‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 210 sur 510 · vaso-constriclion · texte numérisé non relu

vaso-constriclion

( — (vaso-dilatation)...

Puissance cardiaque. ..

Résistance vasculaire.

40 Phénomènes extérieurs de la circulation dans les artères.

De même que l’on considère, à côté des phénomènes intimes de la circulation dans le cœur (mouvement du sang dans les cavités cardiaques), des phénomènes extérieurs ou apparents (pulsation et bruits du cœur), de même la circulation dans les artères présente, outre les phénomènes intimes que nous venons d’étudier, relatifs au mouvement du sang dans le système artériel, des phénomènes extérieurs ou apparents : dilatation et locomotion des artères, pouls des artères et pouls des organes.

A. Dilatation des artères. — Sous l’influence de l’ondée systolique, les grosses artères voisines du cœur subissent une dilatation, puisqu’elles ont à loger la charge additionnelle de sang qui leur arrive. Nous avons vu comment cette distension met en jeu leur élasticité. Par le fait de l’incompressibilité des liquides, cette dilatation doit s’étendre de proche en proche dans tout le système artériel. .Mais, en raison, d’une part, de la grande élasticité des troncs aortiques et, d’autre part, de la grande capacité du système artériel par rapport au volume de l’ondée systolique, le mouvement de dilatation des artères périphériques (radiale, fémorale par exemple) est extrêmement faible et non perceptible directement à la vue et au doigt.

426 CIRCULATION DU SANG

Ce mouvement est rendu apparent par un artifice expérimental. On enferme une artère aa dans une boite étanche formée de deux parties ajustables KK, remplie de liquide et munie d’un tube de fin calibre b (fig. 90). A chaque systole cardiaque, on voit le liquide monter dans le tube, ascension qui traduit la légère dilatation du segment artériel exploré.

fig. 90. — Appareil de Poiseuille, pour démontrer la dilatation des artères.

B. Locomotion des artères — Au cours d’une intervention chirurgicale, on peut observer des mouvements de locomotion d’une artère mise à nu, soit dans le sens de son axe longitudinal, soit dans le sens transversal.

S’il s'agit d’une artère sectionnée, dans le cas d’une amputation, par exemple, ou après simple ligature, au cours d’une excision d’organe ou de tumeur, on voit le moignon artériel projeté rythmiquement dans le sens longitudinal, à chaque pulsation cardiaque. Le mouvement dans le sens transversal se produit dans le cas, non plus d’une excision, mais d’une dissection artérielle ; le segment d’artère, libre de ses adhérences aponévrotiques et mobile latéralement tandis qu’il est retenu à ses extrémités, subit alors une projection en arc de cercle, à chaque pulsation cardiaque.

On donne parfois le nom de pouls à ce mouvement d’e.xpansion artérielle ; en réalité, il ne s’agit pas là du phénomène de l’onde pulsatile constituant le pouls, que nous allons bientôt étudier, mais d’un mouvement de masse même de l’artère. Mouvement de masse et onde pulsatile sont bien isochrones, ils sont bien dus tous deux à la systole cardiaque comme cause originelle ; mais leur mécanisme est différent.

C. Pouls des artères. — Le pouls est la sensation de choc ou soulèvement plus ou moins brusque éprouvée d’une façon rythmique par le doigt qui palpe la radiale ou toute autre artère superficielle

CIRCULATION DANS LES ARTÈRES

située sur un plan résistant. Au point de vue de sa nature intime, c’est une onde liquide, née à l’origine du système artériel et se propageant régulièrement avec une vitesse propre dans tout le système. — L’étude du pouls comporte donc, d’une part, l’étude de sa manifestation objective, c’est-à-dire des conditions qui permettent de rendre sensible au doigt une onde liquide parcourant le système artériel ; et, d’autre part, l’étude de la formation même de l’onde pulsatile, des éléments qui la composent, des facteurs qui déterminent l’amplitude et les caractères particuliers de chacun d’eux, de leur propagation enfin et de leurs altérations suécessives tout le long de l’arbre artériel.

a. Conditions DE la sensation du pouls. — L’exploration d’une artère superficielle (temporale, radiale, fémorale, etc.) par application simple du doigt, sans pression aucune, est insuffisante à déceler le pouls. Pour en avoir la sensation, il faut : 1® comprimer l’artère; 2® exercer cette compression, l’artère reposant et maintenue contre un plan résistant. Que signifient ces conditions nécessaires à la manifestation du pouls ?

1* On sait que le sang est clans le système artériel sous pression. L’artère est donc constamment dans un état de tension élastique, qui fait justement équilibre, on l’a vu, à la pression du sang, si bien que force élastique des artères, tension artérielle et pression du sang dans les artères sont synonymes. Or, l’étude expérimentale de l’élasticité artérielle montre que la résistance des artères à l’extension, c’est-à-dire leur force élastique, croît plus vite que leur dilatation (Mabey). Quand les artères ont atteint une tension donnée, les variations de pression sanguine consécutives aux ondées systoliques (oscillations cardiaques de la pression) sont très vite équilibrées par une dilatation très faible des parois artérielles. Par suite, celle-ci, étant insignifiante, n’est pas ressentie. Mais si, par un artifice, on fait disparaître l’état préalable de tension artérielle, si on place la paroi de l’artère ■en position de repos, qu’arrivera-t-il? La même variation cardiaque de pression qui précédemment ne produisait qu’une faible dilatation artérielle, produira, maintenant qu’elle s’exerce contre une paroi inerte, non tendue, une dilatation suffisante pour être sentie. C’est ce qui se passe quand on équilibre la pression constante qui s’exerce sur la face interne de l’artère par une contre-pression exactement égale sur sa face externe. La paroi artérielle, soumise alors de part et d’autre à des pressions égales, sera comme si elle n’était soumise à aucune ; tandis que, pour une variation cardiaque donnée de la pression, elle subissait, tendue, une dilatation insensible, maintenant pour cette même variation de pression elle se trouve mise en état de répondre par une dilatation appréciable.

2° D’autre part, il est évident que cette pression extérieure destinée à annihiler la pression intérieure du vaisseau ne saurait être efficace que si l’artère ne peut fuir sous le doigt qui la comprime, en d’autres termes, que si elle est appliquée contre un plan résistant.

CIRCULATION DU SANG

b. L’onde ARTÉRtELi.E pulsatii.e et ses éléments. Sphygmograpiiie. — La pénétration brusque de fondée ventriculaire dans le système artériel crée à forigine de ce système, dans la masse sanguine, un ébranlement ondulatoire qui s’étend progressivement tout le long des artères et va en s’atténuant peu à peu par suite des résistances vasculaires, pour disparaître tout à fait à la limite extrême des petits vaisseaux contractiles. C’est là fonde pulsatile et c’est la cause de ce soulèvement de la paroi artérielle par lequel est constitué et se définit le pouls.

Ces soulèvements ou battements réguliers résultent, on le voit, des variations cardiaques de la pression ou tension artérielle. La sensation de choc, éprouvée parle doigt qui déprime une artère, tient à la distension subite de celle-ci lorsqu’une ondée sanguine, poussée par le ventricule dans le système artériel, vient augmenter tout d’un coup la pression du sang dans ce système. A ce moment, l’artère, qui est élastique, se laisse dilater par cette augmentation de pression.

Il faut prouver que ce phénomène résulte bien, non pas du passage dans l’artère explorée du flot sanguin poussé par la systole ventriculaire, mais seulement du choc que le sang sorti du ventricule a transmis successivement aux colonnes de liquide placées au-devant de lui. Rappelons d’abord la comparaison faite par E. II. Wkber’ entre les ondes pulsatiles et les ondes formées à la surface de l’eau par la chute d’un corps. Quand un corps tombe dans une masse liquide, il détermine des ondes, visibles sous la forme de soulèvements désignés par le nom do vagues, qui progressent en s’éloignant du point où le corps est tombé; ces vagues ne sont nullement constituées par les portions liquides entrées en contact avec le corps en question et qui se seraient déplacées ; elles consistent en la propagation, sous forme de cercles de rayon croissant, de l’ondulation produite au point de chute. Si le corps tombe dans un liquide en mouvement, les ondes qu’il y produira se propageront indépendamment du mouvement du liquide. De même, fonde pulsatile, produite dans la colonne sanguine.se propage du centre àla périphérie, indépendamment du mouvement du sang . En effet, sa vitesse est ab.solument différente (voy. p. 433) de celle du sang luimême précédemment déterminée (p. 423). Ce n’est donc pas Y ondée ventriculaire qui passe sous le doigt éprouvant l’impression de la distension artérielle, c’est bien Vonde, la vibration produite dans la colonne sanguine.

La méthode graphique permet d’étudier dans lis détail la forme et les divers accidents de fonde pulsatile, dont le doigt ne donne qu’une connaissance très imparfaite.

1. E. H. Weber (17951878), célèbre physiologiste allemand, a fait de nombreux et très importants travaux sur la mécanique animale, sur la contraction musculaire, sur les mouvements de l’iris, sur la nature du pouls, sur la sensibilité tactile, etc.

CIRCULATION DANS LES ARTÈRES

Les appareils explorateurs du pouls sont appelés sphyginographes (de (tçvy[ji6î, pouls et y(;(içw, j’écris). Le sphygmographe le plus utilisé est celui de Marey, dont il existe deux modèles (sphygmographe direct [fig. 91 et 92], et sphygmographe à lra7ismission [fig. 93J). Les deux appa-

Fig. 91. — Schéma du sjihygniographe à ressort (d'après Markï).

AA, artère; — R, ressort qui la comprime; — C, couteau qui soulève le levier L; — O, centre de mouvement du levier.

reils sont des sphyginographes à ressort. Le bouton explorateur, appliqué sur le trajet de l’artère radiale, est fixé à un ressort qui, grâce à son élasticité, le maintient constamment en étroite solidarité avec l’artère.

Le sphygmographe à transmission, du même principe, permet de prendre des tracés pendant un long temps.

Il existe beaucoup d’autres modèles de sphygmographe.

Fig. 9i. — Sphygmographe de MAnsy.

L’instrument est appliqué sur le poignet, autour duquel il est tenu par un lacet. L’instru ment est essentiellement constitué par un ressort et un levier. Le ressort très flexible, fixé par une de ses extrémités, porte à l’autre extrémité une petite plaque d'ivoire qui doit reposer sur l'artère et la déprimer. Chaque pulsation de l'artère communique à cette jilaque de faibles mouvements qu'amplifie le levier très léger (en paille ou en aluminium), qui reçoit l'impulsion très près de son centre de mouvement.

Le sphygmographe fournit des tracés analogues à celui de la figure 94. Ce tracé ou sphygmogramme traduit la forme des variations

V30 CIRCULATION DU SANG

cardiaques de la pression artérielle ; il montre que l’onde pulsatile artérielle est complexe.

Fig. 9:!. — Sphygmographe à transmission de MAnKY, permettant l’inscription de la pulsation artérielle par l’intermédiaire d’un tambour a levier inscripteur situé à distance.

Il y a en effet à considérer une ligne d’ascension ab, un sommet b, une li-me de descente hcd. La ligne d’ascension ab est droite, presque verticale;

elle traduit la brusquerie de l’onde pulsatile née d'une pénétration soudaine du sang ventriculaire à l’origine du système artériel. Sa hauteur représente la force, c est-a-dire 1 amplitude du pouls. Le sommet b est aigu , c’est là l'indication que l’artère, brusquement distendue, réagit par une réaction également brusque. Toutefois, sur le pouls des artères assez voisines encore du cœur, telles que la carotide, on retrouve, au ni%eau b du sphygmogramme, la trace du plateau du cardiogramme. Ce plateau va s'attémuant de plus en plus, si bien que sur la radiale (fig. 94) il faut le rechercher minutieusement pour voir qu’il existe encore, mais très incliné, et que sa limite est représentée par le pointe. Toute cette première partie, abc, du sphygmogramme, qui représente l’onde primaire du pouls, correspond à la phase systolique de la révolution cardiaque.

A partir du point c commence la phase diastolique du pouls, correspondant à la décontraction ventriculaire et au repos du cœur. Un accident important se manifeste sur cette seconde partie de la ligne de descente du sphygmogramme; c’est l’ondulation d. Cette ondulation représente ce que l’on appelle onde secondaù'e ou dicrotisme du pouls^. Le dicrotisme est

1. A la suite de cette onde s’observent encore de légères ondulations, de signification moindre, et généralement négligées: ondes d'élaslicilé de Landois, représentant pour cet auteur des vibrations propres de l’artère pendant son retour à l'état d’équilibre premier.

CIRCULATION DANS LES ARTÈRES

parfois assez ample pour que le doigt le sente; c'est alors le pouls bis feriens de certains états pathologiques (fièvre typhoïde, par exemple). Mais, dans les conditions physiologiques, le dicrotisme n’est pas ressenti. Pour cette raison, son existence avait été niée et sa manifestation attribuée à un défaut des sphygmographes. La démonstration péremptoire de sa réalité se trouve sur les tracés hémautographiques (fig. 95) de Landois', Ces tracés sont obtenus par l’inscription même du jet de sang d’une artère sectionnée, que l’on reçoit directement sur le papier du cylindre enregistreur; ils montrent un dicrotisme très net.

Cette ondulation est donc bien un phénomène normal du pouls. Quelle en est la cause? ,

C’est une onde de même sens que l’onde primaire et qui prend également naissance à l'origine du système artériel. Elle naît au début de la diastole ventriculaire. A ce moment, sous l’influence de la décontraction cardiaque, le régime de haute pression qui régnait dans le ventricule gaucho, par exemple, pendant la durée de la systole, cesse tout d’un coup; la pression inlraventriculaire devient même négative (vide post-systolique). Dans l’aorte, au contraire, règne toujours une tension élevée. 11 survient donc une brusque différence de pression en amont et en aval des valvules sigmoïdes ; celles-ci tombent du côté de la moindre pression, c’est-à-dire se ferment., Mais l’effet de l’aspiration ventriculaire diastolique et de l’excès de

la tension artérielle ne s'exerce pas seulement sur les valvules sigmoïdes pour les fermer, il s’exerce aussi sur la colonne de sang située en aval de ces valvules. Cette colonne sanguine, dans son mouvement rétrograde, vient dès lors se heurter contre les valvules qui sont une barrière à sa pénétration dans le ventricule. Ce choc engendre à son tour une onde secondaire centrifuge. C’est cette onde qui constitue le dicrotisme. De fait, après la destruction des valvules sigmoïdes, le dicrotisme fait défaut dans le pouls de toutes les artères.

Retard du pouls sur la pulsation cardiaque. Vitesse de propagation de l'onde pulsatile. — Lorsqu’on palpe le pouls et qu’on ausculte le cœur

Fig. 95. — Tracé hémaiitographiqiie de l’artère tibiale postérieure du chien (Landois).

P, pulsation ; R, rebondissement dicrote; ee, ondes d’élasticité.

I. L. L. Landois (1837-1905), physiologiste allemand connu par d'excellents travaux sur le cœur, sur la pulsation ailérielle, sur 1a transfusion du sang, etc.

CIRCULATION DU SANG

simultanément, la pulsation artérielle paraît synchrone à la pulsation cardiaque et au premier bruit du cœur. En réalité, elle retarde sur la pulsation cardiaque. La méthode graphique permet d’évaluer

ce retard, variable pour les diverses artères, et d’en apprécier les éléments.

Les cléments du retard du pouls sur la pulsation cardiaque sont de deux ordres. Il y a d’abord un élément commun et de valeur uniforme pour toutes les artères, c’est le temps représenté par le relard essentiel du cœur ou période de mise en tension ventriculaire <voy. p. 371). On sait que, depuis le début de leur entrée en contraction, les ventricules mettent un temps appréciable à soulever les valvules sigmoïdes artérielles, à vaincre la pression qui pèse sur ces valvules et conséquemment à faire pénétrer l’ondée systolique dans le système artériel. Ce laps de temps, compris entre le début de la contraction ventriculaire et le moment où les valvules sigmoïdes sont soulevées, appelé quelquefois intervalle présphygmique (KeytI) (0'',04-0'',07), constitue un premier élément de retard de l’onde pulsatile sur le début de la pulsation cardiaque. Le second élément du retard du pouls est constitué par la vitesse de propagation de l’onde pulsatile dans le système artériel. Suivant l’éloignement du point considéré par rapport au cœur, le moment où se montre l’onde pulsatile sera variable et spécial à chaque artère.

Pour mesurer la vitesse de propagation de l’onde pulsatile, on recueille

Fig. oc. — Retard du pouls sur le cœur (d’après A. Wali.ek).

PC, pulsation cardiaque; — 1', inscription du tenaps en dixièmes de seconde.

La progression de l’onde pulsatile (retard du pouls) se fait :

1 — du cœur à la carotide en 10 centièmes de seconde.

2 — — radiale — 17 —

3 — — fémorale — 17 —

4 — — tibiale — 22 —

5 — — pédieuse — 25 —

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