LE PANCRÉAS NUTRITIF
chez l’homme, des lésions du pancréas sans que pendant la vie le diabète ait été constaté; il suffit d’une petite portion de glande saine pour que la maladie ne se déclare pas.
La glycosurie apparaît quelques heures après l’extirpation du pancréas et devient maxima en moins de deux jours. La quantité de sucre éliminé varie de 5 à 11 gr. pour 100 c. c. d'urine. Il en est ainsi même chez les animaux à jeun; il ne s agit donc pas d’une glycosurie alimentaire. Cette glycosurie s accompagne d azoturie ; l’élimination d’azote est telle (le rapport du sucre à l’azote de l’urine est en moyenne de 2sf,8 p. 1) que l’on peut penser que le sucre perdu provient d'une destruction exagérée des matières albumino'i'des. Très vite après l’opération, les animaux (chiens, chats, porcs) 1 deviennent très voraces et présentent de la polydypsie ; en même temps ils sont polyuriques : un chien de 7 kilogrammes excrète 1000 à 1200 c. c. d’urine, au lieu de 200 à 400 c. c., chiffre normal. A côté de la glycose. on peut trouver dans les urines de l’acide acétylacétique, de l'acide oxybutyrique, de l’acétone. Presque tout le glycogène du foie et des muscles disparaît. Malgré la suralimentation (des chiens de 10 à 12 kilogrammes mangent plus d’un kilogramme de viande maigre par jour), ils perdent en un ou deux mois le tiers de leur poids ; ils sont réduits à l’état de squelette, ne peuvent plus se traîner, leurs poils tombent et la mort survient en général au bout do un ou deux mois, dans le marasme.
Tout cet ensemble de phénomènes dépend exclusivement delà suppression du pancréas.
En effet, il est certain d abord que le diabète ainsi produit est indépendant de la sécrétion du suc pancréatique. Jamais la ligature des conduits excréteurs du pancréas ne détermine de glycosurie.
D autre part, ce diabète ne tient pas au traumatisme et aux lésions nerveuses concomitantes, déchirures, ligatures et sections de filets sympathiques et lésions consécutives du plexus solaire. On peut détacher tout le pancréas du duodénum, en respectant seulement une petite portion au voisinage de la rate, opération qui entraîne le même traumatisme nerveux que 1 ablation complète, sans que se produise le diabète . Si,
ensuite, au bout d’un temps plus ou moins long, on enlève cette portion restante de 1 organe, la maladie éclate.
*L expérience suivante est encore plus démonstrative, si possible. C’est l’expérience de la greffe sous-cutanée du pancréas, réalisée d’abord par Minkowski (1892) et, la même année, par IIkdon. On peut, chez le chien, amener la portion dite verticale du pancréas vers la peau, dans le tissu cellulaire sous-cutané de la paroi abdominale en respectant ses vaisseaux, puis la séparer du reste de l’organe que l’on extirpe alors. L’animal sè rétablit vite et ne devient pas diabétique. Mais, si l’on enlève la greffe
quelques heures après, la glycosurie et tous les troubles décrits plus haut s’installent.
On a provoqué aussi ce diabète chez le Gley. — Physiologie.
lapin, la grenouille, la tortue.
NUTRITION
2® Mécanisme du diabète pancréatique.
Quelle explication donner de ces faits?
Il apparaît bien d'abord (pie le pancréas cède normalement au sang quelque principe qui intervient dans la régulation de la production ou de la consommation de la glycose. L’expérience de la greffe sous-cutanée de l’organe suffit à le montrer. — Il y en a
d’autres preuves.
Si on réunit deux animaux l’un à l’autre par une suture latérale du péritoine, des muscles et de la peauS ce pont devient bientôt assez solide pour que les deux animaux ne puissent se séparer. Cette opération étant pratiquée sur deux chiens, on enlève ensuite à l’un d’eux le pancréas; et on constate que la glycosurie de cet animal reste très faible, tant qu’il est en symbiose avec son conjoint (J. Forschbach, 1908-1909). La substance sécrétée par le pancréas du chien normal et qui agit sur le métabolisme des sucres a donc passé dans l’organisme du chien sans pancréas. — D’autre part, dans des expériences de circulation carotidienne croisée entre chiens diabétiques et chiens normaux, IIédon (1909) a vu se produire la diminution delà glycosurie sous l’action du mélange des deux sangs, opéré pendant plusieurs heures. Autre expérience, non moins significative de Hêdon (1911) : quand on injecte à un chien diabétique, dans une veinule mésaraïque, du sérum sanguin provenant du sang veineux du pancréas, la glycosurie diminue beaucoup pour quelques heures (l’hyperglycémie ne subit cju’un léger fléchissement).
11 résulte de ces faits que c’est réellement comme glande à sécrétion interne que le pancréas exerce son action métabolique sur les sucres.
En deuxième lieu, c’est bien sur la glycose qu’il agit.
Qu’à un animal rendu diabétique par l’extirpation du pancréas on fasse ingérer du sucre, l’organisme ne doit plus pouvoir utiliser ce sucre, si l’action du pancréas sur les mutations de cette substance est bien spécifique. Or, supposons un chien de 7 à 8 kilogrammes auquel on a enlevé le pancréas; ses urines contiennent 30 grammes de glycose; administronslui 10 grammes de glycose; ses urines en contiennent 39 grammes ; tout le sucre ingéré a passé par les reins.
1. Celle opéralion, réalisée d’abord sur des lapins par deux chirurgiens alle^ mands, F. Sauerbruch elM. Heyde en 1908, a ele désignée par le nom de parabiose ; ils ont prouvé qu'il y a communicalion entre les sy ternes circulaloires des deux animaux ainsi réunis.