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CHAPITRE III. CIRCULATION

viendrait remplir en s’y précipitant, ne pourrait être déterminée que par une force active de dilatation. Lorsque l’air pénètre dans l’intérieur d’un soufflet par aspiration, il ne le fait qu’en vertu d’une dilatation active ; et l’air ne pénètre pareillement dans la poitrine, au moment de l’inspiration, qu’en vertu de la dilatation active des parois thoraciques, déterminée par les muscles inspirateurs. Dans le cœur, nous ne voyons rien de semblable. Un muscle creux, qui, en se contractant, diminue sa cavité intérieure, ne peut pas, par ses contractions, produire un effet inverse. Ajoutons que, quand le cœur cesse de se contracter, le retour à sa position d'équilibre (qui n’est autre que l’état de repos ou diastole) est facilité par la tension veineuse. 11 n’y a, il ne peut y avoir, à aucun moment de la circulation, aucune tendance au vide dans le cœur par le fait du cœur lui-même 1.

La respiration, il est vrai, nous le verrons plus loin, exerce une notable influence sur la circulation. La dilatation active de la poitrine détermine une tendance au vide, non-seulement dans les poumons, mais dans tous les organes creux contenus dans la cage thoracique, et conséquemment dans les cavités du cœur. Mais cette aspiration, phénomène accessoire de la circulation, est tout à fait étrangère aux mouvements musculaires du cœur, et n’a rien de commun avec la systole et la diastole; elle agit dans les mouvements actifs de l’inspiration, c'est-à-dire 15 ou 18 fois par minute, et non pas dans les 70 ou 80 contractions du cœur, qui ont lieu pendant le même temps.

Chez l’homme et chez les animaux à double circulation, le cœur n'est pas seulement partagé en deux parties par une cloison verticale; chaque partie du cœur, droite et gauche, est encore divisée en deux cavités qui communiquent l’une avec l’autre. La cavité supérieure ou oreillette communique largement avec la cavité inférieure ou ventricule, tant à gauche qu’à droite.

Lorsque le cœur se contracte, ses quatre cavités (deux oreillettes et deux ventricules) n’entrent pas simultanément en jeu. Les deux oreillettes se contractent ensemble; les deux ventricules se contractent ensemble après les oreillettes. De même, les deux oreillettes se dilatent ensemble ; les deux ventricules se dilatent ensemble. La contraction du cœur est successive; elle a lieu des oreillettes vers les ventricules; aussi, la systole auriculaire et la systole ventriculaire n’ont pas lieu en même temps. Pendant la systole des oreillettes, les ventricules sont à l’état de diastole, et, pendant la systole des ventricules, les oreillettes sont en diastole.

Si l’on ouvre un animal vivant, il est facile de constater ces divers points. On observe, de plus, que les oreillettes et les ventricules se durcissent sous la main

1 S’il pouvait rester dans l’esprit du lecteur le moindre doute sur ce point (qu’on n’aurait pas cru pouvoir être contesté), il suffirait de se reporter aux recherches récentes de M. François Franck sur la compression du cœur à l'intérieur du péricarde. Toute compression graduellement croissante exercée sur le cœur (c’est à l’aide de l'air que M. Franck exerce cette compression) produit l’abaissement graduel de la tension artérielle. Lorsque la compression fait équilibre à la tension veineuse , toute pulsation artérielle est supprimée, l’afflux du sang dans les cavités cardiaques est donc singulièrement troublé quand la pression exercée à l’extérieur du cœur fait équilibre à la pression veineuse. Le cœur a si peu une action aspiratrice propre qu’il peut à peine reprendre sa capacité diastolique quand on exerce sur lui la faible pression de la tension veineuse, ou ce qui est la même chose, quand on annihile la tension veineuse dans les cavités du cœur.

Lorsque les pulsations artérielles ont disparu, le cœur n’a pas, il est vrai, cessé de se contracter, mais ses contractions ne sont que des systoles incomplètes ou avortées par défaut de réplétion.

qui les touche, et diminuent de capacité, au moment de leur contraction, homme la dilatation des oreillettes coïncide avec la contraction des ventricules et réciproquement, il s’ensuit que le cœur n’est jamais contracté simultanément dans toutes ses parties. Le raccourcissement général de l’organe, au moment de la contraction des oreillettes, est à peine marqué. Son plus grand raccourcissement coïncide avec la systole des ventricules, qui, d’une part, se contractent avec plus d’énergie, et qui d’autre part remportent par leurs dimensions sur les oreillettes.

Le raccourcissement des cavités du cœur porte sur tous les diamètres : la réduction de volume a lieu d’avant en arrière, d’un côté à l’autre, et delà pointe à la hase. La réduction de volume se voit très-bien chez les grenouilles ; on la voit moins bien chez les mammifères. Chez quelques animaux, le raccourcissement suivant la verticale est moins prononcé que le raccourcissement sur l’horizontale, ce qui a fait penser faussement à quelques observateurs que le cœur s’allonge pendant la systole ventriculaire. Sur le lapin, le raccourcissement vertical est des plus prononcés : il est aisé de se convaincre qu’il coïncide avec la systole ventriculaire.

Lorsqu’on observe les contractions du cœur sur une grenouille, la demitransparence des parois permet de distinguer le sang dans l’intérieur de ses cavités. Or, on remarque que la teinte rouge produite par le sang qui avait rempli le ventricule au moment de la diastole disparaît pendant la systole. Il est donc probable que la contraction du cœur pousse au dehors, sinon la totalité, tout au moins la presque totalité du sang qui le remplit. Il est vrai qu’au bout de peu de temps, cette teinte ne disparaît plus complètement, et qu’on aperçoit au centre des cavités du cœur un point rouge persistant à chaque contraction. Mais, pour examiner les contractions du cœur sur l’animal vivant, on est obligé d’ouvrir la poitrine, et de placer cet organe dans des conditions anormales qui, en mettant le cœur au contact de l’air, troublent plus ou moins promptement le rhythme normal des contractions. Le trouble porte surtout sur l 'énergie des mouvements, laquelle diminue peu à peu, ainsi qu’on le remarque. 11 est donc probable que, sur l’animal sain, les contractions ventriculaires chassent devant elles la totalité du liquide qu’elles contiennent1.

Déplacements ou mouvements «le totalité «lu cœur. — Lorsqu’on met la main sur la poitrine d’un homme ou d’un animal, dans la région du cœur, on sent un choc ou battement désigné sous le nom de pulsation du cœur. Lorsqu’on examine attentivement, sur une personne maigre, l’espace qui sépare la cin-

1 D’après le mode d'occlusion des valvules auriculo-ventriculaires (§ 90) il est permis de penser que, si les ventricules ne se vident pas complètement à chaque systole ventriculaire, les portions de sang qui restent dans le cœur à la fin de la systole sont à peu près insignifiantes.

M. Hamernik pense, néanmoins, qu’à chaque systole ventriculaire, les ventricules ne se vident pas complètement, et que le mouvement circulatoire général y gagne en régularité, le moteur musculaire (fibres charnues du cœur), n’allant pas jusqu’à ses dernières limites de contraction. M. Hamernik ajoute même que, sur les animaux qui respirent par des poumons et qui ont des côtes (mammifères, oiseaux), l’ouverture de la poitrine, loin de gêner le mouvement de contraction du cœur, donne au contraire au cœur, qui n’est plus retenu par la résistance élastique des poumons, le pouvoir de se contracter plus complètement, dans les premiers moments qui succèdent à l’ouverture de la poitrine.

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