p. Portier, Thèse, Faculté de médecine, Paris
PHYSIOLOGIE DU SANG
tolysines) ou s’y développent dans des conditions déterminées (cas des cytohjsines ou cytotoxines^ en général, autres que les hématolysines, y compris les bactériolysines). Ce sont les propriétés cytotoxiques indiquées p. 100, agglutinantes '> (voy. p. 100), précipitantes (voy. p. 12 et p. 100), opsonisantes (p. 101) et antitoxiques^ivoy. p. 101).
On a pu démontrer que plusieurs des alexines (voy.p. 102) qui préexistent dans les sérums et des sensibilisatrices qui y apparaissent, de même que plusieurs des antitoxines connues, proviennent des leucocytes où elles se formeraient. La preuve de cette origine n’a pas été fournie pour toutes. Par les faits déjà acquis dans cette voie cependant, l’importance physiologi([ue des globules blancs s’est beaucoup accrue.
Action toxique du sérum. — A toutes ces propriétés se rattache l’action toxique générale du sérum. Un sérum donné, en effet, injecté à des animaux d’autres espèces^, tue ces animaux à des doses diverses. C’est ainsi qu’il faut environ 0cc,2 de sérum d’anguille®, 10 centimètres cubes de sérum de chien, 10 à 15 centimètres cubes de sérum humain, plus de 300 centimètres cubes de sérum de cheval par kilogramme de son poids, pour tuer un lapin. Cette to.xicité n’est pas due à l’action globulicide du sérum, car cette dernière est abolie par le chautTage à 55°, qui ne fait pas disparaître la toxicité. Les animaux meurent après avoir présenté des troubles cardio-vasculaires et respiratoires (dyspnée), du myosis, des convulsions ou des phénomènes de paralysie ; ce sont là du moins les accidents principaux.
On a prétendu que les substances toxiques des sérums normaux
1. En raison de leur intérêt physiologique, mentionnons spécialement les sérums destructeurs d’organes glandulaires que l’on s’est efforcé de préparer, de telle sorte que l’on puisse par l’injection de ces sérums réaliser la suppression fonctionnelle des organes visés. On n’y est encore arrivé que pour le foie (G. Delezennk, ipoo; L. Ueutsch, 1900; voy. p. 333, note 2) (peut-être aussi pour la glande thyroïde) ; le sérum hépatoto.xique que l'on prépare, difticilementd’ailleurs, produit de graves lésions hépatiques et la mort.
2. A remarquer que les agglutinines des hématies, par e.xemple,sont différentes des hématolysines, celles-ci étant détruites à 55”, température à laquelle résistent les premières.
3. Parmi les antitoxines des sérums, les plus importantes pratiquement sont les antitoxines qui se produisent à la suite des injections de toxines microbiennes. La première connue fut l’antitoxine diphtérique (Behuing et Kitasato, 1890-1891).
4. On a cependant constaté dans quelques cas une action toxique d’un sérum sur les animaux de même espèce. C'est par exemple ce qui arrive avec le sérum de chat qui, à la dose de 10 cc., provoque chez le chat la chute de la pression artérielle, le ralentissement du cœur et un arrêt respiratoire plus ou moins prolongé (T .G. Brodie,/. o/". Physiol. XXVI, p. 48-72). Dans le môme ordre d’idées on a constaté que le sérum humain peut quelquefois agglutiner les hématies du sang de l’homme (M. Ascou, 1908; .1. Camus et Ph. Pagniez, 1908); il y aurait des auto-agglulinines, à coté des hétéro-agglutinines, et qui coexisteraient dans le sang circulant (K. Landsteiner, 1908).
5. Le sérum d’anguille, dont la toxicité a été découverte par A. Mosso (1889), parait être le plus toxique de tous les sérums expérimentés jusqu’à présent. On a vu que sa puissance hématolytiquc est extrême (p. 3i2).
CIRCULATION DU SANG
sont des substances qui proviennent des leucocytes au moment où ceux-ci se détruisent pendant la coagulation du sang. Il se peut qu’une part de la toxicité du sérum revienne à des produits leucocytaires, mais il faut remarquer que le sang total est toxique, de même que le sérum.
Les phénomènes d'anaphylaxie. — Un effet toxique très spécial des sérums est l’effet anap/iî//c(c«igMe (de ava, qui en composition exprime l’idée de reculer ou de défaire, et çjXa(jcnç, protection)^.
Ce phénomène a d’abord été découvert par Ch. Richet (1902) dans une substance qu’il a extraite du corps des Actinies ; il l’a ensuite constaté avec des substances semblablement extraites d’autres animaux marins, crevettes, huîtres, moules, etc.
L’injection d’une dose donnée de l’un de ces poisons provoque après quelques heures des accidents plus ou moins graves, abattement, diarrhée, hypothermie très forte, congestion viscérale; l’animal se remet; si, un mois plus tard environ, on fait une seconde injection, mais d’une dose vingt fois plus faible, les accidents sont immédiats, et beaucoup plus graves, plusieurs même diffèrent de ceux qu’avait déterminés la première injection, et souvent la mort est fatale. Ainsi la première injection a créé un état d’hypersensibilité au poison, c’est cela justement qui constitue l’anaphylaxie; et, de plus, les choses se passent comme si l’on avait injecté un poison à effets différents de ceux antérieurement produits.
Or, les injections de sérum de cheval produisent aussi l’anaphylaxie (M. Arthus,, 1903). On a môme décrit chez l’homme ce que l’on a appelé la « maladie du sérum » [Serumkrankheit], consécutive à des injections répétées d’un sérum thérapeutique, tel que le sérum antidiphtérique.
Ainsi, sous l’influence de divers poisons de nature protéique (toxalbumines), il se forme dans le sang une substance, non plus immunisante, mais anaphylactisante. On a montré en effet (Ch, Richet) que le sérum d’un animal anaphylactisé, injecté à un autre animal, n’est pas toxique, mais si ce dernier reçoit ensuite une dose de poison non toxique pour un témoin, il ne résiste pas à cette dose. Le sérum des animaux anaphylactisés contient donc une substance anaphylactisante.
Les faits d’anaphylaxie ont pris la plus grande importance. La sensibilité des animaux tuberculeux à la tuberculine, celle des animaux morveux à la malléine, une foule d’intoxications alimentaires (par le lait, par la chair de poissons, de mollusques et de crustacés, par les fraises, etc.), etc., sont des réactions d’anaphylaxie.
6° La mort du sang. Coagulation du sang.
Le sang, en tant que tissu, meurt, dès qu’il est sorti des vaisseaux.
1. L'anaphylaxie est donc le contraire de la protection, de la prophylaxie.
2. Le premier travail de Richet a été fait' en collaboration avec P .Portier.
COAGULATION DU SANG
*Les éléments figurés perdent rapidement leurs propriétés. Seules, les pi opriétés du sang qui tiennent à des substances solubles du plasma, plus ou moins bien définies chimiquement, se conservent et se retrouvent dans le séi’um. Cette mort du sang, c’est la coagulation de ce liquide.
A. Description du phénomène. — Ce phénomène consiste en la solidification du sang qui se prend en une masse oürant l’aspect d’une gelée. La fibrine forme une espèce de réseau dans lequel sont emprisonnés les éléments figurés. La figure 42 montre un réticulum fibrineux, tel qu’on l’observe au microscope, lorsqu’on laisse une très mince couche de sang se coaguler sur une lamelle de verre; la préparation a été obtenue (procédé de Ranver)
«n lavant la tache coagulée de manière à enlever les globules et à ne laisser que le réseau fibrineux, coloré •ensuite à l’aide de la fuchsine. On voit que les fibrilles de fibrine b paraissent émanées de plusieurs centres ou nœuds au niveau desquels le réseau est plus serré; ces centres, mesurant de 1 à 5 (1, présentent, du reste, les mômes réactions colorées que les fibrilles elles-mêmes. — Quand le sang se coagule en masse, la fibrine forme une espèce de masse spongieuse qui contient dans ses mailles toutes les autres parties du sang; puis la solidification devenant de plus en plus marquée, la partie liquide est exprimée sous la forme de séruvi, liquide limpide ou un peu opalin, qui contient les albuminoïdes et les divers sels du plasma; la masse coagulée et rétractée forme le caillot. On a établi p. 331 la distinction qui existe entre le plasma et le sérum.
La rétraction du caillot paraît due à l’action des plaquettes. En effet le coagulum des liquides dépourvus de plaquettes, tels que la lymphe et les sérosités pathologiques, n’est pas rétractile (Hayem). De même, les
1. Par un léger lavage au sérum iodé, on voit que les nœuds du réticulum sont occupes par des amas d’hémaloblastes (Hayem, Da sang et de ses altérations anatomiques, Paris, 1889) ; ceux-ci se sont transformés en corpuscules irréo'uliers anguleux, étoilés, de la surface desquels partent des fibrilles extrêmement fines entre-croisées en réseau (voy. fig. 42). De là le rôle que Hayem a attribué aux hématoblastes dans la coagulation du saog.
Gley. — Physiologie.
Pig. -ii. — Réticulum fibrineux du sang de l’homme (d’après Raxvier).
CIRCULATION DU SANG
plasmas oxalaté et salé et le liquide d hydrucèle fournissent un caillot irrétractile, mais, si on y ajoute des plaquettes, la rétraction se produit et la rétractilité est proportionnelle à la quantité de plaquettes ajoutées (expéi'iences de Le Souno et Pagniez, 1907; voy. fig. 43); enfin les mêmes auteurs ont pu obtenir, par injection au cobaye de plaquettes extraites du sang oxalaté du lapin, un sérum antiplaquettes qui, ajouté à du sang de lapin, empêche in vitro la rétractilité du caillot de ce sang. — Cette propriété des plaquettes de provoquer la rétraction du caillot sanguin est
détruite par le chauffage à 58°.
On peut résumer les phénomènes de la coagulation de la façon suivante :
Fig. 43. — Influence des plaquettes sur la rétraction du caillot sanguin ( Le Soenn et Pagniez;.
Les trois tubes contiennent la même quantité de plasma oxalaté dont la coagulation a été provoquée par addition de chlorure de calcium En 1, dans le plasma où il n'a pas été ajouté d'hématoblastes, le caillot est irrétractile. En 2 et 3, le degré de rétraction est proportionnel à la quantité d’hématoblastes ajoutéeavant recalcification.
11 y a des variations dans la coagulation suivant l’espèce animale; très lente dans le sang du cheval (plusieurs heures en hiver), elle est très rapide dans celui du cochon d'Inde; elle commence, dans celui de l’homme, de cinq à dix minutes après l’extraction du sang.
Le contact de l’air l’accé-
Sang dans les vaisseaux.
Plasma. Globules.
Sérum. Fibrinogène.
Sang hors des vaisseaux (sang coagulé) .
Sérum. Caillot.
Fibrine. Globules
1ère, ainsi que le battage, que l’on emploie pour défibriner le sang et qui hâte la formation de la
fibrine.
La coagulation est retardée par le froid ou par le mélange au sang de substances telles que le sucre, un sel ou un alcali. Dans ce cas, les globules rouges se déposent au fond du vase, et par suite la partie inférieure du caillot est fortement colorée, tandis que sa partie supérieure est plus pâle et peut même être tout à fait blanche dans les couches superficielles [couennes]; ces couennes fibrineuses se rencontrent aussi dans diverses
COAGULATION DU SANG
conditions pathologiques, par exemple chez les pneumoniques ; on voit alors l’éponge fibrineuse enfermant les globules, recouverte d’une couche de fibrine simple, blanchâtre, lardacée, couenneuse en un mot; à sa partie inférieure se trouvent les globules blancs, qui, vu leur légèreté, tendent à monter à la superficie du liquide (fig. 44). Ge phénomène peut avoir deux causes différentes, et même indépendantes d’un excès de fibrine: ou bien les globules sanguins (rouges) sont devenus spécifiquement plus lourds, ou bien la coagulation est plus lente. Dans le premier cas, les globules n’occupent pas le même niveau du liquide que la fibrine qui surnage et se coagule à part ; dans le second, ils ont le temps de se précipiter pendant que la fibrine se forme lentement. Le sang de cheval coagulé présente toujours une couenne.
B. Mécanisme de la coagulation.
— En quoi consiste cette séparation des éléments du sang, cette sorte de dislocation ? en tout et pour tout, en la formation du caillot.
Qu’est-ce donc que le caillot? Le caillot est formé d’une matière albumin./ide, étu-
Fig. 4i. — Tableau schématique d’un sang coagulé avec couenne (d’après Virchow).
a, niveau du liquide sanguin ; c, couenne ayant 1a forme d'une coupe ; t, croûte granuleuse avec les amas granuleux, puriforraes,
0.166 p, 333, u6 Id CldSSG 0.6S g'IobuliriGS, avec les globules rouges, qui emprisonne dans ses mailles les globules. On a vu que le poids de la fibrine produite est assez faible; un litre de sang ne fournit que de 1 à 3 grammes de fibrine i. La question posée se ramène donc à celle-ci : comment la fibrine a-t-elle pris naissance? En effet, elle n’existe pas dans le sang circulant (Dems, 1828, 1856)*; le sang est toujours fluide dans les vaisseaux, on lâchera de voir pourquoi à la fin de ce chapitre; la formation de fibrine dans les vaisseaux, sous l’action de causes pathologiques, est suivie de thrombus et d’arrêts localisés de la circulation et peut amener des embolies mortelles.
Ainsi coagulation et formation de fibrine sont termes équivalents». Comment alors se forme la fibrine?
1. Dans la pneumonie, le caillot contient 8 à 22 grammes de fiorine.
2. P. S. Denis a montré dès 1828 que la matière albuminoïde appelée fibrine,
(on ne connaissait pas à cette époque le fibrinogène) est liquide dans le sang circulant, et, en i856, qu’elle ne saurait en réalité s’y trouver à l’état de fibrine car sous cette forme elle y est insoluble. ’
3. Dès 1887, Denis a ramené tout le phénomène de la coagulation à une « solidification . de la fibrine. On n’a qu’à remplacer ce dernier mot par celui de fibrinogène, ainsi qu’on va le voir.
CIRCULATION DU SANG
Un premier fait important, entrevu dès 1831-1845 par A. Buchanan^ et très bien étudié par Al. Schmidt, est le suivant : il existe dans l’organisme des liquides venus du sang et non spontanément coagulables; tels sont le liquide du péricarde et surtout celui de l’hydrocèle; mais ces exsudais se eoagulent quand on y ajoute un peu de sang défibriné ou de sérum. A. Buchanan a même vu que cette coagulation se produit facilement par l’addition d’un peu de la couenne du caillot (la couenne est très riche en globules blancs). Cette question du rêle des globules blancs 2 va se retrouver un peu plus loin.
11 fallait donc isoler de ces exsudais et, d'autre part, du sang délïbriné ou du sérum les substances dont l’action réciproque provoque le phénomène de la coagulation.
Du liquide d’hydrocèle. Al. Schmidt a pu extraire une globuline dont les solutions purifiées se coagulent sous l’influence d’un peu de sérum ; il considéra cette matière albuminoïde comme la génératrice de la fibrine et il l’appela matière fibrinogène. Cette substance a été étudiée p. 333. Quand on chauffe la solution de fibrinogène à 55®, température à laquelle se précipite le fibrinogène, cette solution ne se coagule plus.
Reste le corps qui se trouve dans le sang défibriné et dans le sérum. Qu’est-ce que ce corps? 11 ne préexiste pas dans.le plasma, c’est un agent qui exsude des éléments figurés, surtout des globules blancs; on l’a prouvé de la façon suivante (expérience de Manteg.azza^, 1876, et surtout de Al. Schmidt, 1871, et de son école) : on reçoit du sang de cheval dans un vase entouré de glace (procédé du refroidissement pour la préparation du plasma, p. 332) ; la séparation se fait des hématies, des leucocytes et du plasma; celui-ci, filtré, est très peu coagulable ; mais si on ajoute une goutte de la bouillie de leucocytes, il se coagule. Dans la défibrination du sang, il se détruit des leucocytes*; dans le sérum il y a de même des produits leucocytaires. Qu’à un liquide non spontanément coagulable on ajoute un peu de sérum, ou de sang défibriné ou de la bouillie de globules blancs qui se sépare lors de la préparation du plasma par refroidissement du sang, le résultat sera le même, car on détermine toujours la même opération ; on provoque l’action d’un produit leucocytaire sur la matière fibrinogène.
Ce produit leucocytaire ne serait pas autre chose qu’un terrnent ,Al. Schmidt)., On l’obtient par précipitation du sang défibriné ou du sérum par un grand volume d’alcool; le précipité produit, desséché, est soluble dans l’eau (caractère des..diastases). Ces solutions agissent à très faible
1. Andrew Buchanan (1798-1882), médecin et physiologiste anglais.
2. De cette observation (i836) A. Buchanan avait déjà conclu que ce sont les globules blancs qui provoquent la coagulation et il avait comparé celle-ci à la coagulation du lait en présence des extraits de muqueuse gastrique (présure).
3. P. Mantegazza (iSSi-igio), médecin, physiologiste et anthropologiste italien, a publié plusieurs ouvrages qui ont répandu son nam dans le g and public, tels que la Physiologie du plaisir, la Physiologie de la douleur, la Physiologie de l'amour.
4- De là, les dangers de la transfusion du sang (voy. p. 346) faite avec du sang défibriné qui contient loujours de la plasmase libre. Mais la quantité de plasmase peut n’être pas suffisante pour provoquer des coagulations intravasculaires ; alors i’injection de sang défibriné sera inolTensive, ce qui arrive assez souvent.
COAGULATION DU SANG
dose soi! sur le sang en nature, soit sur les plasmas (voy. p. 352), soit sur les solutions de tibrinogène, pour les coaguler; leur action est suspendue àO», elle est optiina à 40“ ; cliauirOes entre 70® et 75°, elles perdent tout pouvoir; cette inlluence de la chaleur est caractéristique d'une action diastasique. On a appelé ce ferment ferment de la fibrine ou thrombine onplasmase. La préférence sera donnée à ce dernier mot, si l’on veut se conformer à la nomenclature ta plus usitée des fernicnts (nomenclature de Düclaux).
Ce ne sont pas seulement le.s leucocytes qui fournissent l’agent coagulant. Les plaquettes le produisent aussi. On a vu plus haut (p. 353, note 1) l’observation de Hayem. De plus, on a montré iL. Le Soubd et Ph. Pagniez, 1907) que, si l’on ajoute à du liquide d’hydrocèle des plaquettes extraites d'un sang incoagulable (oxalaté) et lavées, on détermine à coup sûr la coagulation de ce sang; de même Nolf (1908) a fait coaguler une solution de fibrinogène pur par addition de plaquettes. Cette production de plasmase par les globulins se fait très activement en présence d’une petite quantité de sérum sanguin (quantité insulTisante pour provoquer la coagulation par elle-même) (expérience de Bordet et Delange, 1911).
C. Conditions de la coagulation. — Voilà donc connus les deux facteurs essentiels de la coagulation du sang, le fibrinogène et la plasmase.
11 résulte de là qu’il y a deux phases dans la coagulation : la première consiste dans la production de la substance coagulante et la seconde dans faction de cette substance sur le übrinoerène, toutes deux étant soumises à des conditions déterminées.
l°On sait depuis longtemps (E. BiiücKEh que la fibrine contient toujours une petite quantité de sels minéraux, notamment de la chaux. Plus tard, on reconnut que le chlorure ou le sulfate de calcium facilite beaucoup et active la formation de fibrine. L’expérience décisive a été réalisée par M. Arthüs et G. Pagès. Si l’on précipite à l’état de composés insolubles les sels de chaux du sang, par addition d’un oxalate d’alcali (à 1 pour 1 000 de sang) (l’oxalate de calcium est insoluble), le sang ne se coagule plus. Si on restitue à ce sang du chlorure de calcium en quantité suffisante, la coagulation se produit.
La chaux n’est cependant pas indispensable à la transformation du fibrinogène en fibrine, comme on l’avait cru. La fibrine n’est nullement un composé calcique; elle ne contient pas plus de chaux que la substance génératrice (expérience fondamentale de Hammarsten, voy. p. 334). D’autre part, il peut y avoir formation de fibrine sans intervention aucune du calcium ; en ajoutant un peu d’une solution de plasmase ne contenant pas de chaux à une solution de fibrinogène débarrassée de sels de chaux, on voit en elTet se former de la fibrine (expérience non moins probante de Hammarsten).
1. E. W. vo.N Brucke (1819-1892), physiologiste allemand d'un grand renom, grâce à des travaux de la plus haute importance sur la physiologie des muscles et des nerfs, sur l’optique physiologique, sur la théorie des couleurs, sur la phonation, etc., et à ses remarquables études de linguistique.
CIRCULATION DU SANG
Ainsi le calcium n’est pas un facteur indispensable de la coagulation. Mais sa présence en est une condition normalement nécessaire. Les solutions deplasmase pure agissent'bien sur les solutions de fibrinogène pur, comme on vient de le voir, a fortiori sur les plasmas. Mais, dans les conditions do la coagulation naturelle, il faut d’abord que le ferment se forme ou devienne libre dans le milieu sanguin. C’est ici que la chaux intervient. On l’a prouvé de la manière suivante : le plasma oxalaté est un plasma que l’on a rendu incoagulable, on l’a vu tout à l’heure; il semble donc qu’il ne contienne point de plasmase libre ou active ; on a vu q-u’il redevient coagulable par addition de sel de calcium soluble ; par conséquent il s’y trouve un élément susceptible de devenir de la plasmase, justement sous l’influence du calcium. On suppose qu’il contient un proferment, une proplasmase, que la chaux fait passer à l’état de ferment actif, de plasmase. C’est l’idée soutenue par le physiologiste hollandais C. Pekelharing (1892), qui a beaucoup étudié la question de la coagulation.
2“ Dans la production delà substance coagulante, à côté des sels de chaux interviennent vraisemblablement d’autres facteurs, issus dos leucocytes et des plaquettes, comme la proplasmase, et que contiennent aussi les extraits d’organes. Par suite, la notion de la proplasmase s’est affaiblie et tend à être remplacée par une notion plus complexe : la plasmase active [thrombine des auteurs allemands) proviendrait d’une substance appelée thrombogène et présente dans tous les plasmas, sous l’influence d'une autre substance, la thrombo kinase', c’est cette dernière que fourniraient les globules blancs et les globulins ou plaquettes, ainsi que les extraits d’organes. Quant au thrombogène, il serait, comme le fibrinogène, formé dans le foie. — Ces données nouvelles, dues aux travaux de plusieurs physiologistes allemands, FuLoet Sriao, d’une part, et MorawitzS d’autre part, et du physiologiste belge Nolf doivent être considérées comme étant encore à l’étude. Il est permis de remarquer que le fait, qu’une action donnée favorise ou empêche un processus tel que la coagulation, ne suffît pas à démontrer par lui seul l’existence de la substance hypothétique à laquelle on s’est empressé d’attribuer la dite action.
Deux autres conditions sont à examiner; l’une est relative à l’état des leucocytes, l'autre à l’état du foie.
.3® On a prétendu lier la genèse de la plasmase dans le sang à la destruction des globules blancs (Manteg.^zza, Al. Schmidt et son école). Or, c’est une erreur de croire que ceux-ci, hors des vaisseaux, se désagrègent rapidement; la coagulation se fait bien avant leur désagrégation; et l’on peut constater par l’examen microscopique qu’ils conservent au contraire longtemps leurs propriétés. 11 n’y a donc pas de relation nécessaire entre la mort des globules blancs et l’apparition de la plasmase ; c’est d’une sécri’>tion et d’une excrétion du ferment qu’il s’agit (Lôwit*, 1882, 1899, A. D.astue
1. Elles sont très bien exposées dans une étude de Morawitz sur la coagulation du sang, in Ergebnisse der PhysioL, t. IV, ipo5.
2. Lüwit avait qualifié ce phénomène de plasmochise (de plasma et séparation; séparation du protoplasma cellulaire). Paria suite, Lihenfeld, qui a fait provenir les substances coagulantes du noyau cellulaire, a appelé le phénomène turijoschise (de ;^àpuov, noyau, et c/iui-,) .
COAGULATION DU SANG
et ses élèves, 1903). Cette sécrétion se ferait surtout sous l’influence d’excitations mécaniques (contact des globules avec des corps étrangers, frottements, etc.).
4° De l’intégrité du foie paraît dépendre la quantité de fibrinogène nécessaire pour que la coagulation se fasse normalement Nous avons présenté quelques faits concernant cette question p. 333.
Pourquoi le sang ne se co.agule pas d.ans les vaisseaux. — On sait que le sang, dans les vaisseaux, ne se coagule pas (voy. p. 331). La raison en est que dans cette condition il ne se forme pas de plasmase. Si, dans l’expérience de la jugulaire du cheval (p. 332), au sang demeuré liquide on ajoute quelques gouttes d’une solution de ferment, ce sang se coagule rapidement (L. Fredericq). D'ailleurs, par injection intraveineuse de plasmase à dose massive, on peut déterminer des coagulations telles dans les vaisseaux, qu’il y a arrêt de la circulation et mort (Al. Schmidt).
Substances anticoagulantes. — Il y a un grand nombre de substances qui empêchent la coagulation du sang. On peut les diviser en substances anticoagulantes directes, c’est-à-dire qui agissent directement sur le sang, qui mettent obstacle à sa coagulation in vitro, et en substances anticoagulantes indirectes, qui ne rendent le sang incoagulable que si on les injecte dans les vaisseaux de l’animal vivant.
Parmi les premières on connaît les solutions concentrées de sels neutres {chlorure de sodium, sulfate de soude, sulfate de magnésie), les solutions concentrées de sucre et de gomme, les décalcifiants (oxalates neutres d’alcalis, savons alcalins [voy. p. 223 et 246]) et les fluorures alcalins. On connaît déjà le mode d’action des décalcifiants (voy. p. 357). Quant aux sels neutres, aux solutions sucrées et aux lluorures, ils empêchent sans doute la sortie des produits leucocytaires. — Il faut ajouter à toutes ces substances l’extrait de têtes de sangsues^ (J. B. IIaycraft, 1884).
Les substances anticoagulantes indirectes sont des plus diverses : extrait de têtes de sangsues (qui agit in vivo comme in vitro), extraits d’organes, extraits d’animaux entiers, tels que moules ou vers de terre, histone provenant des leucocytes (L. Lilienfeld, 1892), sérum de quelques animaux (comme le sérum d’anguille), lait, diastases diverses, plusieurs venins, plusieurs toxines microbiennes et d’abord et surtout les albumoses (pour l’action de celles-ci, voy. p. 222). — C’est spécialement de ces dernières que l’on s’est servi pour étudier le mode d’action de tous ces corps. L’injection intraveineuse très rapide d’une solution d’albumoses détermine la formation dans l’organisme d’une substance qui rend le sang incoagulable. L’addition d’une petite quantité de ce sang ou de son plasma à du sang normal provenant d’un autre animal empêche en effet la coagulation de ce sang normal. Cette substance se forme dans les intestins et dans le foie (Ch. Contejean », 1895), dans le foie (E. Gley et V. Pachon, 1895); quand ce
1. D’autres animaux suceurs de sang, tels que les Ixodes ou Tiques [txodes ricinus), sécrètent aussi une substance anticoagulante in vitro et in vivo. L’extrait d’ixodes est très anticoagulant (L. Sabbatani, 1899).
2. Ch. Contejean (1866-1897), physiologiste français, a laissé d’excellents travaux fiur la sécrétion gastrique, sur la contraction cardiaque, sur les fonctions du cerveau, sur la coagulabilité du sang, etc.
circulation du sang
dernier organe a été préalablement détruit ou extirpé, les injections d’albumoses restent sans effet (expériences de Gley et Pachon, 1895-1896). On a réalisé la contre-épreuve de ces expériences en pratiquant dans le foie isolé une circulation artificielle avec du sang chargé de propeptone : on peut recueillir parles veines sus-hépatiques un liquide qui possède un fort pouvoir anticoagulant (G. Delezenne, 1896). Les mêmes circulations artificielles, pratiquées dans d’autres organes (reins, intestin, etc.), ne donnent rien de semblable. — On a supposé que la substance qui se forme dans le foie sous l’action des albumoses met obstacle à la coagulation du sang en empêchant la formation de la plasmase. En réalité, elle agit à la manière d’un antiferment, c’est une antiplasmase (L. Camus et E. Gley) qui s’oppose à l’action de la plasmase.
Les autres substances anticoagulantes indirectes paraissent agir également sur le foie à la manière des albumoses. Du moins la preuve en a été fournie pour plusieurs d’entre elles.
11 est intéressant de faire remarquer que toutes ces recherches ont établi la réalité d’une fonction du foie inconnue jusqu’alors, la fonction anticoagulante. Rappelons à ce sujet que l’on savait depuis longtemps (Lehmann, 1850; Cl. Bernard, 1855) que le sang des veines sus-hépatiques est naturellement moins coagulable que celui des autres vaisseaux Et il n’est pas sans intérêt non plus de rapprocher ces fait.» de ceux qui ont montré, d’autre part, que le foie,^ en tant qu’organo formateur du fibrinogène (voy. p. 333), assure la coagulabilité normale du sang.
D. Nature de la coagulation. — Comment du fibrinogène la fibrine est-elle engendrée? On sait (voy. p. 334) que le poids défibriné formée est toujours inférieur au poids de la matière génératrice. De là l’idée que la fibrine résulterait d’un dédoublement du fibrinogène s’opérant par l’action de la plasmase. Après la coagulation, il resterait en effet en dissolution dans le plasma une globuline, différente de la sérumglobuline, puisqu’elle coagule à 64“ ; c’est la fibrino-globuline *. Sur ce point une réserve nécessaire a été faite plus haut (voy..p. 333). — Cette scission du fibrinogène serait le. résultat d’une action diastasique (voy. ce qui a été dit à ce sujet p. 356).
1. Dans des e.xpériences poursuivies méthodiquement sur 25 chiens M. Doa'on (1906), avec ses collaborateurs Cl. Gautier et N. Kareff, a loujours trouvé, sauf sur trois ou quatre de ces animaux, que le sang sus-hépatique se coagule plus lentement que le sang artériel.
2. Il est curieux de remarquer que l’on revient ainsi à l’ancienne conception de- Denis, pour qui la plasmine (il avait appelé ainsi la substance qu’il considérait comme la substance mère de la fibrine), dans la coagulation, se dédouble en fibrine concrète (c’est la fibrine typique) et en fibrine dissoute (il avait ainsi appelé une matière albuminoïdequ’il retrouvait dans le sérum). En réalité, la plasmine de Denis, telle qu’il la préparait, n’était pas une espèce chimique ; c’était un mélange de fibrinogène et de sérumglobuline (L. Fredericq). ArmandGaütier n’en a pas moins eu raison de dire que les travaux de Denis sont restés à la base de; nos connaissances chimiques sur la coagulation du sang.
COAGULATION DU SANG
Une tout autre conception de la nature du processus coagulant s’est fait jour (théorie de Nolf, 1908). On part de ce fait, démontré par le physiologiste anglais Wooldridce dès 1886, que tous les plasmas naturels sont spontanémenlcoagulables. S’il en est ainsi, le plasma contient donc tous les facteurs de la coagulation. Ceux-ci, de nature colloïdale, se ramènenlà trois, le fibrinogène et le thrombogène(dont il a été dit p. 338 quelques mots), colloïdes d’origine hépatique, et te thrombozyme, colloïde d’origine leucocytaire (c’est la thrombokinase de Morawitz), qui se maintiennent en équilibre au contact des parois vasculaires, à condition que ces parois ne soient pas altérées; mais c’est un équilibre instable; différents agents, contact dti verre, corps étrangers, substances colloïdes extraites des tissus, etc., le rompent aisément (agents thromboplastiques). L’équilibre rompu, les trois colloïdes s’unissent en donnant des produits d’addition, dont une partie se précipite sous forme de tibrine. Dans le sang des Poissons le seul produit de la coagulation serait la fibrine, la formation de celle-ci étant accompagnée de la disparition totale de la thrombozyme et du fibrinogène et presque totale du thrombogène (Nolf, 1909) ; la coagulation se présente donc bien ici comme le résultat de l’union de trois colloïdes solubles en un complexe insoluble, la fibrine, union pour laquelle il faut des sels solubles de chaux ; et, puisqu’elle consomme les colloïdes qui réagissent, elle ne peut être un phénomène catalytique.
La coagulation du sang ne serait par conséquent qu’une précipitation réciproque de colloïdes. Une explication physique remplacerait l’explication chimique du phénomène.
E. Rôle de la coagulation. — La coagulation du sang est le moyen par lequel s’arrêtent naturellement les hémorragies accidentelles des capillaires, des veines et même des artérioles. ^C’est donc un mode de défense de l’organisme. Chez les hémophiliques (malades dont le sang se coagule avec difficulté ou même a perdu sa coagulabilité), la moindre hémorragie peut être mortelle.
On voit combien la question de la coagulation du sang est compliquée et combien de problèmes intéressants elle pose au physiologiste. C est quasi le type du problème physiologique, à facteurs multiples, à conditions complexes. Et c’est pourquoi il a fallu, pour le débrouiller d’abord, puis pour le résoudre, les efforts de tant de chercheurs, dont quelques-uns, comme Al. Schmidt, y ont consacré près-
CIRCULATION DU SANG
que toute leur existence scientilique. Encore la solution ne peut-elle passer pour définitive ; la somme des acquisitions l’emporte toutefois sur celle des incertitudes.
IL — LA CIRCULATION DU SANG
La circulation du sang consiste dans le mouvement continuel de ce liquide dans un réservoir circulaire en forme de canaux ramifiés
{appareil circulatoire). Gel appareil, considéré dans son ensemble, forme essentiellement une série de tubes (fig. 45), à propriétés et à fonctions difféj-entes. Ce sont : 1° le cœur, léservoir musculaire (muscle creux [Bichat]), divisé en quatre cavités (chez l’homme, mais bien plus simple chez les animaux moins élevés). Primitivement il forme, lui aussi, un tube cylindrique qui, pendant la vie embryonnaire, se tord et se cloisonne de façon à donner les oreillettes et les ven tricules ; — 2° les artères, système de canaux ramifiés en forme d’arbre, rwnarquables au premier abord par l’épaisseur de leurs parois (fig. 43, a); — 3° les veines, autre système ramifié, comme celui qui constitue les artères, mais se distinguant de
l' ig. 45. — Type de l'appareil circulatoire schématisé (6 -Mathias Dcval).
On n'a représenté que la grande circulation (sans la circulation pulmonaire)] comparer avec la figure 46. — CR, cœur, ventricule; o, oreillette; s, s, valvules; a, artères; Cl’, capi laires; P, veine. — l.es flèches indiquent le sens dans lequel circule le liquide.
ces dernières par la minceur relative et la flaccidité de leurs parois (fig. 45, p) ; — 4“ entre ces deux systèmes, le système capillaire (qui naît des artères et aboutit aux veines), ensemble de vaisseaux très fins disposés en réseau (fig. 45, CP), dont les plus étroits ont généralement le diamètre des globules sanguins; leur calibre est même quelquefois moindre, mais les globules étant élastiques peuvent s’allonger et s’amincir pour traverser des canaux plus fins qu’eux (voy p. 308).
En somme on peut diviser l’ensemble de ce cercle (fig. 46) en un
organe central, le cœur, et une série d'organes périphériques, les vais-
LA CIRCULATION DU SANG
seaux (artères, capillaires, veines.
11 y a deux cercles semblables, celui de la circulation générale ou grande circulalion, et celui de la circulation pulmonaire ou petite circulation (fig. 46).
Le sang circule dans le système des vaisseaux, parce qu’à l’origine de ce système (origine de l’aorte ou de l’artère pulmonaire) se trouve une des cavités du cœur, dont les parois contractiles, par leurs mouvements, y provoquent de continuelles variations de pression, cause nécessaire et suffisante pour produire le courant circulatoire et en maintenir la constance.
En effet, le sang circule par suite de l'inégalité dépréssion dans les différentes parties du système vasculaire; et te cœur, dans son ensemble (oreillettes et ventricules), a pour fonction de produire et maintenir cette inégalité de pression, qui, des artères où la pression est forte, fait passer le sang dans les veines, où elle est de plus en plus faible.
Les anciens n’avaient que des notions fausses et incomplètes sur la circulation. Galien fait du loie l’organe formateur du sang ; il croit que, parti du foie, 1e sang se répand dans la partie inférieure du corps par la veine cave inférieure, dans la partie supérieure par la veine cave supérieure; une portion de ce dernier sang arrive au cœur, et, filtrant à travers la cloison interventriculaire, y acquiert des propriétés nouvelles
Fig. 40.— Appareil de la grande et de la petite circulation.
00, oreillettes ; VV, ventricules ; a, a, a, système aortique ; G, capillaires de la tête et des membres supérieurs ; G’, capillaires des membres inférieurs ; R, rate ; In, intestin; Re, rein; F, foie , V, G, veines de la grande circulation (à sang noir) ; vpo, veine porte ; ap, artère pulmonaire (à sang noir) ; vp, veines pulmonaires à (sang rouge) ; P, capillaires pulmonaires.
CIRCULATION DU SANG
pour circuler dans les artères sous le nom û’e»prits vitaux. Galien ne soupçonnait donc pas la circulation pulmonaire. .
La découverte de la circulation comprend deux phases; la première^ préliminaire, est la découverte de la circulation pulmonaire (Colombo L Servet*) : arrivée du sang au poumon par l’artère pulmonaire et retour du sang du poumon au cœur; la seconde, celle de la circulation générale. Cette dernière est due à Harvey ^ qui, reprenant les observations de CÉsALPiN* sur l’effet de la ligature des artères et des veines qui se gonflent, celles-là du côté du cœur et celles-ci du côté des organes, établit que le mouvement du sang se fait en sens contraire dans les artères et dans les veines, prouva le passage des artères aux veines en injectant un liquide qui des unes passait dans les autres et en même temps décrivit exactement les mouvements du cœur lui-même. 11 est bon d’ajouter que Fabrice d’Aquapendente avait antérieurement décrit la disposition des valvulesveineuses et que c’est Malpiglii qui découvrit le passage du sang des artères dans les veines par les capillaires (sur les poumons et la vessie de la grenouille).
Plus de deux cents ans après Harvey, Claude Bernaro compléta nos connaissances sur la circulation du sang par sa conception des circulations: locales (découverte des nerfs vaso-moteurs [Claude Bernard et surtout Brown-Séquard, 18o2, suivis par de nombreux physiologistes du nix® siècle]). ^ La seule circulation générale, telle qu’elle était connue depuis Harvey, ne donnait point l'explication des variations circulatoires si nombreusesqui surviennent dans les organes suivant l’état de fonction ou de repos» et suivant l’état normal ou pathologique. La découverte des circulations locales et du rôle des nerfs vaso-moteurs vient nous expliquer comment chaque organe, chaque élément peut avoir, pour ainsi dire, sa circulation, indépendante, sa nutrition spéciale et, par suite, son fonctionnement distinct de celui de son voisin®. »
1. R. Colombo (l'toi-iSâg ou i577[?]), anatomiste italien, remplaça Vésale comme professeur d’anatomie à Padoue.
2. Michel Servet (iSog- i553). C’est dans un livre de théologie (Chris tianismv reslilulio.etc.) que Servet parle de la circulation pulmonaire. Servel, espagnol d’origine, chassé de son pays pour avoir écrit sur la Trinité des opinions contraires au dogme, vint en France, où il étudia la médecine. En môme temps il se livrait à une polémique religieuse, dans laquelle il attaqua avec violence (.alvin. Chassé de France et réfugié à Genève, Servet y fut arrêté sur l’ordre de Calvin et condamné à être brûlé vif (25 octobre i553). Son livre (Chnstianismi reslilulio...y fut également livré au bûcher. L’exemplaire (pi’en possède la Bibliothèque nalionalel Paris porte les traces des flammes auxquelles il a été arraché.
3. Harvey(William) (1578-1657), médecin de Charles 1*^ d'Angh terre, qui accord» à ses recherches expérimentales la plus libérale protection. Ses études ont porté sur la génération (l’aphorisme onine viuum ex ovo est de lui), sur le sang et sur la circulation. Son petit livre, Exerciialio analomica de muta cordis et sanguinis in anirnalibits, est de 1G28, et la première édition est de Francfort (traduction française par Cn. Richet, Paris, 1879).
4. A.Cesalpino (i5i9-i6o3), philosophe, naturaliste etmédecin italien.
5. G. Fabrizi d’AoüAPENDENTE (Fabricius ou Fabrice d'Aquai>endente), anatomiste italien (1537-1619). professeur à Venise, puis à Padoue
6. Claude Bernard, Rapport sur les progrès et la marche de la physiologie générale en France, Paris, 1867, p. 67.
CIRCULATION DU SANG DANS LE CŒUR
' La figure 46 donne de l’ensemble de l’appareil circulatoire une vue générale; les notions les plus élémentaires d’anatomie suffisent pour la comprendre. '