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Mode d’action des enzymes

De la considération des propriétés caractéristiques des enzymes on a tiré quelques notions sur leur mode d’action. En effet, comme ces agents ne paraissent pas s’épuiser au cours de leur action ' et comme par rapport à leur masse extrêmement faible ils produisent un effet infiniment grand, on les a rapprochés des agents catalytiques. Ceux-ci sont des corps qui, par leur seule présence, modifient la vitesse d’une réaction ; l’acide sulfurique qui transforme l’amidon en glycose et se retrouve totalement à la fin de la réaction,

l- Il a été fait ci-dessus (p. 86) quelque réserve sur ce point.

PHYSIOLOGIE CELLULAIRE

la mousse de platine qui détermine l’union de l’oxygène et de l’hydrogène à la température ordinaire, etc., sont de tels agents. Ces actions de catalyse sont soumis'es à des lois générales qui, dans l’état actuel de nos connaissances sur les fermentations, s’appliquent à celles -ci.

Pour plusieurs ferments (invertine, maltase, émulsine, trypsine) la preuve a déjà été fournie en effet que leur activité ne change pas au cours de la réaction et que la vitesse de celle-ci est soumise à la loi de l’action des masses, c’est-à-dire qu’elle est proportionnelle au produit des masses actives des corps qui interviennent dans la réaction ; seulement, comme la présence, en quantités variables, des produits de la réaction modifie la vitesse de cette dernière, le phénomène parait se compliquer. En réalité, il rentre dans le groupe des réactions catalytiques dans lesquelles il y a formation de combinaisons intermédiaires.

Soit, le cas de l'inverline. Ce ferment conserve son activité primitive pendant toute la durée d’une expérience de quinze à vingt heures; la vitesse d’inversion augmente avec la concentration en saccharose jusqu’à une certaine valeur de cette concentration, au delà de laquelle d’abord elle n’augmente plus que très lentement, puis elle diminue; la vitesse d’inversion est proportionnelle à la quantité de ferment ; le sucre interverti ralentit l’action de l’invertine et le ralentissement est d'autant plus grand que la quantité de ce sucre est plus grande et que la quantité de saccharose est plus petite.

Ce qui rapproche encore les actions diastasiques des actions catalytiques, c’est qu’il y a des substances inorganiques qui, en très petite quantité et dans certaines conditions, remplissent le rôle de ferments. Ainsi les solutions de platine colloïdal (obtenues en faisant passer entre deux fils de platine dans l’eau distillée un arc voltaïque) décomposent l’eau oxygénée à très faible dose; par exemple, une solution de platine contenant 1/300 de milligramme de métal par litre manifeste cette propriété; mais celle-ci diminue à partir de 00® ou sous l’inlluence de diverses substances, acide cyanhydrique^ cyanure de mercure, iode, etc., toutes substances qui suspendent aussi l’activité des ferments; de petites quantités d’alcali augmentent l’activité du platine, des quantités plus grandes la diminuent. Le platine colloïdal opère aussi l’inversion de la saccharose et hydrolyse le butyrate d'éthyle. Son action lipasique est réversible, c’est-à-dire qu’avec de l’alcool et de l’acide butyrique il peut faire synthétiquement du butyrate d’éthyle. 11 peut donc agir comme une oxydase, comme une lipase et comme l’invertine. D'autres métaux en solution colloïdale se comportent de même. De tous ces faits, on a conclu qu’il existe des ferments inorganiques ; ce sont des corps qui exercent des

FERMENTS ET FERMENTATIONS

actions de présence*, qui opèrent par catalyse. Quoi qu’il en soit, il est permis de dire qu’il y a des analogies d’action entre ces corps et les véritables ferments, les enzymes.

Nos connaissances sur la nature des enzymes ne vont guère plus loin. Car nous ne savons encore rien de précis sur leur composition chimique. Elles paraissent être des corps azotés. Mais, comme jusqu’à présent aucun ferment n’a pu être préparé à l’état de pureté, on n’a point pénétré leur nature réelle.

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