C. Signes extérieurs de la révolution cardiaque. — La
révolution cardiaque se traduit extérieurement par deux ordres de phénomènes apparents, donc directement observables, et que, pour cette raison, le médecin met à contribution constante pour l’exdloration fonctionnelle du cœur. Le premier de ces phénomènes est la pulsation cardiaque', les bruits du cœur constituent le second. 11 y a un choc et deux bruits pour chaque révolution cardiaque.
a. Pulsation cardiaque (choc du coeur). — Le terme pulsation cardiaque doit être exclusivement employé, de préférence à celui de choc du cœur, qui traduit d’une façon vicieuse la nature du phénomène dont il s’agit; il n’y a pas de choc dans le sens propre du mot, puisque la pointe du cœur est en contact permanent avec la paroi thoracique. Quand a\œc le doigt on déprime le thorax, dans la région du quatrième ou du cinquième espace intercostal L au niveau où, à l’inspection directe, on aperçoit quelquefois un léger soulèvement thoracique, le doigt sent un battement périodique ; ce battement se reproduit, en effet, suivant un rythme régulier de 70 à 75 en moyenne, à la minute, chez l’homme adulte. C’est le battement cardiaque.
Deux problèmes se posent : à quel moment précis de la révolution cardiaque correspond ce battement? Et quel est son mécanisme?
Moment de la pulsation cardiaque. — La méthode graphique, par les expériences fondamentales de Chauveau et Marey (1860-1865), a donné la solution du problème.
1. Deux médecins italiens, Mariannini et Namias, ont trouvé (i883) que le cœur chez l’homme, bat 67 fois sur 100 dans le 4" espace et 33 fois sur 100 dans le 5» et, chez la femme, 80 fois sur ico dans le 4® et 20 fois seulement dans le 5».
CIRCULATION DU SANG
On a cette solution en reprenant et complétant l'expérience classique de cardiographie intracardiaque représentée par la figure 51.
On enregistre simultanément les variations de pression de roreilleile droite et du ventricule droit au cours de la révolution cardiaque et, de plus, grâce à un appareil explorateur {cardiographe -, voy. plus loin, p. 383-84) appliqué au niveau du point où l’on sent le battement cardiaque, on inscrit cette pulsation en même temps que les divers phénomènes précédents. On obtient, dans ce cas, un ensemble de tracés du type de ceux représentés par la figure 58.
Dans ces conditions, on voit nettement, sur le cheval, que la pulsa-
Fig. 58. — Pulsation cardiaque ; graphiques obtenus au moyen de la sonde cardiaque et d'uu appareil enregistrant la pulsation cardiaque (cardiographe) (expérience sur le cheval, d'après Chadveac et Marey)-
O, tracé de l'oreillette droite ; SO, systole auriculaire; V, tracé du ventricule droit ; P, tracé de ta pulsation cardiaque.
tion cardiaque correspond à la phase active du ventricule ; elle est isochrone avec la systole. C’est là ce qu’avait soutenu Harvey dans ses études sur le mouvement du cœur.
Ce n’est pas à dire que la systole auriculaire qui, pour divers cliniciens, fait partie intégrante de la pulsation cardiaque, ne se traduise sur le cardiogramme extracardiaque. Elle y retentit, comme elle retentit sur le tracé de pression intraventriculaire. De même que sur ce dernier, la systole de l’oreillette se signale sur le tracé de la pulsation cardiaque par l’ondulation so qui précède le battement ventriculaire proprement dit. 11 est à remarquer en effet, dès maintenant, que les accidents du tracé de la pulsation cardiaque reproduisent ceux du tracé de pression intraventriculaire.
CIRCULATION DU SANG DANS LE CŒUR
Mécanisme de la pulsation cardiaque. — A quoi tient la pulsation cardiaque? Le seul mouvement du cœur, au moment de sa systole, est un mouvement de torsion autour de son axe vertical, d’où résulte pour la pointe un léger redressement qui la porte à droite et en avant. Aussi bien, pas n’est besoin d’un mouvement proprement dit de projection du cœur contre le thorax et indirectement conti e la
Fig. 59. — Cardiographe de Marey (explorateur à tambour) pour l'exploration de la pulsation cardiaque chez l'homme et les animaux).
Le bouton B de la capsule métallique C, recouverte d’une paroi élastique (en caoutchouc), est maintenu au point où bat le coeur.
N. B. — 11 est bon de suspendre la respiration pendant la durée de l’expérience, à moins que l’on ne veuille obtenir les efl'ets combinés de la respiration et de la pulsation cardiaque.
main qui l’explore, pour expliquer la sensation de choc que donne chaque battement cardiaque.
Sur un animal (chien), dont on a ouvert la poitrine et qu’on maintient en vie par la respiration artificielle, si l’on vient à saisir le cœur dans la main ou à le déprimer simplement avec le doigt pendant le relâchement ventriculaire, on sent un brusque choc contre le doigt explorateur, au moment de la systole des ventricules. L’expérience est tout aussi nette, les phénomènes sont seulement moins intenses, sur le cœur à nu de grenouille ou de tortue.
Comme Marey l’a montré, deux conditions, qui se reproduisent justement à chaque systole ventriculaire, suffisent à expliquer la pulsation cardiaque. Ces deux conditions sont, d'une part, le contact intime qui s’établit entre le cœur et la paroi thoracique, sous l’influence de l’augmentation du diamètre antéro-postérieur de la masse des ventricules au moment de leur systole, et, d’autre part, le durcis-
CIRCULATION DU SANG
sement concomitant des ventricules, A travers la paroi thoracique le doigt e.xplorateur suit ce changement de consistance, parce que le ventricule durci j)resse plus foi'tement contre la paroi thoracique. 11 faut seulement que ce doigt s’enfonce assez fortement dans l’espace intercostal, de façon à exercer immédiatement la dépression préalable nécessaire pour que tout durcissement ventriculaire soit bien ressenti au moment de sa production.
Exploration graphii/ue de la pulsation cardiaque. Cardiographie extracardiaque. — La pulsation cardiaiiue peut être enregistrée cliez l’honuue
Fig. GO. — Cardiogrammes de l'homme dans différentes positions (V. Pachon).
1, Tvpe fréquent (cardiogramme atypique), très différent des tracés de pression intraventriculaire. Sujet debout; — 11, type inconstant, rappelant les tracés de pression intraventriculaire. Sujet debout ; — 111, type fixe, exactement semblable aux tracés de pression intraventriculaire (à rapprocher de la figure 5f). Sujet en décubilus latéral gauche.
conune chez les animaux. On se sert pour cela d appareils appropriés dits cardiographes. l’ar la cardiographie extra-cardiaque on peut connaître les détails intimes de la pulsation cardiaque, dont le doigt ne saurait donner qu’une appréciation d’ensemble, très variable suivant l’intensité du phénomène. Le cardiograplic ordinairement utilisé est le cardiographe de M.xret (fig. h'.l). Les tracés obtenus chez l’homme avec cet instrument sont assez variables, comme le montre la figure 60. C’est qu’ils peuvent être les résultats de deux ordres de phénomènes associés et de sens inverse dans la pulsation. Alors que le doigt n’éprouve que l’impression du soulèvement total du cœur, l’instrument inscrit tous les éléments du phénomène. Or, celui-ci est bien dù essentiellement au durcissement brusque des parois vWitriculaires, mais il peut être modifié par la diminution de
CIRCULATION DU SANG DANS LE CŒUR
■volume que subit la masse ventriculaire au même moment de la systole et il peut présenter, en même temps qu’une altération de sa valeur, une déviation de sa forme. En effet, cette diminution de volume de la masse ventriculaire diminue d’autant le contact de l’organe avec la poitrine et par conséquent réduit l’effet positif du durcissement. Dans ces conditions, qui se réalisent par exemple quand le bouton de l’explorateur se trouve à quelque distance delà pointe du cœur, le tracé cardiographique représente un mélange, à dos degrés variables, des changements de consistance (élément positif) et des changements de volume (élément négatif) du cœur au mq-
Fig.Ol. — Carfliogrammes dans un cas d'ectopie cardiaque chez une femme (Marky).
Pulsations recueillies simultanément sur les deu.x ventricules.
ment de la systole ventriculaire. L’effet de la diminution volumétrique du cœur sur la pulsation cardiaque’ est parfois assez grand pour intervertir complètement le cardiogramme et lui faire prendre les caractère d’un cardiogramme négatif (tracé de pulsation volumétrique du cœur), du type de celui qui est représenté sur la figure 57 (p. 380).
Pour pouvoir interpréter sûrement les cardiogrammes et arriver par conséquent à les utiliser en clinique, il faut une méthode d’exploration qui assure l’unité de type des tracés. Or, on obtient toujours un type fixe et qui reproduit fidèlement les caractères des tracés de pression intravehtriculaire (voy. le tracé III de la figure 60), en praliquant systématiquement l’exploration cardiographique dans le déeuhitus latéral gauche (V. Pachon. 1902). Dans cette condition, le contact constant du cœur avec le thorax supprime l’effet négatif de la diminution volumétrique des ventricules. Et les tracés deviennent superposables aux tracés des variations de pression intracardiaque, ce qui est d’ailleurs la meilleure garantie de leur exacti- 'tude. Ondulation firésystolique o (oreillette), ligne brusque d’ascension ab (à plateau bed) (systole ventriculaire avec ses deux périodes de mise en ■tension et d’évacuation), ligne de descente avec l’inflexion / de la clôture
Gley. — Physiologie, 25
CIRCULATION DU SANG
sijîinoïdienne et londulalion çj (vide post-syslolique) descendant au-dessous du zéro de la ligne des absci“ses, tous les accidents du tyne fixe de
Kig. 02. — Pulsations du coeur de la grenouille, enregistrées i/i situ au moyen de la pince
cardiographique de Marky.
cardiogramme extracardiaque en décubitus latéral gauche sont ceux du cardiogramme intracardiaque.
Dans des cas d ectopie cardia(iue, on a pu enregistrer directement chez:
Fig. 63. — Pince cardiographique de Marïy.
Le cœur est pris entre deux cuillerons dont l'im est mobile et déplace le style inscripteur auquel il est soudé. chaque diastole le style est ramené par un fil élastique fixé à l’épingle e.
l’homme, sur le cœur à nu, la pulsation cardiaque. Les tracés de la figure (il reproduisent des cardiogrammes recueillis ainsi chez une femme. On remarquera leur ressemblance avec ceux que l’on obtient sur les grands animaux (voy. fig. 51, p. 368) et avec les tracés de la pulsation cardiaque explorée dans le décubitus latéral gauche.
Ce type de cardiogramme est d’ailleurs un type général. La figure 62: montre que le tracé de la pulsation cardiaque d’un animal à sang froid (grenouille), recueilli sur le cœur à nu et en place, à l’aide de la pince cardiographique de Mauey (fig. 63), est identique aux précédents.
CIRCULATION DU SANG DANS LE CŒUR
Fréquence des pulsations cardiaques. — La fréquence des pulsations ('ardiaques varie suivant un grand nombre de conditions.
L’âge est une des principales, comme le montre le tableau suivant (Quételet', 1835) :
Pulsations
Age.
1 an
2 ans
3 ans
4 ans
5 à 10 ans 10 à i5 ans i5 à 5o ans
6o ans
8o ans
8o à 90 ans
par minute.
120 à i3o io5
A noter aussi l’inlluence du sexe et de la taille ; chez la femme et chez les individus de petite taille, les pulsations sont un peu plus fréquentes.
A l’influence de la taille se rattachent sans doute les différences consta-
tées suivant les espèces animales:
Cheval
Bœuf
Chien de taille moyenne
Lapin
Cobaye
Pulsations par minute. 3o à 5o 35 à 42 90 à 100 i5o
200 et plus.
La station debout^, l’exercice musculaire, la digestion, l’élévation de température, les émotions, etc., accélèrent les battements du cœur.
b. Bruits du cœuR. — L’oreille appliquée sur la poitrine, dans la région cardiaque, entend deux bruits pour chaque pulsation. Le premier bruit est fort, grave, prolongé ;le second bruit est clair, bref et nettement frappé. Chacun est séparé de l’autre par des silences d’inégale durée.
Ces deux bruits, premier et second bruits, constituent pour le clinicien les deux temps du cœur. Tout ce qui coïncide à l’auscultation avec le premier bruit est dit correspondre au premier temps; tout ce qui coïncide avec le second bruit correspond au second temps. Il est donc important, pour que ces données prennent une signification précise, de fixer exactement à quel phénomène et à quel moment de la révolution cardiaque correspond chacun des bruits du cœur.
1. L.-A.-J.QtJÉTELET(i796-i874b savantbelge, créa l'application delà statistique
aux sciences morales. Ses principaux ouvrages sont : Recherches sur la population, les naissances, les décès..., Bruxelles, 1827; Recherches sur la reproduction ri la mortalité de l'homme aux différents âges, Bruxelles, i833; Physique sociale Paris, 1859. ’
2. L’inQuence des attitudes est très importante, puisque, debout, on a en moyenne 80 pulsations, tandis qu’assis ou couché on n'en a plus que 70 ou 67.
CIRCULATION DU SANG
Nature et causes des bruits du coeur. — Ces l)i uils du cœur sont dus essentiellement aux phénomènes vibratoires qui accompagnent la tension brusque des valvules intra et extracardiaques au moment de leur fermeture respective. La démonstration est particulièrement nette pour le second bruit.
Enelïet, 1° il s’entend le mieux à la base du cœur, au niveau de l’origine de l’aorte (extrémité interne du deuxième espace intercostal droit) et de l’artère pulmonaire (deuxième espace intercostal gauche, à 1 centimètre du bord du sternum). Le premier bruit, au contraire, a son maximum d’intensité à la pointe du cœur; —2° sur un tronçon d’aorte muni de ses valvules, on fixe un tube de verre assez long et, à l’extrémité opposée, au-dessous des valvules, un petit tube muni d’une poire élastique ou d’une vessie pleine d’eau ; en comprimant celle-ci, on fait pénétrer l’eau dans l’aorte et dans le tube vertical ; quand la compression cesse, le liquide retombe en fermant les valvules, et l'on peut entendre un claquement sonore identique au second bruit (expérience deRouANET^, 1832 et 1844); — 3® tout traumatisme expérimental altérant ou supprimant le fonctionnement des sigmoïdes altère ou fait disparaître le second bruit (Chauveau et Faivre).
L’analyse du premier bruit est plus délicate et démontre que des éléments complexes prennent part à sa production.
Par analogie, on l’a rapporté au claquement des valvules auriculo-ventriculaires au moment de leur brusque tension, au début de la systole des ventricules. En effet, tout traumatisme intéressant le fonctionnement de ces valvules altère le premier bruit. A l’état pathologique, les lésions de la mitrale et de la tricuspide sont diagnostiquées justement par ces altérations. Mais, si les deux bruits avaient exactement la môme et unique cause, ils auraient le même timbre, ce qui n’est pas; — et, d’autre part, sur le cœur extrait de l’animal, continuant à battre vide de sang, la systole ventriculaire s’accompagne encore d’un bruit sourd ; dans ce cas, les valvules ne sont plus tendues, puisque le cœur est vide de sang ; — et, enfin, l’introduction par l’oreillette droite d’un instrument écarteur des valvules (qui empêche leur fermeture) laisse au premier bruit à peu près tous ses caractères. Si donc la production de ce bruitdépend en partie de la fermeture des valvules (comme suffisent à le prouver ses modifications dans les cas d’altérations de celles-ci), elle dépend aussi et davantage d’une autre cause. D’après ce que l’on vient de voir de la persistance du premier bruit sur le cœur videde sang, cette cause ne peut être que la contraction des ventricules. Toute contraction musculaire produit en effet un bruit (bruit rotatoire).
Le premier bruit, résultant à la fois de la tension des valvules et de la tension des parois ventriculaires elles-mêmes, est donc un
1 J. -R. Rouanet (1797-1865), médecin français, à qui son travail sur \ analyse des bruits du cœur (thèse de doctoral, Paris, 1882, 28 p.) a assuré un juste renom.
CIRCULATION DU SANG DANS LE CŒUR
mélange de son musculaire grave et de son valvulaire plus aigu. De là les dillerences entre les deux bruits du cœur.
Le rythme des bruits du cœur est le suivant :
1»' bruil — pelit silence 2« bruit — grand silence,
ce que l’on peut représenter par la notation ci-dessous :
i«>' bruit 2« bruit
1®' bruit 2' bruit
Petit
silence.
Grand silence.
Petit
silence.
Grand silence.
Moment de la production des bruits du cœur. — Comment fixer le moment exact où se produisent les bruits du cœur et leur correspondance avec les divers phénomènes de la révolution cardiaque?
On a dans ce but employé plusieurs méthodes : l’auscultation associée à la palpation du cœur à nu; l’auscultation associée à l'inscription graphique de la pulsation cardiaque ; l’inscription électrique des bruits du cœur associée à l’inscription graphique de la pulsation cardiaque. Mais lo méthode la plus parfaite est la combinaison de l’inscription électrique des phénomènes valvulaires, dont dépendent les bruits du cœur, avec l’inscription des tracés de pression intraventriculaire (Ch.\uveaü, 1894). Des
Fig. 6i. — Jeu de la valvule tricuspide (d’après Chauveau).
PV, tracé des variations de pression dans le ventricule droit; — S>, tracé du signal électrique indiquant le jeu de la valvule.
Le courant se ferme sous l'influence de la fermeture de la valvule.
signaux électriques sont mis en action par un ressort-contact qui, porté, à l’aide d’une sonde spéciale, dans le cœur même au niveau des valvules, ferme ou ouvre le courant sous l’inlluence de la fermeture ou de l’ouverture des valvules. On obtient ainsi des tracés du type de ceux des ligures 64 et 65, représentant le jeu respectif des valvules auriculo-ventri-
CIRCULATION DU SANG
culaireset des valvules sigmoïdes en correspondance avec les mouvements intérieurs du sang dans le cœur.
On voit nettement que le j)remier bruit (fermeture des valvules auriculo-ventriculaires) est isochrone à la phase de début de la systole ventriculaire et se produit pendant la première partie de la brusque ascension de la courbe des pressions intraventriculaires (fig.64). Le second bruit (fermeture des valvules sigmoïdes) correspond juste au moment où le ventricule se relâche, c’est-à-dire au début de la diastole ventriculaire (lig. 65). Aussi bien, on dit que le premier bruit est systolique et le second bruit diastolique.
Ces bruits, exactement connus dans leur correspondance avec les phénomènes de la révolution cardiaque, peuvent dès lors servir
Fig. 65. — Jeu des sigmoïdes aortiques (d'après Chadvead).
PV, tracé des variations de pression dans le ventricule gauche ; — S, tracé du signal électrique indiquant le jeu des sigmoïdes.
Le courant est fermé par la fermeture des valvules.
de repères aux cliniciens pour l’étude de cette révolution, à l’état pathologique.
D. Travail du cœur. — Le cœur fait circuler le sang, c’est-à-dire fait parcourir un chemin à une masse; il accomplit donc un travail.
Par définition, un travail mécanique est représenté par le produit d’une force par le chemin parcouru ou d’une charge par la hauteur à laquelle elle a été soulevée. Soit P la charge, H la hauteur de soulèvement, le produit PH représente le travail elTectué dans un temps considéré T. Le problème du travail du cœur consiste donc à rechercher la valeur de la charge soulevée et celle de la hauteur de soulèvement. A vrai dire, une remarque doit être faite au sujet du second terme. Le problème, tel qu'il est ainsi posé, se rapporte à une forme de travail dit travail moteur. Dans le cas du cœur, il s’agit d’un travail résistant. Ce qui signifie qu il ne s’agit point pour le cœur de soulever une chargea une certaine hauteur, mais de faire vaincre par cette charge une certaine résistance. Le travail mécanique est alors représenté par le produit de la charge par la résistance à vaincre.
CIRCULATION DU SANG DANS LE CŒUR
Quelle est donc pour le cœur la charge à soulever? et quelle est la résistance qu’il a à vaincre?
a. Évaluation du travail du coeur. — La charge à soulever est évidemment représentée par l’ondée sanguine lancée dans les artères à chaque systole ventriculaire et la résistance à vaincre est représentée par la pression artérielle qui tient closes les sigmoïdes et contre laquelle le cœur doit lutter pour ouvrir ces valvules et faire pénétrer le sang dans l’aorte. Le sang ventriculaire, on l’a vu, réussit à passer soit dans l’aorte, soit dans l’artère pulmonaire, mais seulement lorsque les cavités ventriculaires gauche et droite ont soumis le sang qu’elles renferment à une pression, pour le moins un peu supérieure à celle qui règne à l’origine des deux systèmes artériels. Le problème du travail du cœur consiste donc à déterminer, d’une part, la valeur de l’ondée systolique ventriculaire, c’est-à-dire du débit cardiaque, et, d’autre part, la valeur des tensions artérielles aortique et pulmonaire.
La détermination du débit ventriculaire est chose très délicate.
On avait cru pouvoir y réussir, soit en pesant comparativement le cœur à l’état de vacuité et àTétalde réplétion, soit en évaluantle volume des cavités cardiaques remplies avec une masse solidifiable. Mais les résultats obtenus varient avec la pression sous laquelle se fait la réplétion; et, d’autre part, il est démontré que les ventricules ne se vident pas complètement dans la systole. Les chiffres que l'emploi de ces méthodes a donnés sont beaucoup trop forts. La méthode la plus exacte consiste à enregistrer directement le débit du cœur (R. TigerstedtL 1891); le cours du sang est endigué dans l’aorte, seule ou prolongée par une de ses branches principales, les collatérales ayant été liées ; puis on interpose sur son passage un compteur approprié.
Par cette méthode on est arrivé à des résultats précis sur les animaux. Étendus à l’homme, ils donnent pour le débit de chaque ventricule une valeur moyenne de 60 grammes par systole.
La détermination des tensions aortique et pulmonaire, faite par les méthodes manométriques qui seront décrites à propos de la circulation dans les artères, conduit à admettre, chez l’homme, les valeurs moyennes suivantes : 16 centimètres Hg pourl’aorte et 5 centimètres pour Tarière pulmonaire. Le calcul du travail du cœur donne donc :
Pour le ventricule gauche 60 X 2 (‘“) = 120 grammètres;
Pour le ventricule droit le tiers de cette valeur (5 étant le tiers de 15), soit 40 grammètres, — en ne tenant pas compte de la vitesse du sang (0”,50 à la seconde, à l’origine de l’aorte), facteur relative-
1. Physiologiste finlandais contemporain, professeur à l’Université de Ilelsingfors.
2. La densité du mercure étant de i3,6 et celle du sang de i,o6, une colonne de i5 centimètres de mercure correspond sensiblement à une colonne de 2 mètres
CIRCULATION DU SANG
ment négligeable. La somme du travail du cœur est donc égaleà 120 + 40, soit à IGO grammètres; et il vient :
Pour une minute ICO X 70{*)=:11 kilogrammètres 200;
Pour une heure It 200 X 60=672 kilogrammètres;
Pour vingt-quatre heures 672 X 24= 16 128 kilogrammètres.
L’équivalent mécanique de la chaleur étant de 425 kilogrammètres,
ces 16128 kilogrammètres représentent — ^ ~ == 38 calories, en
clutFres ronds. En résumé, le ventricule gauche lance à chaquesystole 60 grammesdesang environ par les sigmoïdes aortiques sous une pression de 15 centimètres de mercure; ou, en d’autres termes, il porte 60 grammes de sang à la hauteur de 2 mètres à chaque systole.
b. Origine et destination de i.’énergie mécanique du cœur. — Quelle est la source de ce travail que nous venons d’évaluer? et, d’autre part,, sous quelle lorme reparaît-il ultérieurement?
Pour résoudre la première question on a recours à la méthode des circulations artilicielles dont le principe a déjà été donné p. 346.
Il exi.ste des appareils qui permettent l'ajiplication facile de cette méthode- (voy. fig. 60). Si l’on se sert comme liquide de circulation d’un sérum artificiel, la composition de ce sérum doit être appropriée aux échanges chimiques qui conditionnent le fonctionnement cardiaque. C’est ainsi qu’il doit être oxygéné, contenir des éléments minéraux en proportion déterminée, en particulier des sels de sodium et de calcium, et contenir aussi de la glycose, substance fort importante au point de vue (]ui nous occupe (voy. p. 340 ce qui a été dit du liquide de Ringeu-Locke). Dans ces conditions, non seulement un cœur d'animal à sang froid, mais un cœur de .Mammifère (lapin, chien, homme), pourvu qu’il soit, en outre, soumis à une température de 38o-40°, peut être maintenu de longues heures en bon état de fonctionnement, comme il a été dit p. 347.
-\u point de vue de l'origine énergétique du travail du cœur, on a pu constater que les albuminoïdes ne sont pas indispensables (le liquide de Ringer-Locke n’en contient point); les hydrates de carbone, au contraire, doivent être partie constituante du milieu nutritif, par exemple sous forme 'le glycose. Ainsi on a trouvé que le cœur isolé du lapin consomme 1 milligramme de glycose par gramme et par heure et que celui du chat consomme à peu prés la même quantité. La même recherche a pu être laite sur un cœur humain (mis en expérience deux heures et demie api'és la mort) ; la (juantité de glycose consommée fut de 0,07 milligramme par gramme et par heure (ce cœur pesait 308 grammes et la circulation lut entretenue pendant deux heures et demie environ) (expériences de 11. Stewart, 1910). D’autre part, dans des recherches.
1. ChilTre moj-en des pulsations par minute, chez l’homme adulte.
CIRCULATION DU SANG DANS LE CŒUR
trop peu nombreuses, il est vrai, on a constaté que le cœur s'appauvrit en glycogène pendant son fonctionnement; chez des chiens iwivés d’aliments durant (juarante-huit heures, le cœur ne contient plus que les deux tiers du glycogène que l’on trouve dans un poids égal de muscles.
('es deux derniers ordres de faits démontrent donc que le cœur, comme tout muscle ordinaire, emprunte à des phénomènes d’oxydation des hydrates de carbone l’énergie chimique dont dérive son travail mécanique.
Quant à sa destination, ce travail mécanique du cœur, qui représente du travail positif et utile, distrait de l’énergie calorique totale que fournit la combustion des hydrates de carbone dont il dérive, reparaît finalement à l’extérieur sous forme de chaleur. L’énergie mécanique développée par le cœur est en effet consommée peu à peu parle frottement du sang dans les vaisseaux et, par ce frottement, se convertit en chaleur. En fin de compte, l’énergie chimique, qui est à l’origine du travail du cœur, en partie d’abord distraite pour un effet mécanique positif, se retrouve restituée totalement à l’extérieur sous forme de cha- Fi»' 66.- Dispositif (ieKBONEcy.R pour rétude
du travail du cœur. Une canule a double couleur. rant est introduite directement dans le ven-