‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 91 sur 429 · CHAPITRE II. ABSORPTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. ABSORPTION

lumière du vaisseau se trouve hermétiquement fermée, et d’autant plus hermétiquement que la colonne liquide est plus énergiquement pressée par la contraction des tuniques vasculaires. Dans quelques points, la lumière du vais-

Fig. 39.

a, vaisseaux lymphatiques intacts. a', vaisseaux lymphatiques ouverts suivant leur longueur

b, renflements traduisant à l'extérieur la présence des et laissant voir leur paroi intérieure.

valvules placées à l’intérieur des vaisseaux. b' valvules.

seau lymphatique est fermée par une seule valvule ; dans ce cas, la partie libre du gousset unique vient s’appliquer, quand il est rempli de liquide, contre la paroi opposée du vaisseau.

Causes accessoires de la circulation du chyle et de la lymphe. — La circulation du chyle et de la lymphe est favorisée par quelques autres conditions anatomiques et physiologiques.

Il est aisé de constater que la capacité intérieure du canal thoracique est bien moins considérable que la somme des capacités intérieures de tous les lymphatiques qui viennent s’y terminer. Or, comme le chyle et la lymphe marchent des branches vers le tronc thoracique, c’est-à-dire d’un espace plus large vers un espace moins large, la circulation trouve dans cette disposition une cause accélératrice. C’est un principe de mécanique usuelle, en effet, que la vitesse des liquides en circulation dans des tuyaux ou dans des canaux s’accélère dans les points rétrécis.

Les mouvements de la locomotion (contraction des muscles des membres) concourent à la progression de la lymphe dans les vaisseaux lymphatiques des membres. La contraction des muscles abdominaux exerce la même influence sur la progression du chyle, par transmission de pression. La contraction musculaire tend, comme la contraction propre des vaisseaux lymphatiques, à faire progresser la lymphe et le chyle dans le sens déterminé par les valvules. Quand on pratique une ouverture à l’un des vaisseaux lymphatiques du cou sur le cheval, on remarque que l’écoulement de la lymphe est augmenté par les mouvements des muscles du cou. On peut faire la même observation sur les vaisseaux lymphatiques du chien à la racine des membres antérieurs.

Les phénomènes mécaniques de la respiration agissent de deux manières pour favoriser le cours du chyle et de la lymphe dans le canal thoracique. Le

vide déterminé, pendant l’inspiration, au moment où la cavité thoracique augmente de capacité, est comblé, non-seulement par l’air atmosphérique qui s’introduit dans le poumon, mais aussi par tous les liquides qui ont un accès naturel vers la poitrine. Le liquide contenu dans la partie abdominale du canal thoracique, et de proche en proche dans les voies lymphatiques les plus voisines, se trouve donc attiré vers la partie thoracique- du canal pendant l’inspiration. — D’un autre côté, l’expiration agit dans le même sens, car elle tend, parle retour élastique des parois abdominales, à faire passer le liquide du canal thoracique de la portion abdominale dans la portion pectorale. En outre, la portion pectorale du canal thoracique qui vient d’être dilatée par le vide de l’inspiration revient en ce moment sur elle-même, en vertu de l’élasticité de ses parois. Aussi, quand on recueille au cou le liquide du canal thoracique sur l’animal vivant, on constate qu’au moment de l’expiration le liquide sort en jet. En d’autres termes, l’écoulement est continu, mais on observe une série de saccades qui correspondent aux mouvements d’expiration.

Une cause du mouvement du chyle et de la lymphe dans les vaisseaux, tout aussi incontestable que la précédente, est ce qu’on a appelé vis à tergo ou momentum à tergo. Le liquide introduit dans les origines des chylifères et des lymphatiques (Voy. §§ 76 et 77) chasse de proche en proche, devant lui, le liquide antérieurement introduit dans l’intérieur des vaisseaux, et concourt avec les forces précédentes à sa progression vers le canal thoracique.

Vitesse de la circulation lymphatique. — L absence d’un organe central d’impulsion pour présider au cours du chyle et de la lymphe fait que les vaisseaux lymphatiques ne sont pas toujours distendus ni soumis à une tension toujours la même : aussi, la quantité de liquide qui circule dans leur intérieur est très-variable. Tantôt on les trouve gonflés de liquide, tantôt ils sont revenus sur eux-mêmes et se dérobent presque à l’observation.

M. Weiss est parvenu à introduire dans un des troncs lymphatiques du cou, chez le cheval, un appareil analogue à l’hémodynamomètre (Voy. § 94). Mesurée à l’aide de cet instrument, la tension de la lymphe dans les vaisseaux s’est montrée très-faible. Cette tension est équivalente à une colonne de 10 à 20 millimètres d’une dissolution de carbonate de soude, d’une densité de 1080, c'est-à-dire à une colonne de 1 millimètre de mercure au plus.

C’est vraisemblablement à l’absence d’un organe d’impulsion dans le système chylifère que le canal thoracique doit de décrire un assez long trajet pour venir s’ouvrir dans la veine sous-clavière, au confluent de la veine jugulaire interne, dont le courant descendant entraîne avec lui l’ondée chylifère et lymphatique. Remarquez aussi que le canal thoracique vient s’ouvrir dans les veines sur lesquelles l’action inspiratoire de la poitrine agit avec énergie.

La manière d’apprécier la vitesse du cours de la lymphe ne peut être que très-approximative, car une foule de causes peuvent la modifier, généralement ou localement. Ce moyen d’appréciation consiste à ouvrir le canal thoracique d’un animal, à recueillir le liquide qui s’écoule, et à noter combien de temps une quantité donnée a mis à couler. Cruikshank avait évalué cette vitesse à 1 décimètre par seconde. Cette évaluation est trop considérable.

Page 1