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I. Mécanisme général du fonctionnement des glandes

Le processus sécrétoire peut être divisé en deux phases l'une physique, l’autre chimique. ’

Iule glandulaire, au conli-aire, toujours celte substance sera expulsée au dphnr» pour aller exercer ses propriétés à distance de l'élément f^énératei r . (A ^

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Dans la cellule glandulaire, en effet, par filtration et par osmoso il entre des substances du milieu ambiant; c’est la sécrétion, au sens étymologique du mot; la cellule « choisit » dans le sang et en sépare diverses substances. Puis ces matériaux, elle les transforme en général ; c’est ici la phase chimique ; les produits de cette Iransformation s’accumulent peu à peu dans la cellule et deviennent apparents au microscope; la sécrétion^ (àq secretum) est formée. Il y a cependant des cellules glandulaires dont 1 activité est restreinte à la première phase et qui ne lont que sé[)aier du milieu ambiant diverses substances, inutiles ou nuisibles à l’organisme. Telles sont les cellules excréteuses, les cellules des reins y)ar exemple.

C’est tantôt du milieu extérieur, tantôt du milieu intérieur, tantôt même de l’un et de l’autre, que les cellules extraient les matériaux avec lesquels elles travaillent. Ainsi les cellules de 1 intestin prennent dans le contenu intestinal des matières assimilables; les cellules du rein prennent dans le sang les substances à éliminer de 1 organisme ; les cellules du poumon prennent au milieu aérien 1 oxygène en même temps qu’elles extraient du sang son acide carbonique.

Quant aux produits quelles ont élaborés, les cellules glandulaires ou bien les rejettent dans le milieu extérieur, comme font les cellules des reins ou des glandes sudoripares, ou bien les déversent dans le milieu intérieur, comme font les cellules de la glande thyroïde et tant d’autres. De la la distinction entre glandes à sécrétion externe et glandes à sécrétion interne*, conception très féconde dont on doit l’introduction dans la science à Claude Bernard (1855, 1859, 1867) et surtout à Brown-Séquard (1889-1891). — Il importe de noter tout de suite que la réalité d’une sécrétion interne ne peut être considérée comme définitivement établie que quand, dans le sang veineux de la glande étudiée, on a retrouvé le produit actif formé par cette glande (présence de glycose dans le sang sus-hépatique, d’adrénaline dans les veines capsulaires, de sécrétine dans les veines duodénales). Seul, pourrait tenir lieu de cette preuve nécessaire un ensemble lié de démonstrations physiologiques et thérapeutiques, comme celui qui a été fourni sur le rôle de la glande thyroïde.

1° Phénomènes généraux de l’activité glandulaire.

Pour déterminer le mécanisme de la sécrétion, il faut analyser l’ensemble des phénomènes qui le constituent.

1. On voit que ce mot a deux acceptions différentes, suivant qu’il désigne l'activité glandulaire elle-même, le pouvoir sécréteur de la cellule, ou bien 1© produit de cette activité, le matériel sécrété.

a. Sur le rôle général des produits sécrétés par ces glandes, voy. p. ii83.

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A. Phénomènes histologiques. — On a admis pendant longtemps avec Ranvier que les cellules glandulaires se divisent en deux classes ; dans le premier groupe dit des glandes olocrines (de oXo?, entier ; glandes à fonte cellulaire totale), telles que la glande mammaire, les glandes sébacées de la peau, le produit de la sécrétion était considéré comme résultant de la destruction complète des cellules ; dans le second groupe, dit des glandes mérocrines (de [Aepoç, partie, parce qu’une partie seulement de la cellule devient produit sécrété), telles que les glandes salivaires, le foie, le rein, etc., les cellules sécrétantes élaborent une substance spéciale qui forme le produit sécrété, mais elles subsistent, diminuées seulement de volume. En réalité, « il ne peut y avoir sécrétion olocrine au sens ancien attaché à ce mot. 11 est certain cependant qu’une partie plus ou moins considérable de la cellule peut tomber, être éliminée et constituer le produit glandulaire... Mais ces parties cellulaires tombent comme... des fruits mûrs et ce qu’elles emportent avec elles ne fait plus partie intégrante et vivante de la cellule et n’est plus qu’un produit. De telles cellules ne sont olocrines que parce qu’elles sont complètement mérocrines, et que l’élimination glandulaire s’y opère tout d’un bloc au lieu de se faire en détail.

« 11 n’y a donc au fond et essentiellement qu'un seul processus de sécrétion : la transformation graduelle de la substance cellulaire, passant par plusieurs états, dont le dernier est le produit sécrété ■définitif »

Quels sont les faits caractéristiques de ce processus ?

1° Les plus importants consistent en des modifications du protoplasma glandulaire . Dans les cellules de diverses glandes on a décrit des filaments particuliers, situés dans leur partie basale, filame7its basaux ou ei'gastoplasme (de ép-cà^ogat, j’élabore) ou proloplasma élaborateur, colorable électivement par les couleurs basiques d’aniline. Ces filaments, qui font partie du cytoplasme, précèdent l’apparition du produit de sécrétion et c’est peutêtre à leurs dépens que se forme ce produit. D’autres formations, les mitochondries (voy. p. 286), ont été décrites dans les cellules glandulaires comme d’ailleurs dans beaucoup d’autres cellules; ces formations seraient en rapport avec l’activité sécrétoire de l’élément glandulaire*. D’autre part, le noyau de la cellule présente des changements de forme et de coloration. Toute la cellule, cyto et karyoplasme, est donc active dans le processus sécrétoire.

2° Les autres faits consistent dans la production et le dépôt du matériel sécrété. On a reconnu l’existence, dans un grand nombre d’éléments glandulaires, de grains ou granulations qui grossissent peu à peu et acquièrent

1. A. Prenant, P. Boum et L. Maillard, rraz7éd'/i/s/o/o(7/e, t.Lp.^go, Paris, 1904.

SI. Cf. sur ce sujet A. Prenant ; Les mitochondries et l'ergastoplasme (d. de l’anal, el de la phijsiol., 1910, XLVI, p. 217-285).

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leur nature chimique, albuminoïde ou graisseuse ou autre, et tombent dans les mailles du réseau cellulaire. A ce moment le produit est parfait. Le noyau de la cellule, dans beaucoup de cas, contribue aussi à la formation de ce matériel, puisque celui-ci contient souvent des corps, comme le fer et le phosphore, qui ne sont abondants que dans le noyau ; on a d’ailleurs constaté directement que celui-ci abandonne une partie de sa substance au produit de sécrétion.

3° Le produit de sécrétion formé doit devenir libre à l’intérieur de la cellule. Pour cela les grains se frayent un passage à travers la couche périphérique ou la bordure ciliée de la cellule, ou bien ils se dissolvent à l'intérieur des cellules et s’en échappent à l’état liquide. C’est ici le mécanisme de Y excrétion cellulaire que les histologistes ont très bien étudié;, ce n’est plus de la sécrétion, à proprement parler.

En somme, il se fait dans le proto|)lasma glandulaire une élaboration ou transformation qui accumule dans la cellule la substance propre à la sécrétion correspondante (graisse, mucine, ferments albuminoïdes divers), ou tout au moins un produit qui représente un degré avancé de transformation des albuminoïdes du sang en. cette substance caractéristique; puis c’est au moment où la glande manifeste extérieurement son activité par l’abondant écoulement de son produit, que les cellules sécrétantes empruntent au sang unequantité plus ou moins considérable d’eau, avec laquelle elles font passer, dans la cavité centrale des culs-de-sac glandulaires, cette substance caractéristique, en la laissant échapper soit par exosmose (il ne faut pas attribuer une valeur bien précise à ce mot exosmose appliqué à des cellules qui n’ont peut-être pas de membrane cellulaire distincte), soit par déhiscence et fonte d’une partie du corpscellulaire.

Il se passe donc dans les cellules glandulaires deux actes correspondant à ce qu’on peut concevoir en général pour les phénomènes de nutrition de tous les éléments anatomiques. Dans le premier acte, qu’on pourrait dire d' assimilation, le protoplasma de la cellule élabore de nouveaux composés ; dans le second, qu’on pourrait dire de désassimilation, il cède ces nouveaux composés, et le liquide sécrété prend ainsi naissance. Cette double série de phénomènes se conçoit très bien pour les glandes à sécrétion intermittente, comme celles de l’estomac et sans doute celles de l’intestin ; pour les glandes à sécrétion plus ou moins continue, il est fort probable que les mômes modes d’activité ne se manifestent pas simultanément dans toutes les parties de la glande, c'est-à-dire que, grâce à une certaine alternance dans les fonctions des culs-de-sac voisins, l’épithélium des uns est en travail d’assimilation, tandis que celui des autres est en travail de désassimilation, en donnant à ces deux e.xpressions, appliquées aux glandes, le sens ci-dessus indi(iué.

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B. Phénomènes physico-ehiniiqiics. — Ce sont ici, comme on l’a montré tout à l’heure (p. 596), les phénomènes essentiels du mécanisme sécréteur. Ce sont aussi les plus difficiles à connaître. Le problème de la sélection chimique signalé p. 72 est particulièrement saisissant dans les éléments glandulaires. Comment se fait-il que les capillaires de la glande mammaire laissent passer la chaux du sang en quantité beaucoup plus grande que les autres capillaires, que ceux de la glande thyroïde laissent passer l’iode du sang, que l’acide chlorhydrique ne soit formé que dans les cellules de la muqueuse gasti icjue, etc.? Toutes questions auxquelles permettraient seules de répondre la connaissance approfondie de la nature de cho(]ue membrane glandulaire et de ses propriétés et celle des propriétés des plasmas péri et endocellulaires et de toutes les conditions qui régissent leurs échanges réciproques.

Laissons de côté ce problème encore difficilement abordable.

En ce qui concerne les processus chimiques qui se passent à l’intérieur des cellules et qui aboutissent à la formation de principes spécifiques, on ne peut les étudier d’une manière générale, puisqu’ils diffèrent pour chaque glande, suivant la nature même des produits que chacune élabore. A propos des diverses glandes digestives, on a déjà vu des types de cette activité chimique spéciale.

L’excrétion des substances formées dans les cellules s’accompagne de manifestations que l’on retrouve plus ou moins marquées dans toutes les glandes : absorption d’une plus grande quantité d’oxygène, pi'oduction d’une plus grande quantité d’acide carbonique, augmentation de la température de l’organe, qui devient supérieure à celle du sang arrivant à la glande, changement d’état électrique. Ce dernier phénomène consiste en l’augmentation ou le renversement du courant électrique que l’on constate dans les glandes « en état de repos » et qui va de la surface libre de ces organes à la profondeur.

Tous ces faits montrent l’importance delà consommation d’énergie qui s’effectue dans les cellules glandulaires quand celles-ci mettent en liberté les produits de leur fonctionnement.

Travail des glandes. — Tout acte sécréteur comprend deux grandes phases : l® l’élaboration de substances spécifiques dans le protoplasma glandulaire; 2° la production d’un courant liquide qui, traversant le protoplasma, entraîne au dehors ces substances. L’intégrité et l’activité de l’épithélium glandulaire ne paraissent pas moins nécessaires à l’accomplissement de la seconde jihase qu’à celui de la première. Remarquons en effet que cet épithélium a à séparer d’un liquide commun, la lymphe, des liquides qui peuvent être idus concentrés, comme l’urine, ou moins concentrés, comme

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la salive (\oy. p. 78), et qu’une telle séparation constitue un travail osmotique important; ce travail serait-il possible sans l’intégrité de l’élément actif?

C’est même en comparant la concentration moléculaire des sécrétions à celle du sérum sanguin que l’on peut avoir une idée du travail des glandes. La première phase de l’acte sécréteur, celle de l’élaboration des substances s[)écitiques, échappe encore à toute mesure énergétique.

Parmi les liquides allotoniques (voy. p. 19] il en est dont le point de congélation est supérieur, et d’autres dont le point de congélation est inférieur à celui du sérum. Force est, dans l’un et l’autre cas, d’admettre une intervention active du protoplasma glandulaire qui enlève au plasma sanguin soit une grande partie de ses sels, soit une grande partie de son eau ; dans ce second cas il se fait une sorte de distillation incomplète de l’eau du sang. Une quantité variable d’énergie est nécessaire pour faire passer ces diverses substances à travers la membrane épithéliale. Cette activité cellulaire, dont le mécanisme n’est d’ailleurs pas encore complètement connu (voy. p. 80), représente donc un véritable travail que l’on peut évaluer en kilogrammètres.

C. Phénomènes circulatoires. — Quand les glandes expulsent le produit de leur sécrétion, la circulation y est beaucoup plus active; elles reçoivent dans l’unité de temps beaucoup plus de sang. U y a là une condition importante de leur activité, puisque les produits de la sécrétion doivent être, au moment de l’excrétion cellulaire, dissous dans une grande quantité d’eau et que cette eau provient du plasma sanguin. On a vu, à propos des glandes salivaires (p. 173- 175), un bel exemple des rapports entre la circulation et la sécrétion. Et c’est là une donnée générale.

La quantité de lymphe qui revient des glandes en activité est, en général, augmentée (voy. p. 497).

2° Causes de l’activité glandulaire.

Les glandes entrent en activité sous deux grandes influences, celle d’excitants chimiques et celle du système nerveux.

1. Les excitants chimiques normaux sont, en général, différents pour chaque glande; chacune, en effet, est mise en action par une ou plusieurs substances déterminées dont le rôle est spécifique. Exception doit être faite pour les albumoses qui, nous l’avons dit (p. 222), provoquent à peu près toutes les sécrétions. — 11 n’y a pas à parler ici, bien entendu, des substances toxiques, telles que la pilo-

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carpine, la physostigmine, etc., qui, introduites dans 1 organisme, agissent sur les glandes.

2. Les glandes reçoivent des nerfs qui se terminent à la surface des cellules sécrétantes. L’activité de ces nerfs, dit excito-sécréteurs, est, à l’état normal, mise en jeu par des réflexes divers; on a vu, en particulier, à propos de la sécrétion salivaire (p. 184) et de la sécrétion gastrique (p. 207), l’importance des excitations psychiques. — Il importe au plus haut point de remarquer que les nerfs glandulaires communément étudiés ne sont pas en réalité des nerfs sécrétevrs, au sens exact qu’il faut donner au mot sécrétion (voy. p. 59S), mais seulement des nerfs excréteurs, commandant à l’excrétion cellulaire et à l’excrétion glandulaire*; ce sont de véritables nerfs moteurs, puisqu’ils provoquent le déplacement, le mouvement d'un fluide.

Existe-t-il des nerfs proprement sécréteurs, c’est-à-dire commandant à la sécrétion elle-même, à cette activité épithéliale spécifique qui aboutit à la formation dans les cellules de matières spéciales [fibres frop/iigues de Heidenhain)? Cette question, difficilement soluble à l’heure présente, a été posée lorsqu’il a été traité de l’innervation de la glande sous-maxillaire (voy. 180) et de l’innervation du pancréas (voy. p. 237).

Nerfs fréno-sécrêteurs. — S’opposant aux nerfs excito-sécréteurs il «n est d’autres, dits fréno-sécre'teurs, dont l’excitation provoque l’arrêt d’une sécrétion. L’existence de tels filets fréno-sécréteurs, qui se trouvent confondus avec leurs antagonistes dans les mêmes troncs sympathiques, a été démontrée pour les glandes sudoriparcs, pour quelques glandes sébacées et pour la glande lacrymale. — La question a été posée de savoir si ces phénomènes d’arrêt sécrétoire sont bien dus toujours à 1 excitation de conducteurs nerveux spéciaux ou s’ils ne consistent pas parfois simplement en des « actions suspensives » s’exerçant par les mêmes conducteurs que les actions excito-sécrétoires et se produisant suivant des conditions déterminées, relatives soit à l'état même de ces conducteurs, soit à l’état des organes glandulaires. En fait, par exemple, on a montré que l’excitation des nerfs excito-sécréteurs de la glande sous-maxillaire reste inefficace ou provoque même un ralentissement ou un arrêt de la .sécrétion quand la glande a été préalablement mise en pleine activité Le sens des réactions ne tiendrait donc pas à, un mode d’activité spécial d’appareils nerveux distincts les uns des autres; mais pour qu'une glande répondît activement à une excitation nerveuse, il faudrait qu’elle fût sinon à l’état de repos, du moins dans un état de sécrétion modérée ; dans l’état

1. On continue cependant à employer l’expression de nerfs sécréteurs, qui a pour elle la force de l’usage.

■J. E. Gley, Arch. de physioL, x88g, 5« série, 1. 1, p. i5i-i6â.

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inverse, c’est-à-dire en condition de sécrétion exagérée, la môme excitation pourrait amener une diminution ou une suspension de cette sécrétion.

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