E.-J. Bertin (1712-17S1), médecin et anatomiste français
CIRCULATION DU SANG
mortelle. L’injection lente de quantités d’air considérables dans les veines, chez le chien par exemple, est inolFensive. Seule, Yirruption brusque da l’air est dangereuse et peut amener la mort.
C. Causes accessoires. Aspirations systolique et diastolique cardiaques. Contractions musculaires. Battements des artères. Valvules veineuses. — D’autres causes agissent encore pour favoriser le retour du sang au cœur, mais celles-ci ne sont qu’accessoires, au sens propre du mot.
Indiquons d’abord l’influence de l’aspiration systolique et de l'aspiration diastolique du cœur sur le sang des veines en rapport direct avec les oreillettes. Cet effet a été décrit à propos de la réplétion cardiaque (voy. p. 375), on n’y reviendra pas.
Le rôle des contractions musculaires est à mentionner ensuite.
Il faut distinguer entre les effets d’une contraction permanente et ceux de mouvements successifs, qu’ils soient simplement intermittents ou qu’ils soient rythmés. La contraction permanente d’un groupe musculaire est une cause générale de résistance à la circulation du sang dans le segment auquel appartiennent les muscles contractés ; après l’expulsion première du sang contenu dans ce segment, il est évident que le gonflement musculaire comprime les vaisseaux et que le rétrécissement de ceux-ci qui résulte de cette compression augmente d’autant la résistance à l’écoulement du sang. Les contractions successives, simplement intermittentes ou rythmées, produisent seules un effet favorable sur la circulation veineuse, en amenant des chasses successives de sang hors du segment dont font partie les muscles contractés. C’est ainsi que la marche, la course, le saut favorisent la circulation veineuse par les mouvements alternatifs auxquels donnent lieu ces exercices, mais non point la contraction simple et maintenue du bras ou de la jambe.
L’efficacité des contractions musculaires intermittentes ne peut toutefois se manifester réellement ou pleinement que grâce à la présence des valvules veineuses. — Celles-ci ont, sans doute, un rôle par elles-mêmes. Disposées de telle manière que, sous l’influence d’un courant sanguin rétrograde, elles se redressent, obturent la lumière du vaisseau et empêchent le sang de retourner vers les capillaires, elles servent à soutenir, en les segmentant, les longues colonnes sanguines, comme, par exemple, la colonne veineuse du membre inférieur*. Mais les valvules sont encore un auxiliaire indispensable pLOur la manifestation de l’influence favorable du mouvement sur la circulation veineuse. Sans la présence des valvules, le sang cbassé pendant la contraction musculaire n’aurait pas de direction déterminée et, pendant le relâchement, la décompression veineuse
1. Rappelons qu’il n’y a point de valvules dans les veines des poumons, des reins, de l’utérus, du crâne, ni dans la veine porte.
CIRCULATION DANS LES VEINES
créerait un appel aussi bien en amont qu’en aval. Ce serait un véritable trouble circulatoire que détermineraient dans ces conditions les contractions musculaires. Au contraire, la présence des valvules assure, pendant la compression veineuse, le départ du sang du côté du cœur et, d’autre part, pendant la décompression veineuse, l’appel exclusif du sang périphérique dans le segment vidé.
Du reste, comme on le voit, cette disposition anatomique ne constitue pas une cause, à proprement parler, de la circulation veineuse, mais elle facilite celle-ci en s’opposant au retour du sang des veines vers les capillaires.
Enfin les battements des artères exercent une inlluence sur les veines voisines. La plupart des grosses veines étant unies aux artères correspondantes par un tissu conjonctif serré ou même étant renfermées dans une gaine commune, la paroi veineuse ressent le contrecoup des mouvements artériels. On a constaté en effet que toute dilatation artérielle donne lieu à une ondulation veineuse.
3“ Phénomènes intimes de la circulation dans les veines.
Pression et vitesse du sang.
La pression veineuse se mesure avec des manomètres comme ceux qui servent à mesurer la pression artérielle.
Comme la pression dans les veines est basse, ces manomètres ne sont pas chargés avec du mercure, mais avec une solution saline anticoagulante; la densité de cette solution étant connue, on peut transformer les valeurs obtenues en centimètres de mercure L — L’instrument est mis en relation avec la veine par un branchement latéral (tube en T), de manière que la circulation ne soit pas interrompue dans le vaisseau; sans cette précaution, c’est-à-dire si la canule était directement liée sur le bout périphérique d’une grosse veine, la pression s’élèverait progressivement et rapidement jusqu’au niveau de la pression artérielle, le sang continuant à affluer dans le segment veineux ainsi isolé sans pouvoir s’écouler latéralement.
La pression veineuse est très faible ; elle ne s’élève pas dans les veines périphériques à plus de 5 à 11 millimètres de mercure {5 millimètres dans la fémorale du chien ; 10 millimètres dans la crurale du mouton). Elle diminue de la périphérie au centre; dans les gros troncs veineux, voisins du cœur, elle ne dépasse pas0““,l à0““,6 de mercure et même y devient négative; ainsi, chez le chien, dans la jugulaire, la pression est nulle ou négative. C’est que dans ces vaisseaux se fait sentir au maximum l’influence de l’aspiration thoracique. Et l’on saisit bien ici tout le mécanisme de la circulation
1. Il sufflt pour cela de multiplier les chillres de pression par le rapport des densités delà solution anticoagulante et du mercure.
CIRCULATION DU SANG
veineuse ; le sang, poussé d’un côté par la légère pression veineuse, est attiié du même côté par les forces conjointes de l’aspiration thoracique et de l’aspiration systolique et diastolique du cœur.
La valeur de la pression veineuse dépend principalement des résistances à l’écoulement du sang veineux et du débit du sang dans les artères. Abstraction faite des obstacles qui peuvent se trouver sur le trajet même des veines, les résistances à l’écoulement, surtout pour les veines centreiles, sont réglées par le débit cardiaque. Si ces veines ont de la peine à se vider, alors la pression s’y élève; c’est ce qui arrive quand le cœur se ralentit ou s’arrête sous l’influence de l’excitation du pneumogastrique : le débit du cœur diminuant, le sang s’accumule dans le cœur droit et cette accumulation entraîne une élévation notable de la pression veineuse. Au contraire, celle-ci s’abaisse dans toutes les conditions où le retour du sang au cœur droit et l’évacuation de ce dernier sont facilités; c’est ce que l’on observe, par exemple, dans l’accélération du cœur consécutive à la section des pneumogastriques, le cœur vidant alors plus complètement le système veineux, si le débit cardiaque augmente dans l’unité de temps. Ces variations de la pression veineuse sous l’influence du débit cardiaque sont donc inverses de celles de la pression artérielle, puisque cette dernière augmente ou diminue suivant que le travail du cœur augmente ou diminue. — Quant au débit artériel, toutes choses égales du côté du cœur, il dépend des changements de calibre des artères (phénomènes vaso-moteurs); or, les artérioles se dilatant, la quantité de sang qui arrive dans les veines augmente et simultanément la pression s’y élève; les artérioles se resserrant, les veines reçoivent moins de sang et la pression s’y abaisse. Dans ces cas encore les variations de cette pression sont invei'ses de celles de la pression artérielle (voy. p. 413). On peut donc dire, d’une manière générale, que les conditions qui déterminent l’élévation ou l’abaissement de la pression artérielle font diminuer ou augmenter la pression veineuse.
Le tableau ci-dessous résume les variations de la pression veineuse en fonction des différents facteurs que nous venons d’examiner.
Pression veineuse.
La vitesse moyenne du sang dans les veines a été mesurée, comme dans lès artères, au moyen des hémodromomètres (voy. p. 422). Elle est un peu moindre que dans les artères correspondantes en raison du diamètre plus grand des veines; ainsi dans la jugulaire interne du chien elle est de 15 centimètres environ par seconde, tandis que dans la carotide elle est de 20 à 30 centimètres (p. 423). Mais, les veines étant plus larges, le débit du sang dans ces vaisseaux n’en est pas moins à peu près le même que dans les artères correspondantes. C’est là d’ailleurs la condition d’une circulation sans
Résistances à l’écoulement veineux
Débit artériel.
( (vaso-dilatation) i — (vaso-constriction)
CIRCULATION DANS LES VEINES
troubles : il faut que la quantité de sang que les veines ramènent au cœur soit égale à celle que le cœur chasse dans les artères.
4° Phénomène extérieur de la circulation veineuse. Pouls
veineux normal.
Le signe visible de la ciiculation veineuse est le pouls veineux. A l’état physiologique, on constate en eflet, mais seulement sur les veines voisines du C(jeur, telles que la jugulaire externe, un phénomène que l’on peut qualifier de pouls.
La figure 10b représente un tracé de pouls jugulaire, inscrit simultanément avec la pulsation cardiaque. La première ondulation, la plus importante, celle qui constitue le pouls veineux proprement dit, est due à la systole auriculaire, qui produit non pas un rellux, mais un temps d’arrêt dans l’écoulement du sang, d’où hausse correspondante de la pression veineuse. La deuxième et la troisième ondulations correspondent au début et à la fin de la systole ventriculaire. L’allure des- •eendante de la courbe générale correspondant à la phase systolique ventriculaire tient à l’aspiration propre créée par cette systole (voy.p. 375).
Fig. 105. — Schéma du pouls jugulaire normai PJ (l'HANcois- Franck).
1, soulèvement dû à la systole de l’oreilletlc 0; — en a, afTaissement qui commence à la diaslole de l’oreilletle et se continue jusque pendant la diastole ventriculaire VD, malgré deu.\ petits soulèvements 2 et 3, dont l'un est produit par la tension brusque du muscle ventriculaire, nu moment de la systole V.S avec le soulèvement de la valvule tricuspide et dont l'autre marque la tin de la systole ventriculaire; — en 4, gonflement terminal résultant de la réplétion graduelle du système veineu.v; — PC, pulsation cardiaque.
Pouls veineux pathologique. — Le pouls veineux pathologique, qu’on observe aussi sur la jugulaire, différa de celui qui vient d’être décrit. Dû à l’insulfisancc tricuspidienne, il tient au reflux auriculaire du sang que chasse la contraction du ventricule; dans ce cas, l’ondulation 2 prend une valeur prépondérante et sa hauteur dépasse le niveau de l’ondulation 1, produite par la systole de l’oreillette.
Gley. — Physiologie.
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