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Ch. Richet, DicUonn. de physiol., article Foie, p. C

FONCTION GLYCOGÉNIQUE DU FOIE

Chez les Mollusou js et les Crustacés le sang, en général, ne contient pas (le fer (il est remplacé souvent par le cuivre [voy. p. 315]), et cependant le foie en contient beaucoup et cette teneur du tissu hépatique en fer est indépendante des conditions extérieures; le métal s’élimine par la sécrétion biliaire ou sert à la constitution de la co<iuille (chez l’escargot) ou à la constitution des œufs, et sa réserve se reconstitue par l’alimentation. Aussi cette relation générale du foie avec le fer peut-elle être érigée en fonction spéciale, la fonction martiale (A. Dastre, 1897-98).

Quelle serait la signification de ce fer indépendant des transformations hématiques? D.astke a émis l’hypothèse que ce métal, en sa qualité d’agent oxydant, favoriserait les combustions organiques qui s’effectuent dans le foie.

3“ Fixation et formation d’hydrates de carbone par le foie.

Fonction glycogénique.

La principale réserve d’hydrocarbonés de l’organisme se trouve dans le foie. En découvrant dans cet organe une matière analogue à l’amidon des plantes et en montrant que les animaux comme les végétaux peuvent former du sucre, Claude Bernard établit un fait de la plus haute portée, tant au point de vue de la médecine que de la physiologie générale.

On savait (Tiedemann ‘ et Gmelin, 1826) que le sang contient du sucre. D’où provient ce sucre?

A. Le foie, organe formateur de glycose. — Le sucre du sang provient du foie. Voici par quelle série de brillantes expériences (1848-1855) Claude Bernard le démontra, démonstration qui, à l’époque, suscita un étonnement et un intérêt extraordinaires ; c’était là le premier exemple d’une réaction synthétique dans l’organisme des animaux

1° Le sang qui sort du foie par les veines sus-hépatiques contient beaucoup plus de sucre que le sang de la veine porte, sauf après un repas très abondant en hydrocarbonés, auquel cas le sang porte est plus riche : le sang sus-hépatique contient du sucre, alors môme qu’on n'en trouve point dans le sang porte; il en contient par exemple chez un animal à jeun ; il en contient même quand les animaux d’expérience reçoivent une nourriture débarrassée de sucre.

2° Le foie, quelle que soit l'alimentation, contient une quantité de sucre

(. Fr. TiedemaniN (1781-1861), physiologiste allemand, ancien professeur à TUniversilé de Heidelberg (voy. p. 267, note 2).

2. Il est curieux de remarquer que la sécrétion du sucre de lait, chez les femelles de Mammifères, n'ait pas suffi à attirer l'attention dans ce sens, avant les recherches de Cl. Bernard.

NUTRITION

rclaUvcnient considérable * ; les autres organes n en contiennent pas. Mais cette teneur du foie en sucre varie suivant le moment où l’on examine 1 organe ; celui-ci, au moment de la mort, contient beaucoup moins de sucre que quand on l’examine le lendemain. C’est que, comme la mort met fin à la circulation du sang, le sucre qui continue à se former dans le foie ne peut plus en être enlevé ; il s’y accumule donc. Si, tout de suite après qu’on a sacrifié un animal, on fait passer par la veine porte, à travers le foie, un courant d’eau qui ressort par les veines sus-hépatiques (opération du lavage du foie], on entraîne, avec celte eau, tout le sucre qui se trouvait dans l’organe ; au bout de quarante minutes de ce lavage on constate que l’eau ne ramène plus de sucre ; mais le foie, abandonné à lui-même pendant vingt-quatre heures, donne, si on le fait bouillir avec de l’eau, une liqueur riche en sucre. Il s’est donc formé du sucre dans le foie aux dépens d’une substance qui y préexistait et qui est difficilement soluble dans l’eau. Telle est la célèbre expérience du foie lavé.

3° Si le foie préalablement lavé est ensuite soumis à la coction, il ne s’y forme plus de sucre. De là l’opinion, émise par Claude Bernard, que la formation du sucre consiste en un phénomène de fermentation.

Origine de la glycose du foie. — 11 doit y avoir dans le foie une substance qui donne naissance à la glycose. Dès 1855, Claude Bernard, supposant la nature de cette substance, l’appelait une sorte de fécule animale Mais ce n’est que deux ans plus tard, en 1857, qu’il parvint à l’isoler et à l’extraire du foie et qu’il lui donna le nom de glycogène.

On peut extraire du foie une diastase qui agit sur ce glycogène, l’hydrate et le transforme en glycose, sans doute d’après l’équation ;

H- nH*0 = nC*lD*0®. Cette diastase opérerait donc un dédoublement plus profond que les amylases salivaire et pancréatique dont l’actiop s’arrête à la formation de maltose. On suppose généralement que tel est, sur l’animal vivant, le mécanisme suivant lequel se produit la glycose dans le foie. ■

B. Le foie, organe formateur de glycogène. — Le foie contient donc un hydrate de carbone, analogue à l’amidon ; il est facile de le prouver.

1° On peut retirer du foie de tous les animaux cette matière, la purifier t*t en déterminer les propriétés (voy. p. 24). Si on la fait bouillir avec un

1. On trouve en général 2 à 4 P- looo de glycose dans le foie, alors que le sang n’en contient que i à i,5 p. lOoo.

2. Après que Bernard eut isolé le glycogène, on proposa aussi de l'appeler amidon animal (M. Schiff) ou zoamyline (Ch. Rouget*).

* Ch. Rooget (1824-190 i), anatomiste et physiologiste français, ancien professeur à la Faculté de médecine de .Montpellier, puis au -Muséum d''htstoire naturelle, très connu par ses reche rches sur l’appareil irido-choro'idien, sur le tissu et les organes érectiles, sur les terminaisons nerveuses motrices, sur la contractilité musculaire, etc.

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acide minéral étendu, elle s’hydrate et se transforme finalement en glycose. Soumise à l’action de l’amylase salivaire ou pancréatique, elle se transforme en maltose.

2° On peut caractériser la matière glycogène à l’intérieur même des cellules hépatiques. Il suffit de traiter par la liqueur iodo-iodurée (p. 24) un fragment de tissu hépatique préalablement dissocié pour voir au microscope apparaître des masses amorphes de couleur brun-acajou mélangées au protoplasma et plus ou moins abondantes. Dans le foie des animaux îi jeun depuis longtemps on n’observe pas cette réaction et de ces mêmes foies on ne peut retirer de glycogène.

La quantité de glycogène du foie est très variable. Chez des chiens et des lapins bien nourris et recevant une nourriture abondante en hydrates de carbone, on en trouve en général 10 p. 100 du poids de l’organe frais et même plus*. Chez des animaux qui ont une nourriture moins riche on n’en trouve en général que 3 à 4 p. 100. — Le glycogène paraît être uniformément réparti dans tout le foie. Les différences que l’on a pu constater dans la teneur des divers lobes de l’organe seraient dues aux quantités inégales de tissu conjonctif mêlé au tissu hépatique (d’après les analyses d’un élève de Pflügeii, K. Grube, 1903). — Le travail musculaire fait diminuer rapidement le glycogène du foie (ainsique celui des muscles). 11 en est de même du refroidissement. Dans ces deux cas tout le glycogène disponible de l’organe se transforme en glycose pour subvenir à la dépense énergétique ou à la consommation de chaleur. — Lejeune fait disparaître à la longue tout le glycogène du foie.

On a trouvé dans le foie de l’homme, une et deux heures après la mort (sur des suppliciés), 2 à 4 p. 100 de glycogène (d’après une analyse de E. L\mbling et deux analyses de L. G.^rnier, 1897 et 1905).

Origines du glycogène. — Avec quels matériaux la cellule hépatique forme-t-elle cette substance?

1» En premier lieu avec les hydrates de carbone alimentaires. Nous savons que les matières amylacées se transforment, sous l’action de l’amylase salivaire et de l’amylase pancréatique, en maltose et que celle-ci et les sucres qui font usuellement partie de l’alimentation, le sucre de canne et le sucre de lait, sont transformés en glycose respectivement par la maltase, la sucrase ou la lactase. La glycose, qui est ainsi le résultat définitif de la digestion intestinale, est absorbée et portée au foie. Et le glycogène en provient, par simple déshydratation ; — H^O =

En effet, 1“ l’ingestion de féculents ou de sucre augmente dans une

i.ScuôNDORFF (1900), dans le laboratoire de Dfi.Ocer, a trouvé chez des chiens un ma.vimum de 18,69 p. loo.

Glev. — Pliysiologie.

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forte proportion le glycogène hépatique ; chez des lapins recevant de l’amidon ou du sucre de canne ou du sucre de raisin, on a trouvé dans le foie jusiiu’à 1" p. 100 de glycogène ; — 2“ on peut démontrer directement cette origine : on établit dans un foie isolé (de chien ou de lapin) une circulation artificielle avec du sang défibriné auquel on a ajouté une proportion déterminée de glycose; après le passage de ce sang, on constate que la teneur du foie en glycogène est plus forte qu'au moment où l’on a commencé l’expérience (le dosage témoin ayant été fait dans un lobe séparé à ce moment môme). On peut faire la même expérience sur le foie d’un chien préalablement soumis au jeûne pendant vingt jours au moins; on s’assure que ce foie ne contient plus de glycogène; puis on y fait passer pendant deux heures du sang défibriné additionné de glycose ; au bout de ce temps on y trouve une petite quantité de glycogène , <j“ autre

preuve directe ; chez des chiens porteurs d’une fislule d'Eck^ (communication artificielle entre la veine cave inférieure et la veine porte, après ligature de celle-ci à son entrée dans le foie [voy. plus loin, p. 626]) etauxqueis on fait ingérer du sucre, on trouve dans les urines une portion de ce sucre, variant de 12 à 24 p. 100 (expériences de Popielsk»2); c’est donc au moins cette quantité que, chez les animaux normaux, lè foie retient et transforme en glycogène.

Les hydrates de carbone avec lesquels se forme du glycogène so 11 nomlx-eux; ce sont la glycose, la galactose et la lévulose parmi les monosaccharides, la saccharose, la maltose et la lactose paimi les disaccharides, mais après transtormation par les sucs digestifs, les pentoses seraient aussi une source de glycogène (voy. p. 20)3. n est très remarquable que la lévulose, qui dévie à gauche la lumièie polarisée, soit transformée dans le foie en glycogène qui dévie la lumière polarisée à droite. C’est surtout avec la glycose et la lévulose et, d’autre part, avec la saccharose et la maltose que la production de glycogène est abondante.

2» On a considéré les matières protéiques comme étant une autre source de glycogène. Voici les principales raisons invoquées en faveur de cette opinion.

1. Des chiens soumis au jeûne absolu pendant une vingtaine de jours, de façon à débarrasser autant que possible leur foie du glycogène qu i contient, reçoivent, au bout de ce temps, une alimentation exclusivement carnoe, et on a soin de faire bouillir la viande qu’on leur donne pour la dépouiller du glycogène qu’elle contient. On a fait la même expérience en donnant aux animaux, au lieu de viande, des albuminoïdes pures, telles que de la fibrine ou de la gélatine. Après trois ou quatre jours de ce régime, on sacrifie les animaux et on trouve dans le foie 3 à 4 grammes p. 100 de glycogène. Mêmes expériences avec le même résultat sur des

1. N.-V. Eck, médecin russe de la seconde moitié du xix' siècle

2 Professeur à l'Universilé de Lemberg.

3 Ce fait paraît actuellement très contestable. De même, l’arabinose ne pourrait donner de glycogène. Il en serait de même aussi de la glycosamine.

FONCTION GLYCOGÉNIQUE DU FOIE

poules ; un jeûne de six jours suffît, en général, pour que le foie de ces animaux ne contienne plus de glycogène ; on les nourrit alors avec de la viande bouillie et pressée, de façon à en exprimer tout le glycogène, et, quand on les sacrifie au bout d’une huitaine de jours, on trouve dans le foie jusqu’à 3 gr. 5 p. 100 de glycogène.

Mais Pflüger a vivement contesté que le glycogène pût provenir des albuminoïdes. Entre autres choses, il fait remarquer que beaucoup de substances considérées comme des albumines véritables sont en réalité des combinaisons d’albumine (Pavv , 1894) ; par hydratation ces glycoprotéines donnent de l'albumine et du sucre aux dépens duquel se forme le glycogène. Les protéiques ne produisent du glycogène qu'autant qu'ils jprésentent dans leur molécule un groupe hydrocarboné. Ainsi sur des grenouilles à jeun depuis longtemps, auxquelles on donne de la caséine pure (protéique privé de noyau hydrocarboné), on ne constate pas de formation de glycogène (expérience de Sciiôndorff).

. 2. On a pensé résoudre la question en étudiant la formation du sucre ■dans le diabète, soit chez l’homme, soit chez l’animal à la suite do l’e.xtirpation complète du pancréas ou de l’injection de phloridzine-. On observe •en effet, dans ces diverses formes de diabète, une élimination considérable de glycose (les urines en contiennent souvent plus de 100 grammes par jour), môme quand l’alimentation est exclusivement carnée. Il résulte de là qu’il peut se produire de la glycose dans l’organisme aux dépens des albuminoïdes, mais il n’en résulte pas que cette glycose ait d’abord nécessairement passé par la forme glycogène. Cette remarque est d’autant plus justifiée que le foie des diabéfiques paraît avoir perdu la propriété de ■faire du glycogène.

On voit donc que la question de l’origine du glycogène aux dépens des matières protéiques présente encore des obscurités. Il convient d’ajouter cependant que la plupart des physiologistes admettent actuellement cette origine. Mais on a, dans ce cas, à expliquer comment la molécule albumine peut fournir du glycogène. 11 devient de plus en plus sûr qu’il peut se former de la glycose, donc du glycogène, aux dépens des acides aminés (alanine, leucine, etc.) qui constituent une fraction si importante de la molécule des protéiques.

Ainsi des chiens diabétiques (par extirpation du pancréas) éliminent plus de sucre quand on leur fait ingérer les acides aminés constituants des matières protéiques, tels qu alanine, glycocolle, etc. Dans ce cas l’alanine

1. Fr. W. Pavy, médecin et physiologiste anglais contemporain, connu surtout par ses recherches sur la physiologie du foie et sur le diabète.

2. La phloridzine C*'Iinoi» est un gtycoside extrait de la racine de divers arbres

fruitiers (poiriers, pommiers, pruniers). Si l’on en fait ingérer à des chiens 1 gramme par kilogramme, l’urine de ces animaux contient de lo à 12 p 100 de glycose; la glycosurie cesse avec l’administration de la phloridzine (J. vois Meriisg, 1886-1888). L’ingestion de phloridzine détermine aussi le diabète chez 1 homme (J. von xMering). L’injection sous-cutanée la produit chez le lanin le poulet, la grenouille (Max Cremer*, 1898). ’

* .Max Cremfr, physiologiste allemand contemporain.

fournit de l’acide lactique (voy. p. C2T) avec lequel l’organisme produirait synthétiquement de la glycose. De fait, l’injection sous-cutanée de lactate de soude augmente la quantité du sucre excrété cliez des chiens sans pancréas. — Ce sont là tout au moins des données à retenir en faveur de la théorie do la formation du sucre par désamination (voy. p. 630).

3° Reste une troisième source de glycogène. En ‘comparant à celle des sucres la formule des graisses neutres, on voit que par fixation d’oxygène celles-ci peuvent engendrer les premiers. Mais les expériences par lesquelles on a essayé de montrer la réalité de cette transformation dans et par le foie ne sont pas actuellement suffisantes. D’ailleurs on a constaté que, chez des chiens préalablement inanitiés et recevant ensuite pendant plusieurs jours une grande quantité de graisses, il ne se reforme pas de glycogène dans le foie ; la teneur de cet organe en glycogène continue au contraire à diminuer, comme dans l’inanition (Cn. Bolchard et A. Desgrez, ,1900).

G. Helatioii entre le grlycogène et la glycose du foie. — L’expérience du lavage du foie rapportée plus haut établit cette relation. Des dosages comparatifs de ces deux substances dans le foie extrait de 1 organisme en ont montré toute la rigueur; il \ a parallélisme entre la disparition du glycogène et la production delagljcose: la quantité produite de celle-ci correspond nettement à la quantité de glycogène disparu. D autre part, dans un foie isolé, préalablement dépouillé de son glycogène (par l’inanition ou par le travail musculaire), il ne se produit pas de glycose.

D. Relation entre la glycose alimentaire, le glycogène hépatique et la glycose du sang. — On a vu que la principale source du glycogène hépatique est la glycose qui provient des aliments. Et on sait, d autre part, que la glycose du sang provient du glycogène du foie. Ainsi cette matière apparaît comme la forme sous laquelle les hydrates de carbone sont emmagasinés dans l’organisme et la glycose comme la forme sous laquelle ils sont utilisés. La preuve de ces relations réciproques entre glycose et glycogène a été donnée par Claude Bernard.

Si 1 on injecte sur un chien ou sur un lapin une solution de glycose par une veine de la circulation générale, ce sucre, pour une concentration donnée de la solution, passe dans les urines ; il y a glycosurie. Si cette même injection est faite jiar une branche de la veine porte, le sucre ne passe pas dans les urines. Ce n’est pas le sang de la veine porte, ajoute .laude Bernard, qui détruit le sucre en plus grande proportion, c’est le foie qui agit comme organe spécial pour retenir le sucre. En effet, si l’on détermine chez des chiens l’oblitération lente de la veine porte à l’entrée du loie au moj^en dune traction graduée s’exerçant par une ligature

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autour du vaisseau, et que, quelque temps après l’opération, on mette ces animaux à un régime féculent ou sucré, on trouve pendant la digestion une quantité notable de glycose dans les urines. Qu’est-il arrivé? A la suite de cette oblitération, la circulation complémentaire s’organise par les anastomoses qui relient les branches de la veine porte aux veines hémorroïdales, aux veines des parois abdominales, aux diaphragmatiques, de sorte que le sang venant de l’intestin ne passe plus par le foie, mais est versé par ces anastomoses dans la circulation générale. Que, dans ces conditions, on fasse ingérer à l’animal opéré 10 à 12 grammes de sucre, on trouve bientôt de la glycose dans les urines, tandis qu’il faut donner à, un chien normal de môme taille 50 ou 80 grammes de sucre pour qu’il y ait glycosurie.

C’est donc le foie qui relient le sucre alimentaire; il l’emmagasine, le transforme et le restitue au sang sous la forme de glycose ; et ce sucre alimentaire ne peut être fixé que sous la forme de glycogène. — Ce pouvoir de fixation du foie n’est cependant pas illimité et si, dans la première expérience de Cl. Bernard relatée ci-dessus, la dose de glycose injectée par la veine porte devient trop considérable, alors le foie ne peut plus arrêter et transformer tout ce sucre; il y aura glycosurie.

C'est un phénomène que l’on peut observer aussi chez l’homme, à la suite de l’ingestion de grandes quantités de glycose (300 à 400 gr.) ; il y a dans ces cas glycosurie dite alimentaire. — La glycosurie alimentaire se produit plus facilement chez tes malades atteints de cirrhose du foie, de pyléphlébite ou de toute autre affection .dans laquelle la veine porte est plus ou moins oblitérée ; pour E. Colrat, médecin lyonnais qui décrivit ce fait en 1873, elle aurait même la valeur d’un « signe d’oblitération totale ou partielle de la veine porte ». On étendit cette conception et on fit de la glycosurie alimentaire un symptôme dünsuffisance hépatique. Ce qui était très exagéré, car, d’une part, ce symptôme ne se présente pas dans tous les cas d’altération, même profonde, du foie ^ et, d autre part, on le trouve dans nombre d’affections où le foie ne paraît pas altéré, comme les affections médullaires, les névroses, etc. C’est que 1 utilisation du sucre par l’organisme est un phénomène complexe, ne dépendant pas seulement de l’intégrité de la fonction glycogénique, mais aussi de l'absorption gastro-intestinale, de la fixation et de l’utilisation du sucre par les tissus (glycolyse exlra-hépatique) et de la perméabilité rénale; l’absorption étant ralentie, par exemple, le sucre peut être détruit en assez grande quantité par les microbes du tube intestinal ; la perméabilité rénale étant défectueuse, le passage du sucre ingéré dans les urines sera ralenti et l’organisme aura plus de temps pour en détruire l’excès ; voilà donc deux conditions qui peuvent empêcher la glycosurie alimentaire; il en est évi-

i.Ce qui s’explique aisément, si l’on réfléchit que le foie n’est jamais détruit complètement dans les processus pathologiques observés et que les cellules restées intactes suffisent à la fonction, leur activité étant augmentée.

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demment de môme en cas d’augmentation du pouvoir glycolytique des tissus. — Ce symptôme n’en conserve pas moins une valeur clinique, si on le constate, non pas accidentellement, mais d’une façon régulière, chez un sujet donné

Voilà donc un ensemble de faits bien liés : la glycose formée dans la digestion des féculents et de divers sucres est absorbée et, arrivant au foie, est en partie* arrêtée par la cellule hépatique et, transformée en glycogène qui s’y dépose, y reste emmaganisée; pour être utilisé ensuite dans l’organisme, le glycogène, sous l’influence d’une amylase hépatique, repasse à l’état de glycose, qui sort du foie par les veines sus-hépatiques ; c’est une sécrétion interne, c’est même le premier type de sécrétion interne qui fut découvert (Cl. Beunaud). Mais le sang artériel contient toujours à peu près la même quantité de glycose, 1 gramme à 1 gr. 5 par litre. Gomme le foie déverse constamment du sucre dans le sang, puisque la prof)ortion de ce sucre n’augmente pas®, il est de toute nécessité que la consommation compense la production.

En ellét, la glycose du sang disparaît dans les organes périphériques. Le sang qui revient des organes, à l’exception du foie, bien entendu, est toujours plus pauvre en sucre que le sang artériel (A. Chauveau, 1856) ; le sang veineux des muscles, par exemple, contient en moyenne 1 gr. 20 par litre, au lieu de 1 gr. 30 à 1 gr. 40, chifl’re trouvé d’habitude dans le sang artériel^. — On verra plus^ tard ce que devient le sucre qui disparaît ainsi.

De tous ces faits on peut conclure que le foie, parce qu’il est en même temps organe producteur de glycogène et de glycose, règlela distribution, dans le sang, du sucre absorbé dans l’intestin ; il en emmagasine plus ou moins sous la forme stable de glycogène ; ce dépôt est plus abondant quand, après un repas fortement amylacé, le sucre passe en excès dans le sang intestinal ; et il en livre plus ou moins au sang sous la forme labile de glycose. '

Remarquons cependant que cette régulation n’est pas l’œuvre exclusive du foie. Quand le foie, à la suite d’un long jeûne, a été dépouillé de tout le glycogène qu’il contenait, le sang n’en consei ve pas moins sa teneur normale en sucre ; il continue à en recevoir

1. Voy. G Linossier, Valeur clinique de l’épreuve de la glycosurie alimentaire (Arch.gén. de méd., mai 1899).

2. Une partie est immédiatement brûlée, comme le prouve l’augmentalion du quotient respiratoire, à la suite d’un repas riche ea féculents; une autre partie peut se Iransroriuer en graisse.

:J. Il est plus exact de dire que la teneur du sang artériel en sucre ne varie pas, puisqu’elle ne diminue pas plus pendant le jeûne ou durant le travail musculaire qu'elle n’augmente pendant la digestion des hydrocarbonés.

4. Le sang artériel perd en moyenne par kilogramme, en traversant le» muscles, o*r,i2 de sucre. 11 en perd seulement osr,02 en traversant les glandes.

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des quantités équivalentes à celles qui se détruisent dans les muscles. Est-ce le foie qui en fait aux dépens des matières albuminoïdes (voy. ci-dessus, p. 610)? En tout cas, on sait que d’autres tissus (les muscles) peuvent faire de la glycose aux dépens du glycogène qu’ils contiennent. Ainsi dans cette production et cette consommation du sucre le foie et les muscles sont fonctionnellement associés.

Le maintien des proportions convenables entre le glycogène du foie et des muscles et la glycose du sang constitue un mécanisme régulateur; par le fonctionnement de ce mécanisme se règle la teneur du sang en sucre, ce que l’on a appelé la glycémie normale. 11 y a hyper ou hypoglycémie, suivant (jiLaugmente ou diminue cette teneur normale, quand l’équilibre est rompu entre la production et la consommation du sucre, soit que celui-ci soit produit en excès, soit que les tissus deviennent inaptes à le détruire en quantité suftisante.

E. Influence du système nerveux sur la fonction grlyeogénlque et sur la frlycémie. — Ces fonctions sont sous la dépendance du système nerveux, qui peut: 1. en accroître, 2. en réHuire l'activité.

1. Cette importante notion découle d’une expérience fondamentale de Ci.AUDE Rernaud (1855), celle de la piqûre du quatrième ventricule, dite aussi piqûre diabétique'^.

Si l’on pratique sur un animal (chien ou lapin [voy. fig. I.ï7]), une piqûre sur le plancher du quatrième ventricule, entre les racines des nerfs acousti(iues et celles des nerfs pneumogastriques, on trouve au bout de peu de temps (une heure et quelquefois moins) du sucre dans les urines de l’animal*; la quantité atteinten général 2 à 3 grammes p. tOOcentimùtres

trième ventricule, sur le lapin i (Claude Ber-

NAnD).

Les lobes du cervelet sont écartés. On voit, en bas, les corps restiformes dont l'écartement circonscrit le bec du calamus srriplorius et le quatrième ventricule. — La piqûre P', qui produit de la glycosurie, est située un peu audessus du calamus. — La piqûre P est située au niveau de l’origine des nerfs acoustiques.

1. Expression impropre d'ailleurs, car ce Iraumalisme ne détermine qu'une glycosurie passagère, et non un véritable diabète.

2. Une piqûre pratiquée un peu plus haut, en P, produit de la glycosurie accompagnée de polyurie ; un peu plus haut encore, elle produit une albumi nurie.

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cubes d’urine. Le pliénomène ne dure que trois à quatre heures. Ce qui paraît bien prouver, d’ailleurs, (|u'il est le résultat d’une excitation.

Cette glycosurie est due à un travail hépatique. En ellet, elle ne se produit pas chez les grenouilles sur lesquelles on a lié les vaisseaux du foie ou dont on a enlevé le foie, pas plus que chez les oiseaux sur lesquels on a pratiqué l’extirpation de cet organe; une fois produite, elle cesse, si l’on enlève le foie (expériences faites sur des grenouilles). D’autre part, elle ne se produit pas davantage chez les grenouilles d’hiver, dont le foie est dépourvu de glycogène, ni chez les animaux inanitiés, pour la même raison. Enfin, l’altération des cellules hépatiques dans l’empoisonnement par l’arsenic ou par le phosphore empêche également son apparition; dans l’empoisonnement lent par l'acide arsénieux, par exemple, le foie est privé de glycogène et ne peut plus produire de sucre. Bref, l’intégrité du foie paraît nécessaire à la production de cette glycosurie.

Quel est le mécanisme par lequel la piqûre du quatrième ventricule agit sur le foie?

Ses premières recherches lui ayant montré que la section des pneumogastriques fait disparaître le sucre du foie, Cl. Bebn.4ri> avait pensé d’abord que le pneumogastrique serait, à cet égard, un nerf centrifuge, excitosécrétoire, qui porterait vers le foie l’excitation ayant son centre dans le bulbe; mais il constata bientôt que la glycosurie se produit encore après la piqûre bulbaire, alors même que les pneumogastriques ont été coupés; ce ne sont donc pas ces nerfs qui transmettent l’excitation vers le foie; il fut démontré par la suite que le pneumogastrique agit sur la glycogénie hépatique en tant que nerf centripète, conduisant au bulbe des impressions périphériques venant du poumon, impressions qui sont alors réfléchies vers le foie par des voies centi'ifuges sympathiques.

Au contraire, après la section de la moelle cervicale, au-dessous de l’origine des nerfs phréniques (de façon à ne pas troubler la respiration), entre la septième vertèbre cervicale et la première dorsale, la piqûre diabétique reste sans effet ; même résultat si l’on pratique, au lieu de la section de la moelle, la section des racines rachidiennes à ce niveau (M. L.\ffontD. L’excitation déterminée par la piqûre se transmet donc au foie par la moelle, puis par les nerfs du système sympathique.

De fait, 1° si on lie sur la grenouille tous les filets sympathiques qui vont au foie, on ne peut plus, par la piqûre du quatrième ventricule, provoquer de glycosurie (expériences de Sciiiff et Moos); — 2» la section préalable des splanchniques empêche l’effet de la piqûre (Gvon et Alauoff, Eckh.xbd) ; — 3® l’excitation des mêmes nerfs donne lieu à de l’hyperglycémie.

Cette dernière e.xpérience a été considérée comme une preuve de l’existence de filets g ly co-sécréteurs qui traverseraient le plexus so-

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