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Intestin grêle. Sécrétion et rôle du suc intestinal

Comme l’estomac, l’intestin grêle est un organe à la fois glandu laire et moteur.

SÉCRÉTION INTESTINALE ^<>3

L’organe glandulaire est constitué par les cellules à mucus de toute la muqueuse, par les glandes de Brunner du duodénum et par les glandes de Lieberkühn qui, les unes et les autres, versent dans le tube intestinal le produit de leur sécrétion ; celui-ci rencontre la bile et le suc pancréatique et ce mélange entre en conflit avec le contenu stomacal.

1“ Sécrétion du suc intestinal.

A. Phénomènes histologfiques. — Les glandes de Brunner ofl'rent des modifications histologiques analogues à celles que présentent les glandes pyloriques. Les cellules des glandes de Lieberkühn, à l’état de repos, sont remplies de granulations qui passent dans le produit de la sécrétion, quand celle-ci s’établit.

B. Innervation sécrétoire. — Les nerfs sécréteurs ne sont pas connus. La section des pneumogastriques ne modifie pas la sécrétion d’une anse intestinale isolée par le procédé de Tiiiry (voy. plus loin). Mais l’énervation d’un segment d’intestin compris entre deux ligatures est suivie d’une sécrétion paralytique qui rappelle celle que l’on observe après la section des nerfs de la glande sous-maxillaire (voy. p. 180); en quelques heures ce segment d’intestin se remplit en effet d’un liquide qui est du suc întestinaL, tandis qu’un segment contigu, préparé en même temps pour servir de témoin, mais non énervé, reste à peu près vide (fig. 31). Au bout de vingt-quatre heures le phénomène a pris fin. On peut observer quelque chose de semblable après l’extirpation des ganglions cœliaques. — Tel est le fait le mieux établi au sujet de l’innervation sécrétoire de l’intestin. Tient-il à la vaso-dilatation consécutive à la section des nerfs ou à la suppression d’actions nerveuses d’arrêt s’exerçant normalement sur les glandes? Cette seconde hypothèse est la plus vraisemblable.

C. Excitants de la sécrétion. — Chez les carnivores (chiens) à jeun on n’observe qu’une faible sécrétion (par une anse isolée). Chez les herbivores, dans les quelques opérations de fistule duodénale qui ont été réalisées sur ces animaux, on a constaté que la sécrétion est continue, mais augmente pendant la digestion. Chez un fort chien, pendant la phase d’activité sécrétoire maxima, c’est-à-dire de la quatrième à la sixième heure après le repas, on peut recueillir 10 à 20 centimètres cubes de suc par une fistule duodénale. Si la fistule siège sur la

1. Ce liquide conlient en effet de l'enlérokinase et de l’érepsine (A. Falloise, Arch. inlern. de physiol., I, p. 260-277 ; igo4).

DiGESTION

portion moyenne ou terminale du jéjunum, on recueille à peine de 1 à 2 centimètres cubes de suc en trois à quatre heures. Enfin, l’iléon ne

Fig. 31. — Aspect d’une anse intestinale avant et après énervation (Afm vkd Mobeac) «.

A, anse normale, dans les conditions dans lesquelles on opère, quand on veut pratiquer la.

section des nerfs qui s’y distribuent. ^

B, la même anse plusieurs heures après la section des nerfs.

Les nerfs sont représentés par des lignes fines, interrompues au niveau de la section.

N. -B. — La distension de l'anse est souvent beaucoup plus grande encore que ne l’indique ce dessin. ^

fournit pas de sécrétion spontanée. — Il y a donc une différence considérable entre les parties supérieures de l’intestin grêle (duodénum

1. E.-A. Moreau (1823-1881), physiologiste français, fut longtemps chef du labo

raloire de Claude Bernard, au Muséum d’histoire naturelle.

Cette figure est extraite de ses Ménioires de physioLj iu-8®, 228 p. Paris, 1877

SÉCRÉTION INTESTINALE

et première portion du jéjunum) et le reste de cet intestin; ce dernier ne prend presque aucune part à la sécrétion du suc entérique ; c’est une fonction localisée dans le segment supérieur.

Sous quelles influences s’établit celte sécrétion? Le principal excitant parait être, comme pour les glandes pancréatique et biliaire, l’acide du contenu stomacal.

Si en effet on introduit dans une anse duodénale isolée 10 à 20 centimètres cubes d’une solution aqueuse d’acide chlorhydrique à, 4 p. 1000, la sécrétion se produit. Sur des chiens sur lesquels on a isolé deux anses du duodénum, on constate que l’introduction d’acide dans l’une provoque aussi la sécrétion de l’autre. Ceci n’arrive pas si l’acide est introduit, non plus dans le duodénum, mais dans l’iléon. — Beaucoup d’autres acides ont le même effet.

On a soutenu que c’est la sécrétine formée par l’action de l’acide sur La muqueuse qui constitue l’excitant; l’injection intraveineuse d’une maoération acide d’intestin, bouillie et neutralisée, déterminerait toujours une sécrétion plus ou moins abondante, assez tardivement d’ailleurs.

Les savons, dont on connaît l’action sur les sécrétions pancréatique et biliaire (voy. p. 242 et 253), excitent aussi les glandes du duodéno-jéjunum .

Les excitations mécaniques ou électriques provoquent également la sécrétion, mais seulement de l’anse directement excitée, aussi bien sur l’animal à jeun que sur l’animal en digestion; l’excitation mécanique ne donnerait lieu qu’à la sécrétion de mucus et d’eau. — Dans un cas de fistule intestinale chez l’homme, très bien observé (H. J. Hamburger et E. Hekma, 1902), les excitations mécaniques de la muqueuse déterminaient la sécrétion d’un suc riche en érepsine et en kinase.

Enfin, d’après des expériences de V. V. Savitchi, l’injection du suc pancréatique dans le duodénum amène la sécrétion, dans une anse intestinale isolée, d’un suc contenant de la kinase. — D’autres expériences, dues à A. Frouin^, montrent que le suc intestinal serait lui-même un excitant des glandes qui le sécrètent.

L’observation fondamentale de Frouin est celle-ci. Sur un chien porteur de deux fistules duodénales on voit que la sécrétion, abondante pendant les quinze premiers jours qui suivent l’opération, diminue progressivement (elle n’en contient pas moins toujours les ferments qui la caractérisent); et elle arrive peu à peu à se tarir presque. Cette diminution n’aurait-elle pas pour cause la perte continue de la sécrétion? De fait, l’injection de suc entérique à un animal porteur d'une fistule duodénale détermine une

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