‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 136 sur 510 · MASTICATION · texte numérisé non relu

MASTICATION

sation légère et nullement désagréable, qui persiste encore quand le besoin de manger se satisfait. Quand nous parlerons de la sécrétion du suc gastrique, nous verrons que l’appétit est le premier et le plus puissant excitant de cette sécrétion.

La faim est un malaise qui se produit dès que le besoin de manger ne peut être satisfait. Mais l’intensité et la durée de cette sensation sont extrêmement variables suivant les indivus.

Il est difficile de localiser exactement la faim. Chez la plupart des individus cependant elle est marquée au début par un malaise épigastrique, de nombreuses observations l’ont fait communément admettre. Celui-ci n’est sans doute que le signe d’un état local des premières parties du tube digestif, pharynx, œsophage et surtout estomac. De fait, la faim cesse brusquement après l’introduction des aliments dans l’estomac, c’est-à-dire longtemps avant que ceux-ci soient digérés et absorbés. D’autre part, la cocaïnisation de l’arrière-bouche et de la partie supérieure de l’œsophage ou celle de l’estomac, qui amène l’anesthésie de ces régions, annule la sensation de faim.

L. Lur.iANi 1 voit la cause originelle de cette sensation dans la turgescence de la muqueuse gastrique qui sc produit peu de temps après que l’estomac s’est vidé. Quoiqu’il en soit de ce point particulier, l’excitation originelle serait transmise aux centres nerveux par les nerfs pneumogastriques, puisqu’un chien, privé de nourriture depuis deux ou trois jours, présente néanmoins une inappétence absolue, si on lui sectionne ces deux nerfs avant de lui offrir son repas. 11 est vrai que, quelques heures après, l’appétit revient. Ce qui s’expliquerait par une transmission des excitations locales par les fibres centripètes du sympathique, intervenant à défaut des pneumogastriques.

Le rôle des centres nerveux dans la sensation de faim, comme dans toute sensation, est prouvé par des observations du genre de celle-ci : quand, sous des influences psychiques comme celles qui peuvent s’exercer chez les hystériques, la sensation de faim est supprimée, le jeûne est supporté beaucoup plus longtemps que par les individus normaux.

La soif est une sensation générale, qui tient à l’appauvrissement du sang et des tissus en eau, mais accompagnée d’une sensation spéciale de sécheresse des muqueuses buccale et pharyngienne (sécheresse de la gorge), L’application d’eau fraîche sur cette muqueuse calme la soif, mais ne la fait pas disparaître; un chien à fistule gastrique maintenue ouverte ne peut satisfaire sa soif, l’eau s’écoulant incessamment par la fistule. D’autre part, toute perte d’eau, par sudation exagérée, par forte hémorragie, dans certaines maladies comme le choléra, s’accompagne d’une soif vive qui est apaisée par l’injection d’eau dans les veines ou dans le rectum.

1. l’hy.siologiste italien contemporain très connu, professeur à TUniversité de Rome.

Page 1