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Circulation dans les veines

Le sang revient au cœur par les veines; la circulation dans ces vaisseaux se fait donc en sens inverse de la circulation dans les artères et dans les capillaires, c’est-à-dire dans une direction centripète. Les expériences de Harvey l’ont démontré ; une veine, liée ou comprimée, se vide de sang et s’affaisse du côté du cœur, tandis qu’elle se gonfle du côté périphérique; inversement, on voit, au moment où on cesse la compression, que le segment périphérique s’affaisse, par suite du départ du sang qui se précipite dans le segment central.

Quelle est la cause de cette progression du sang dans les veines? Faut-il la chercher dans les propriétés de ces vaisseaux?

1“ Propriétés des veines.

Les veines contiennent beaucoup moins de tissu élastique que les artères ; leur élasticité est donc moindre ; aussi est-elle aisément vaincue dans les points où agit souvent et longtemps une cause de distension. De là les varices des membres inférieurs. — En raison de cette faible élasticité, les veines sont très dilatables. Par suite, elles se prêtent à un facile écoulement du sang des capillaires et, outre leur rôle de conducteurs, jouent souvent celui de réservoirs (voy. p. 415).

Les veines sont contractiles; mais les fibres musculaires y sont irrégulièrement distribuées. Les contractions de ces vaisseaux sont faciles à constater; on peut, par exemple, voir les veines de la main se dégonfler et se contracter par immersion dans l’eau froide; un choc brusque sur une veine sous-cutanée y produit aussitôt une contraction à laquelle succède bientôt une paralysie amenant la dilatation du vaisseau ; une excitation électrique a le même effet.

De tout cela il résulte que les propriétés des veines ont peu d’effet sur la circulation veineuse.

2° Causes de la circulation veineuse.

On distingue une cause principale ou essentielle et des causes adjuvantes et des accessoires, très importantes néanmoins, de la circulation veineuse.

A. Cause principale Vis a tergo ou pression veineuse. —

Cettecause principale consiste en ce qui reste de l’impulsion cardiaque première, progressivement affaiblie par les résistances à l’écoulement du sang dans les artères et dans les capillaires. La pression du sang à l’origine de l’aorte, sensiblement égale à la pression intraventriculaire, s’est atténuée déjà peu .à peu, on l'a vu, sur tout le trajet du

CIRCULATION DU SANG

système artériel; puis dans les capillaires elle a subi une baisse considérable, en raison de la grande résistance créée par l’infinité de petits vaisseaux d’étroit diamètre résultant de la segmentation vasculaire. Dans les veines l’impulsion cardiaque, c’est-à-dire la pression qui la représente, n’a plus qu’une valeur de 5 à 15 millimètres de mercure. C’est là la force qui pousse le sang veineux, la vis a tergo, suivant une ancienne terminologie, qui assure essentiellement la circulation de retour. Quelque faible qu’elle paraisse, cette force peut en réalité suffire à la progression du sang dans les veines.

Chez un chien curarisé, privé par conséquent de respiration et de tout mouvement muscuiuire, et que l’on entretient en vie par la respii’ation artilicielle, on peut suspendre celle-ci à divers intervalles : la circulation veineuse continue à se faire sous l’influence de la seule pression ou vis a tergo, résidu de l’impulsion cardiaque, qui existe dans les veines.

B. Causes adjuvantes. Aspiration thoracique. Poussée abdominale. — Il y a une cause adjuvante dont le rôle est considérable, c’est l’aspiration thoracique, que renforce une autre cause, la poussée abdominale. Nous avons déjà eu l’occasion de dire ce que l’on entend par aspiration thoracique (voy. p. 377).

Pour se rendre compte de cette foi’ce, il est nécessaire et suffisant de considérer : 1° que le poumon est un organe élastique ; 2° que son élasticité n’est jamais complètement satisfaite, même en expiration, c’est-à-dire qu’il n’est jamais complètement revenu sur lui-mérae ; 3<> qu’il se trouvedans une cavité close. Il est clair, dans ces conditions, que le poumon, tendant constamment à revenir sur lui-mème en raison de son élasticité, exerce sur tout ce qui l’entoure, dans le milieu où il est contenu, une aspiration constante. Cette aspiration s’exerce naturellement avec le plus d’elTet sur les organes à parois faibles, très dilatables, comme les veines. L’expérience de Barry* (1825) suffit à le prouver : on introduit dans une des grosses veines du cou, sur un cheval, l’extrémité d’un tube coudé dont l’autre extrémité plonge dans un vase rempli d’un liquide coloré; on voit à chaque inspiration le liquide monter dans le tube, de telle façon que la veine finit par l’aspirer en quelque sorte complètement. Les gros troncs veineux intrathoraciques sont donc constamment maintenus dans un état de large béance ; ils se trouvent ainsi toujours gorgés de sang et la réplétion ventriculaire , aidée par ce fait, est constamment assurée. La distension veineuse, due à l’aspiration thoracique, constitue aussi un état de moindre résistance à l’écoulement^du sang, pour lequel une faible vis a tergo peut dès lors suffire. Il y a mieux encore. L’aspiration thoracique due aux poumons vai’ie nécessairement avec les variations de l’état élastique de

1. David Barry (1780-1835), médecin anglais. Son principal travail, Recherches expérimentales sur les causes du mouvement du sang dans les veines, fut publié en français, en i835, à Paris, où il avait travaillé. Il s'esL aussi beaucoup occupé des maladies des vaisseaux.

CIRCULATION DANS LES VEINES

ces organes ; elle croît et décroît comme la force de rétraction élastique pulmonaire. Or, celle-ci varie avec les deux temps de la respiration. Le poumon, plus distendu en inspiration, acquiert alors une lorce de rétraction élastique plus grande; en expiration, son état moindre de distension crée une force moindre de rétraction. L’aspiration thoracique subit donc un renforcement inspiratoire. Tandis qu’en expiration la valeur de 1 aspiration thoracique, qui représente celle môme de l’élasticité pulmonaire, est de 6 à 8 millimètres de mercure, sa valeur en inspiration atteint 30 et 40 millimètres de mercure. De ce fait, l’aspiration thoracique en inspiration n’est plus seulement une cause constante de moindre résistance h l'écoulement du sang, elle devient par ce renforcement inspiratoire une véritable force d’appel périodique pour le sang veineux.

Ici intervient un nouveau facteur qui facilite encore l’afflux veineux vers le thorax pendant l’inspiration ; c’est un phénomène qui se passe au même moment dans l’abdomen. Le diaphragme, en môme temps que sa contraction agrandit le thorax, refoule en s’abaissant les viscères abdominaux; il résulte de là une augmentation de la pression abdominale qui s’exerce sur tout le système des veines de l’abdomen, à la face externe de ces vaisseaux (Bertin^, 1756-1758). Par cette poussée abdominale le courant veineux est renforcé de l’abdomen vers le thorax; le sang, aspiré d’un côté, est simultanément poussé de ce même côté. Plus le diaphragme s’abaissera, plus par cela même l’aspiration thoracique sera énergique et plus sera renforcé le courant du sang veineux vers la poitrine.

L’influence de l’aspiration thoracique s’exerce très loin. Ce ne sont pas seulement les veines intrathoraciques ou de la base du cou qui la ressentent, ce sont encore les veines éloignées, telles que les principales veines des membres, l’humérale, la fémorale.

C’est grâce toutefois à certaines dispositions anatomiques que l’aspiration thoracique peut, par son renforcement inspiratoire, exercer une action d’appel efficace sur le sang des veines extérieures au thorax. Ces veines, comme la jugulaire, la fémorale, sont tenues constamment béantes par des expansions aponévrotiques qui fixent leurs parois aux tissus voisins. Dans certains cas, comme celui des veines hépatiques, leur paroi est adhérente au tissu de l’organe même qu’elles traversent. Ces dispositions assurent l’efficacité de l’aspiration thoracique. Si elles n’existaient pas, les veines extrathoraciques s’affaisseraient simplement sous l’influence de la dépression intravasculaire créée par l’appel inspiratoire. Au contraire, comme elles sont maintenues largement béantes grâce à leurs liens de fixité aponévrotiques, l’appel inspiratoire s’exerce efficacement sur le sang veineux extrathoracique aussi bien qu’intrathoracique. — En cas de blessure des veines dans certaines régions, de la veine jugulaire au cou, par exemple, lors d’une intervention chirurgicale, l’appel inspiratoire peut se traduire par une entrée d’air à l’intérieur de la veine, d’où des embolies mortelles, quand le sang spumeux est projeté dans les vaisseaux du bulbe ou dans les artères coronaires. L’entrée d’air dans une veine des membres ou même dans la jugulaire n’est toutefois pas nécessairement

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