celles que le sang peut détruire dans le même temps parles métamorphoses de nutrition ; dès lors, une portion s’échappe par la voie des sécrétions, et n’est point utilisée pour la nutrition.

1 Sur l’homme, d'ailleurs, l’injection par les veines des produits d’une digestion artificielle ne devra jamais être tentée, parce que, indépendamment do ce qu’on n’arriverait pas au résultat qu’on se propose, on pourrait encore déterminer de sérieux accidents.

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