Physiologiste allomand contemporain
3. On s est demandé, étant donné que la pepsine et la trypsine, quand leur action se prolonge, conduisent la décomposition des albuminoïdes jusqu’à la formation de produits abiurétiques, si ces ferments ont cet effet par eux-mêmes ou SI le suc gastrique et le suc pancréatique ne contiendraient 'pas, outre la pepsine et la trypsine, une érepsine. Des e.xpériences à venir en décideront.
L’érepsine a été trouvée dans beaucoup d’autres tissus, dans le rein en première ligne, puis dans le pancréas, la rate, le foie, les muscles et surtout le muscle cardiaque, etc. (H.- M. Veu.von, J. of. physiol., XXXIl, p. 33-5o: iqoi) c’est donc une endoenzyme importante.
DIGESTION INTESTINALE
A Côté de l’érepsine U faut placer l'arginase, ferment découvert par A. Kossel et 11. D. Dakin (1904), non pas, il est vrai, dans le suc entérique, mais dans la muqueuse intestinale. L’arginase dédouble l’arginine, une des bases hexoniques (voy. p. 32-33) provenant de la digestion trypsique ou érepsinique ou des deux à la fois, en urée et ornithine (acide diamino-valérianique)^.
4“ Le suc intestinal a encore une propriété non moins importante que les précédentes et qui est de rendre actif le suc pancréatique inactif. On a vu (p. 233 et 247) que ce dernier, dans des conditions physiologiques, n’a pas par lui-même le pouvoir de décomposer certainés matières albuminoïdes; c’est le suc intestinal qui lui communique ce pouvoir. Cette transformation est produite par l’entérokinase, celle-ci étant, de son côté, dépourvue de la propriété de digérer l’albumine. — L’action kinasique du suc intestinal de l’homme a été démontrée par Hamburger et Hekma (1902).
L’enlérokinase agit comme un ferment à certains égards; ainsi elle est détruite par ébullition du suc intestinal ou par le chauffage à 67° pendant deux heures. Elle est complètement distincte de l’érepsine; le chauffage du suc intestinal à 59“ pendant deux heures détruit celle-ci, tandis que la première n’est détruite que par le chauffage à 67“ pendant le même laps de temps. Elle ne se différencie pas moins nettement de la sécrétine (sur cette dernière, voy. p. 240); en effet, les macérations de muqueuse duodéno-jéjunale dans l’eau salée sont toujours riches en kinase et, par contre, ne renferment pas de sécrétine ou seulement des traces; d’autre part, l’entérokinase est détruite par l’ébullition qui ne diminue pas l'activité de la sécrétine ; enfin, l’entérokinase passe dans le suc intestinal, tandis que la sécrétine passe du côté opposé, dans le sang.
3“ Digestion intestinale.
Les mots digestion intestinale doivent être entendus dans le sens de digestion dans l'intestin.
Signalons tout de suite une différence entre les deux parties de l’intestin grêle, le duodéno-jéjunum et l’iléon. Nous avons dit déjà que cette dernière partie ne sécrète ni kinase, ni sécrétine; mais on a trouvé (W. N.BoLDiREFF)l’amylase, l’invertine et la lipase aussi bien dans les parties inférieures que dans les parties supérieures de l’intestin grêle. 11 n’en est pas moins vrai que le véritable intestin digestif, c’est le duodéno-jéjunum et spécialement le duodénum. C’est ici le lieu où se rencontrent le suc pancréatique, la bile et le
1, A. Kossel et Dakin ont constaté aussi la présence (l’arginase dans le tissu hépatique. Nous reviendrons sur ce fait en étudiant les fonctions du foie.
DIGESTION
suc inteslinal avec le contenu stomacal (mélange de nroduiU de
diges 10., de nial.è,-es non digé.'ées et de suc gasln'que). Que va-l il résulter de ce conflit ? vd i a
nn'pIlP^l? soit parce
?r.înl l"^ ® """ Pi-écipité d’albumine qui en-
trame la pepsine, soit parce qu’elle neutralise l’acidité du chyme
Maison a vu p,26J) que le contenu duodénal et mêmejéjunal ïeste acide et, d’autre part, dans l’intestin d’un animal tué en pleine dation on ne trouve point de précipité; si donc l’action de la pepsine
Dour d’m f duodénum, c’est vraisemblablement
pour d autres causes que celles que l’on a invoquées jusqu’ici.
Quoi qu il en soit, le travail digestif qui s’accomplit dans l’intestin resuite surtout de l’action du suc pancréatique, plus ou moins aidé parla bile et par le suc intestinal. En effet les actions lipolytique et protéolytique du suc pancréatique sont renforcées par la bile et a dernière l’est au plus haut degré par la kinase du suc entérique (voy. p. 235). Ainsi la physiologie a solidement établi la réalité d une association fonctionnelle que l’on pouvait induire de ce fait anatomique, que la bile et le suc pancréatique se déversent au même endroit dans l’intestin ou en des points peu distants l’un de l’autre. Et les processus chimiques intra-intestinaux doivent être maintenant considérés comme étant l’effet d’une remarquable et régulière coopération de plusieurs fonctions sécrétoire-s On connaît aussi les résultats de cette triple et énergique action des trois sécrétions, pancréatique, biliaire et intestinale : la transformation des hydrates de carbone en sucre assimilable, en ^^lycose, c est-à-dire la continuation et l’achèvement de la digestion salivaire; 1 émulsion et la saponification des graisses ; on trouve en effet dans le contenu intestinal, jusqu’à l’iléon exclusivement, des acides gras que l’on y a dosés depuis longtemps et de la glycérine que l’on a pu enfin doser, grâce au procédé de M. Nicloux (1903)- on a décelé aussi la glycérine dans le chyle de la citerne de Pecquetet en proportion plus élevée, dans le sang de la veine porte ; - la décomposition des albuminoïdes en albumoses et produits plus simples c’est-à-dire la continuation et l’achèvement de la digestion gastrique' Ainsi c’est dans l’intestin grêle que s’accomplit le travail digestif le* plus important.
Ce qui augmente encore l’importance de ce travail, c’est l’intervention des ferments endo-intestinaux. Les autres glandes digestives, glandes salivaires, estomac, pancréas, foie, n’agissent sur les aliments que par leurs sécrétions. La sécrétion intestinale agit, elle aussi sur les aliments ou sur leurs produits de transformation, mais, en outre, la muqueuse elle-mêmeagit sur toutes ces substances pendant
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que celles-ci la traversent. Qu’on se reporte à ce qui a été dit plus haut(p. 267) de la transformation des sucres non directementassimilables, saccharose et lactose, en glycose, c’est-à-dire de la digestion de ces sucres dans la muqueuse. D’autre part, 1 action érepsinique des macérations de muqueuse est bien plus puissante que celle du suc intestinal. On a là des exemples du grand rôle que peuvent jouer les ferments endo-cellulaires.
Parmi les hydrocarbonés qui sont attaqués dans l'intestin, il faut mentionner particulièrement la cellulose. Celle-ci, à l’état jeune (cellulose des végétaux jeunes et tendres, tels que carottes, radis, salades, etc.), se dissout d’abord et se digère ensuite chez l’homme ‘ en assez grande quantité (25 à 60 p. 100); elle s'hydrate et se transforme en dextrine et en glycose, puis la fermentation se poursuit et aboutit à la production d’acide carbonique et d’hydrogène, d’une part, qui se dégagent et, d’autre part, d’acides acétique et butyrique. Mais tout le sucre formé ne subit pas cette fermentation, une bonne partie peut être absorbée et se trouve donc utilisée par l’organisme.
C’est sous l’influence d’un ferment figuré anaérobie, le bacillus amylobacter, que se passent ces processus, ou plutôt des diastases que produit ce bacille ; et cette fermentation de la cellulose qu’il détermine conduit aux mêmes corps que la fermentation butyrique des sucres. C’est pour cela que Van Tieghem * a voulu considérer comme identiques le bacillus amylobacter et le vibrion butyrique. L’action de ce bacille est considérable chez tous les animaux herbivores et chez les Oiseaux granivores, puisqu’elle amène la dissolution des enveloppes végétales ; les grains d’amidon et les albumines végétales peuvent alors être soumis à l’action des sucs digestifs. On voit donc la grande importance de la vie même du bacillus amylobacter pour les animaux dans l’intestin desquels il végète. C’est là un bel exemple de vie associée ou symbiose.
Nous avons indiqué page 142 le rôle mécanique si utile de la cellulose chez l’homme. Cette substance doit toujours entrer dans une alimentation rationnelle.
Le chyme intestinal, coloré en jaune par la bile dans le duodénum et dans la portion supérieure du jéjunum, verdâtre dans le reste de l’intestin grêle, est un mélange complexe; il contient tous les produits de digestion des féculents, des graisses et des albumino'ides, les substances qui ont échappé à la digestion, les sucs digestifs et le mucus sécrété par l’épithélium intestinal; il contient en outre des produits de fermentation secondaires, de fermentations bactériennes, y compris des gaz.
La flore intestinale est riche {Bacillus subtilis, B. amylobacter, Bacterium coli commune, B. megaterium, Slavhylococcus pyogenes aureus, etc. ),
1. Dans l’intestin des Ruminants, toutes les celluloses, même celles de la sciure de bois et du papier, sont digérées en quantité notable.
2. P. E. L. Van Tieguem, éminent botaniste français contemporain, professeur de botanique au Muséum d’histoire naturelle.
DIGESTION
moins riche cependant que celle du côlon. Ce sont des levures et le B coli “ulyrique fermentations lactique et
Giycose. Acido lactique.
C‘*II«0" 4- H*0 = 4CMJ603
Saccharose, maltose Acide lactique,
ou lactose.
C6II.*06 = CMI80* + 2CO« + 2H2
Giycose. Acide hutyrique,
-f II»0 = acwiso* -f- 4 CO* 4- iH*
Saccharose, maltose Acide butyrique. ^ ^
OU lactose.
nnhtT-? y ^ donc dégagement de volumes égaux des gaz
et hydrogène que l’on retrouve dans l’intestin ^
L ac de carbonique provient aussi de la fermentation alcoolique que peut subir la giycose dans l’intestin, sous l’influence de ialevune d^B col mmune et du B. laclis aerogenes Escherich : C6II1206 + 2G02-
4 Wrsoo'dVmlt? intestinale, chez l’homme, if Tétî extrait de
4 kil 500 de matières, soumises à la distillation. 4 centimètres cubes d’al cool la malade sujet de l’observation ne buvait pas d’alcool
A côté des gaz sus-menlionnés, on trouve un peu d’azote qui naraft nrn venir de l’air dégluti avec la salive. ^ ^
Dans le régime féculent la quantité d’acide carbonique et d’hydro-ène augmente. Dans 1 intestin des enfants mort-nés on ne trouve poin^t de'"<>az Nouvelle preuve que ceux-ci résultent bien des fermentations bactérienne^ puisque 1 intestin du fœtus est naturellement aseptique.
On a vu page 16f, que les phénomènes chimiques de la digestion peuvent s accomplir sans le concours des bactéries. ^
C est a peu près à ces fermentations des hydrates de carbone que se borne l’acUon des bactéries de l’intestin grêle. Au contraire, dans le gros intestin, se fait la décomposition définitive des matières protéiques. 11 y a là une différence importante entre les deux grandes parties du tube intestinal.
Malgré la haute signification de l’intestin grêle comme organe digestif et sa non moindre importance, ainsi qu’on le verra plus loin, comme organe d’absorption, on peut en enlever un segment très étendu sans que les fonctions digestives soient gravement lésées.
L’expérience a été réalisée sur des chiens auxquels on réséqua la moitié, les sept huitièmes et même la presque totalité de l’intestin. Seule, l’absorntion des corps gras fut diminuée. On s’est demandé dans le dernier cas (résection de la presque totalité) si le côlon ne peut pas suppléer l’intestin
1. M. Jakovski Contribution àl’étudedes processuschimiquesdans lesintestins
de 1 homme (Arch. des sc. bhl., Saint-Pétersbourg. I, p. 539-585; 1892).