CIRCULATION DU CHYLE ET DE LA LYMPHE
Principale cause de la circulation lymphatique. — Contractilité des vaisseaux. — Les vaisseaux chylifères, remplis du produit de l’absorption, cheminent dans l’épaisseur du mésentère, traversent les renflements gangliformes, dits ganglions lymphathiques, et viennent s’aboucher dans le canal thoracique rendez-vous commun de la plupart des autres lymphatiques du corps. Le canal thoracique lui-même va se jeter dans la veine sous-clavière gauche (Voy. fîg. 38). Quant aux vaisseaux lymphatiques du bras droit, de la moitié droite de la poitrine et de la moitié droite du cou et de la tête, ils se réunissent séparément pour former un canal (nommé grand vaisseau lymphatique droit), qui va s’ouvrir dans la veine sous-clavière droite.
Le liquide contenu dans le système lymphatique, chyle ou lymphe, circule dans ce système, en vertu de conditions qui ne sont pas tout à fait celles de la circulation sanguine. Dans les reptiles, il est vrai, il y a de distance en distance des renflements contractiles, situés sur le trajet des vaisseaux lymphatiques ; ces poches contractiles, auxquelles on a donné le nom de cœurs lymphatiques, établissent entre le cours de la lymphe et celui du sang une certaine analogie. Mais, chez l’homme et chez les mammifères, ces agents d’impulsion font défaut, et la circulation de la lymphe et du chyle est soumise (aux origines du système tout au moins) à peu près exclusivement à la contraction des tuniques des vaisseaux lymphatiques.
La contractilité des vaisseaux lymphatiques n’est pas difficile de mettre en évidence par expérience. Il nous est souvent arrivé de déterminer le resserrement du canal thoracique en y appliquant les deux pôles d’un appareil d’induction. Le resserrement de ce canal, déterminé à l’aide des irritants chimiques, n'est pas aussi probant, attendu que l’alcool et la potasse exercent une action analogue sur les tissus organiques après la mort. Au reste, il n'est pas nécessaire de recourir à l’excitation galvanique pour constater la contractilité des vaisseaux lymphatiques, il suffit d’observer l’influence de l’air sur ces vaisseaux. Quand on ouvre un animal au moment où il est en pleine digestion, on aperçoit les chylifères remplis d'un chyle blanc, à travers les parois transparentes des mésentères. Puis, l’air agissant comme excitant sur les tuniques des vaisseaux, le liquide fuit de place en place dans la direction du canal thoracique, et les vaisseaux rétractés sur eux-mêmes deviennent assez difficiles à apercevoir. Le
rétrécissement peut être porté très-loin. Les vaisseaux chylifères du cheval, par exemple, qui sont gros comme une plume d’oie, quand ils sont remplis de liquide, deviennent alors comme un gros fil.
Les vaisseaux lymphatiques, en se contractant, pressent sur le liquide contenu dans leur intérieur, mais cette contraction aurait une égale tendance à faire progresser le liquide en avant et en arrière du point contracté, s’il n’y avait dansl’intérieurde ces vaisseaux une disposition organique qui détermine la direction du courant. Cette disposition organique consiste dans la présence des valvules. Les valvules, de forme semi-lunaire, sont la plupart disposées par paires, et assez larges pour fermer complètement la lumière des vaisseaux. Les valvules des vaisseaux lymphatiques sont très-nombreuses. Il est des points où il y en a de 2 millimètres en 2 millimètres. Dans le canal thoracique, on les rencontre, en général, de centimètre en centimètre.
Les valvules agissent à la manière de soupapes qui peuvent s’incliner et s’appliquer contre les parois des vaisseaux dans la direction du canal thoracique. Les valvules laissent ainsi passer l’ondée liquide ; elles se redressent ensuite dans l’intérieur du vaisseau et en interceptent la lumière, de manière à s’opposer au reflux, en sens opposé, au moment de la contraction. De cette manière, les contractions successives des vaisseaux lymphatiques dirigent le chyle et la lymphe de ses branches vers le tronc thoracique.
On se ferait des valvules lymphatiques une trèsfausse idée, si on les comparait à de simples lamelles tendues horizontalement, comme les soupapes d’un corps de pompe. Dans nos machines, en effet, l’occlusion du conduit est subordonnée à un arrêt contre lequel la soupape rigide vient s’appuyer, et qui l’empêche de se renverser. Dans les vaisseaux il n’y a pas d’arrêts, et les membranes ne sont point des corps rigides. Si les valvules étaient de simples lamelles flottantes, la colonne liquide en retour ne redresserait pas seulement les valvules, mais elle les renverserait en sens opposé, et elles deviendraient tout à fait inutiles. Les valvules (Yoy. fig. 39) sont de petites membranes semi-circulaires, fixées lâchement contre la paroi du vaisseau par tous les points de leur demi-circonférence : leur bord droit seul est libre. Elles forment donc des espèces de goussets , dont l’orifice est tourné du côté du canal thoracique. Au moment delà contraction des parois des vaisseaux, la colonne liquide en retour s’engage dans l’intérieur de ces goussets, et comme ils sont lâches et disposés par paires, la partie de leur surface externe qui avoisine leur bord libre vient s’appliquer contre celle du côté opposé : la
Fig. 38. — Canal thoracique.
a, embouchure du canal thoracique
dans la veine sous-clavière gauche.
b. c , portion thoracique du canal tho-
racique.
d, portion renflée du canal thoracique, ou citerne de Pecquct.
f, ganglions lymphatiques prévertébraux dont le réseau précède le canal thoracique, r/, veine ctive supérieure.
/*, veine jugulaire interne.
j, artère carotide.
/f, fragment de l’aorte.