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MÉCANISME GÉNÉRAL DE LA DIGESTION

quand les aliments sont riches en eau, la salive est sécrétée en moindre quantité. De même, le suc gastrique est sécrété en plus ou moins grande abondance suivant que le repas consiste surtout en viande, pain ou lait, le « suc de viande » étant le plus abondant et le plus acide; grâce à cette quantité d’acide, les fibres de la viande sont aisément dissociées, ce qui rend l’attaque du ferment protéolytique beaucoup plus facile ; le « suc de pain » contient plus de pepsine,

1 albumine végétale du pain étant plus difficile à digérer que l’albumine animale. Voilà une série d’adaptafions quasi journalières. 2® Mais il s en établirait de plus profondes, en rapport avec les régimes alimentaires eux-mêmes, quand ceux-ci sont d’assez longue durée. Chez un chien soumis au régime carné exclusif, l’amylase du suc pancréatique disparaît progressivement. Chez de jeunes canards (c est-à-dire des animaux dans l’alimentation desquels n’entre pas habituellement le sucre de lait) recevant pour nourriture un mélange de son et de lactose, on trouve delà lactase dans l’intestin la même constatation a été faite sur des poussins après 63 jours d’alimentation lactée et, l’alimentation ordinaire ayant été reprise, la lactase disparut en quinze jours *. — Ainsi, non seulement à chaque aliment cori'espond un travail approprié des glandes digestives, mais à chaque mode d alimentation correspond un type de sécrétion qui s’est établi progressivement et persiste plus ou moins longtemps quand le régime vient à changer.

Cette sorte de plasticité physiologique des glandes constitue un fait des plus remarquables, qui doit être rapproché des autres faits connus d’adaptation organique, relatifs surtout aux sy.stèmes osseux et musculaire

La question s’est posée de savoir si les ferments digestifs ne sont pas aidés dans leurs actions par les ferments ligurés. Les bactéries du tube digestif sont très nombreuses chez tous les animaux (sauf chez les fœtus, dont l’intestin est dépourvu de microbes) ; beaucoup de ces bactéries produisent des ferments qui agissent sur les matières alimentaires comme ceux des sucs digestifs. On pouvait donc se demander si les bactéries ne jouent pas un rôle très utile à la digestion. L’expérience a montré que celte fonction peut s’exercer sans intervention microbienne.

!“ On a réalisé avec du suc gastrique ou avec des extraits pancréatiques

1. P. Portier et H. Bierry, Soc. de de biol., 20 juillet 1901, p. 810.

2. Expériences de P. Sisto, Archivio di fisioL, 1909, iv) p. n6. '

3. Cette adaptation des glandes digestives peut porter aussi sur leur structure. Des oiseaux granivores iiourris de viande pendant plusieurs mois présentent des' moditlcations du tube digestif, réduction du jabot, du gésier et des intestins * les reins augmentent de poids. Au contraire, chez des oiseaux carnivores nourris’ avec des graines, le gésier se développe.

DIGESTION

des digestions parfaites, encore qu’elles eussent été menées d’une faço» complètornent aseptique .

2» On a réussi à faire vivre aseptiquement, dans une enceinte stérilisée,, des cobayes mis au monde de façon aseptique (par opération césarienne), puis nourris avec des aliments stérilisés et resjjirant de l’air stérilisé; l’asepsie du tube digestif a été vérifiée au bout de quelques jours, à l’autopsie!

On a fait éclore aseptiquement des petits poussins qui ont pu se développer dans un vaste appareil stérilisé, maintenu à température constante et où ils ne recevaient qu’une nourriture et un air stériles. Cet élevage a duré de 15 à 40 jours et la croissance s’est effectuée aussi normalement et dans des conditions aussi bonnes que celle de poussins élevés librement.

3° Chez un grand nombre d’animaux des régions arctiques, herbivores aussi bien que carnivores, on n’a point trouvé de bactéries dans le contenu de l’intestin C

4® 11 y a mieux. On a montré qu’un organisme peut passer la totalité de son existence et se reproduire en milieu aseptique. L’expérience a été laite avec des mouches du genre Drosophila 2. Comme ces insectes se développaient, dans l’étuve employée, en moins de 13 jours, de nombreuses générations successives ont pu être suivies en culture aseptique. La croissance se fait, dans cette condition, aussi rapidement que dans les élevages septiques, la mortalité est même extrêmement réduite. Ainsi les mouches peuvent sans microbes se développer, se métamorphoser et se reproduire pendant plusieurs générations.

Les espèces bactériennes qui poussent sur les milieux de culture habituels ne paraissent donc pas nécessaires à la digestion intestinale et à la. nutrition.

Appétit. Faim. Soif.

Toute la série des actes digestifs, phénomènes chimiques et phénomènes mécaniques, est commandée par des sensations spéciales; celles-ci déterminent la première mise en jeu des mécanismes divers dont l’ensemble constitue la digestion.

En effet, quand l’organisme a besoin de réparer ses pertes ou de subvenir à ses dépenses, il en est averti par des sensations spéciales dites internes ou générales, la faim et la soif.

Du point de vue psychologique, on peut discuter sur la question de savoir si l’appétit est une sensation spécifique ou s’il est seulement le premier degré delà faim et si celle-ci n’en est que l’exagération, jusqu’à la souffrance plus ou moins aiguë ®. En fait, l’appétitest connu de tout le monde par expérience personnelle; c’est une sen-

1. On sait que l’air de ces régions, comme celui des hautes montagnes, est pur de bactéries.

2. Expériences des deux biologistes français A. DcLcouaT et E. Guyénot (1912).

3. • Le mot appétit exprime cependant une autre idée- que celle de faim

légère. On a de l’appétit pour certains mets plutôt que pour d’autres ; l'appétit peut être excité par des condiments, des épices; on peut avoir de l’appétit sans, avoir faim réellement; l’appétit est plutôt une affaire de goût et de gourmandise, il s’adresse plus à la qualité qu’à la quantité des aliments .. . (II. Beaunis Les sensations internes, Paris, 1889, p. 24). ’

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