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CHAPITRE II. ABSORPTION

La quantité de liquide recueillie par M. Colin, par la listule thoracique d’une vache, étant en moyenne de 4 litres (§ 63) en l’espace d’une heure, et le diamètre de la canule par laquelle avait lieu l’écoulement étant de 8 millimètres, on arrive par le calcul à ce résultat, que pendant ce laps de temps (une heure) il a passé par la canule une colonne liquide de 62m,25 de longueur, c’est-à-dire par conséquent une colonne de 2 centimètres et demi par seconde : on pourrait conclure de là que la vitesse avec laquelle se meuvent le chyle et la lymphe est égale à une distance de 2 centimètres et demi franchie par seconde. Mais il ne faut pas oublier qu’on ne peut se faire ainsi qu’une idée approximative de la vitesse du cours du liquide qui circule dans l’un des points du système chylifère, c’est-à-dire dans le canal thoracique. Ce cours doit être moins rapide dans les branches du système, et d’autant moins rapide qu’on se rapproche davantage de ses origines, attendu (nous l’avons dit) que le liquide se meut dans un espace de plus en plus rétréci, au fur et à mesure qu’on se rapproche du canal thoracique : c’est d’ailleurs ce qui résulte des recherches de M. Collin. M. Weiss a cherché aussi à apprécier directement la vitesse du cours de la lymphe à l’aide d’un appareil analogue à l’hémodromomètre (Voy. § 107). Dans ses expériences, entreprises sur le cheval, la lymphe circulait dans les grands lymphatiques du cou avec une vitesse moyenne de 23 centimètres par minute, c'est-à-dire un peu moins de un demi-centimètre par seconde.

On peut conclure de ces divers résultats d’expériences que le cours de la lymphe n’est pas le même dans tous les points du système. Ainsi que nous le faisions pressentir, ce cours est moins rapide dans les branches que dans le tronc commun, c’est-à-dire dans le canal thoracique. On peut conclure aussi que le cours de la lymphe varie suivant les moments de l’observation.

Circulation dans les ganglions lymphatiques. — Les vaisseaux chylifères et lymphatiques de l’homme et des mammifères n’ont avec les veines d’autre communication que dans les veines sous-clavières, où ils versent en définitive leur contenu. Sur leur trajet, les vaisseaux chylifères et lymphatiques traversent des renflements ou ganglions, constitués par une trame celluleuse qui contient de nombreux vaisseaux sanguins. On a cru pendant longtemps qu’il y avait dans l’épaisseur de ces ganglions une communication directe entre les vaisseaux sanguins et les vaisseaux lymphatiques. Mais les recherches récentes et multipliées de l’anatomie microscopique ont établi que ces communications n’existent pas. Les ganglions lymphatiques résultent essentiellement d’une charpente celluleuse aréolaire. Ces aréoles sont pour les vaisseaux lymphatiques ce que sont les aréoles de la rate pour les vaisseaux sanguins. Les vaisseaux lymphatiques afférents , après un trajet assez compliqué dans l’intérieur du ganglion, communiquent avec les cavités aréolaires, et de celles-ci naissent les lymphatiques efférents. Les cavités aréolaires occupent la portion corticale du ganglion et sont remplies d’un liquide analogue à celui qui circule dans les vaisseaux lymphatiques. Les vaisseaux lymphatiques afférents et efférents forment au centre du ganglion un lacis assez compliqué, mélangé au réseau capillaire sanguin.

Dans tous les points où circulent des vaisseaux sanguins, ces vaisseaux lais-

Béclard, 7e édition. 1 4

sent échapper dans les tissus, au travers de leurs parois, la partie liquide du sang ou plasma: le même phénomène a lieu, sans doute aussi, dans les capillaires sanguins des ganglions. Le sang cède donc quelque chose à la lymphe dans l’intérieur des ganglions, et probablement la lymphe elle-même exerce sur le sang des modifications particulières.

La circulation des diverses parties du système lymphatique est très-variable. Cette irrégularité est liée, je le répète, à l’absence d’organe central d’impulsion et aux conditions accessoires qui agissent inégalement sur les divers points du système. Au nombre des causes qui peuvent amener le ralentissement du cours de la lymphe et du chyle, les ganglions tiennent sans doute le premier rang. Les inflexions nombreuses des vaisseaux lymphatiques dans les ganglions et les réservoirs multiloculaires que ceux-ci renferment sont, en effet, des causes d’autant plus efficaces de ralentissement, que la vitesse du cours du chyle et de la lymphe est moindre.

§ 83 {bis).

Circulation «lu ehyle et de la lymphe. — Bibliographie. — (Voyez aussi § 67 bis.)

Schreger, De irritabilitate vasorum lymphaticorum. Leipzig, 1789.

Nom., Ueber den Lymphstrom in don Lympligefiissen, etc. [Du cours de la lymphe dans les vaisseaux lymphatiques ), dans Zeitschrift für ratiouelle Medicin, t. IX, 1850.

Brücke, Ueber die Chylusgefàsse und die Fortbewcgung der Chylus {Sur les vaisseaux chylifères et sur la circulation du chyle), dans Sitzungsberichte d. K. K. Akad. der Wissensch. zu Wien, 1858.

W. Weiss, Experimentelle Untersuchungen über den Lymphstrom ( Recherches expérimentales sur le cours de la lymphe), dans Arch. für patholog. Anat. und Physiol., t. XXII, 1 SGI .

Paschutix, Ueber die Absonderung der Lymphe im Arme des Hundes ( Sur l'écoulement de ta lymphe par les lymphatiques de l'épaule chez le chien), dans Arbeit. aus d. pliys. Anstaltzu Leipzig, 7e année, 1872.

G. Colix, Vitesse des courants lymphatiques, dans le Traité de physiologie comparée, 2e édit, t. ir, p. 215. Paris, 1873.

J. Tarchaxoff, Des prétendus canaux qui feraient communiquer les vaisseaux sanguins et lymphatiques. Dans Arch. de Physiol. norm. et path., 1875.

Absorption dans la série animale. — L’absorption a lieu dans toute la série animale. Chez les animaux inférieurs, qui n’ont point de tube digestif (spongiaires, infusoires), elle s’exécute sur tous les points de la surface. Ces animaux reçoivent les matériaux de leur nutrition à peu près comme les plantes. Les substances extérieures pénètrent les parties avec lesquelles elles se trouvent en contact, et se répandent ensuite, de proche en proche, par imbibition et par endosmose.

Vertébrés. — Dans les vertébrés, l’absorption digestive se fait, comme chez l'homme, par deux ordres de canaux, les canaux veineux et les canaux chylifères. Les absorptions intérieures ont aussi, chez les vertébrés, une double voie pour faire rentrer les substances absorbées dans le torrent circulatoire. Les vaisseaux lymphatiques existent, en effet, chez les mammifères, chez les oiseaux, chez les reptiles et chez les poissons. Le système des vaisseaux lymphatiques présente même, chez un certain nombre de reptiles (la grenouille, par exemple), une structure plus compliquée que dans les animaux à sang chaud. Il y a, sur le trajet de ces vaisseaux, des renflements pourvus de fibres musculaires, qu’on nomme cœurs lymphatiques, et dont les contractions contribuent puis-

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