CHAPITRE III. CIRCULATION
dire sa propre histoire, on ne peut plus arguer de la difficulté de l’observation, et la doctrine de M. Beau ne peut plus être défendue 1.
Quelques essais assez imparfaits, et basés sur le principe de la cardiopuncture, ont d’abord été tentés en Allemagne et aussi en Amérique (notamment par M. Upbam, de Boston). MM. Chauveau et Marey, partant d’un autre principe, ont imaginé et construit un appareil des plus ingénieux. A l’aide de cet appareil, auquel les auteurs ont donné le nom de cardiographe , on obtient des indications continues, et on apprécie avec une rigueur mathématique l’ordre de succession des mouvements du cœur, leur énergie, leur durée, leur relation avec les phénomènes concomitants du choc précordial, de la pulsation artérielle, etc.
Soient A et B (voy. flg. 41) deux ampoules élastiques fixées aux deux extrémités d’un tube flexible, et remplies d’air ainsi que le tube intermédiaire. Tout changement de pression opéré sur l’une des ampoules se transmettra à l’autre
A et B, (leux ampoules élastiques (en caoutchouc) situées aux deux extrémités d’un tube qui peut être flexible ou rigide. — L’appareil est hermétiquement clos et rempli d’air.
ampoule, en vertu de l’élasticité du gaz contenu dans le système fermé. Tel est le principe de l'instrument2. Supposez maintenant que l’une des ampoules soit introduite, par un procédé convenable, dans une des cavités du cœur, l’ampoule restée au dehors accusera tous les changements de pression qui surviendront dans la masse sanguine au milieu de laquelle plonge l’ampoule d’épreuve. Or les changements de pression du sang contenu dans les cavités du cœur ne sont que la traduction des mouvements des parois des cavités cardiaques. Maintenant, annexez à l’ampoule restée au dehors un système de transmission qui non-seulement enregistre tous ces mouvements, mais encore qui les rende beaucoup plus apparents en les amplifiant, et vous aurez l’idée générale de l’instrument imaginé par MM. Chauveau et Marey. Cet instrument est représenté figure 42.
1 Dans cette doctrine, qu’il serait superflu de développer ici, car nous exposons l’état de la science et non l'histoire de ses erreurs, il fallait faire plusieurs suppositions tout à fait inadmissibles. Il fallait supposer, entre autres singularités bizarres, que les valvules auriculo-ventriculaires étaient fermées en tout temps, sauf le moment précis qui correspond à la contraction des oreillettes ; tandis que c’est précisément le contraire qui est la vérité. Non-seulemement les valvules auriculo-ventriculaires ne sont pas toujours fermées, mais elles sont au contraire toujours ouvertes, sauf le moment qui correspond à la contraction des ventricules.
2 L’idée première de cette transmission de pression à distance est due à M. le Dr Buisson.
A l’aide du cardiographe, on constate beaucoup de choses. Pour le moment, il s’agit d’interroger l’instrument en ce qui regarde la relation qui peut exister entre tel ou tel mouvement du cœur et le choc précordial, en un mot, il s’agit de savoir à quel moment de la révolution du cœur correspond ce choc.
D’abord il faut remarquer que sur les animaux supérieurs (cheval, mouton, chien), les cavités droites du cœur sont accessibles sans qu’il soit nécessaire d’intéresser les parois de la poitrine. On peut y parvenir par une grosse veine du
Fig. 42. — Cardiographe de MM. Chauveau et Marey. (1/6 de la grandeur réelle.)
AE, appareil enregistreur. — L’appareil enregistreur AE se compose de deux cylindres (un seul se voit sur la figure; il masque celui qui est derrière)/ Ces deux cylindres sont mus d’un mouvement uniforme par un appareil d’horlogerie H. Quand l’appareil est en marche, une bande de papier se déroule de l’un des cylindres et s enroule sur l’autre. A mesure que la bande s’enroule sur le second cylindre, les leviers de l’appareil sphygmographique y impriment leur trace.
AS, appareil sphygmographique, c’est-à-dire appareil qui reçoit , transmet et amplifie le mouvement. L ampoule c reçoit le choc précordial ; l’ampoule v reçoit la pression sanguine déterminée par la contraction d un ventricule ; l’ampoule o (rendue indépendante de l’ampoule v par un artifice de construction)] reçoit la pression sanguine de l’oreillette. Les tubes te , tv, to, transmettent les pressions correspondantes à leurs ampoules, vers d’autres ampoules construites sous forme de tambour. La membrane élastique qui recouvre ces tambours aplatis met en mouvement, lorsqu’elle se soulève, les leviers enregistreurs, à l’aide d’une petite tige verticale. Cette petite tige agit sur les leviers à une très-courte distance de leur articulation, c’est-à-dire sur un très-court bras de levier, de manière que le mouvement des grands bras de levier le, le, lo, qui se dirigent du côté des cylindres enregistreurs, est considérablement amplifié.
cou, la veine jugulaire du côté droit par exemple. Une sonde à double ampoule (voy. fig. 42, v et o) introduite dans cette veine, poussée dans le tronc veineux brachio-céphalique, puis dans la veine cave supérieure, gagne l’oreillette droite et enfin le ventricule droit où elle se trouve arrêtée à l’extrémité inférieure de celte cavité. Par un artifice de construction, l’ampoule qui plonge dans la cavité ventriculaire et celle qui répond à la cavité de l’oreillette, tout en faisant partie du même système, sont indépendantes l’une de l’autre. En relation avec le dehors par des tubes de communication également indépendants, les deux ampoules v et o transmettent leurs mouvements par l’intermédiaire des tambours aux leviers Iv et lo.
Une autre ampoule (voy. fig. 42, c) est introduite dans l’épaisseur de la paroi