‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 290 sur 510 · R. Langerhans · texte numérisé non relu

R. Langerhans

e" lIoüesse, professeur d’histologie à la Faculté de médecine de Lille.

3. La découverte anatomique des glandes parathyroïdes,, faite en i88o par IvAR Sandstrôm, anatomiste suédois, sur plusieurs especes animales, 1 homn compris, resta ignorée jusqu'à ce que Gley (1891-1898) eût retrouve ces organeset montré leur importance physiologique.

FONCTIONS DE L’APPAREIL THYROÏDIEN

<lans son tissu, sauf chez le lapin, dont les deux parathyroïdes internes présentent seules cette dernière disposition, les deux externes étant nette-, •ment séparées du corps thyroïde.

Ce sont les observations des chirurgiens qui ont attiré l’attention sur la glande thyroïde ; les expériences de Schiff, qui, le premier, décrivit (1859) les graves accidents et la mort consécutifs à la thyroïdectomie totale, étaient restées comme ignorées jusqu’à la publication de ces observations.

1® Effets de 1 extirpation ou de la destruction de l’appareil

thyroïdien.

Quand on rapproche des symptômes observés par les chirurgiens à la suite des ablations de goitre et, d’autre part, de ceux décrits par les médecins dans les cas de myxœdème, les effets de l’extirpation totale de l’appareil thyroïdien sur les animaux, on s’aperçoit vite de ia profonde identité de tous ces phénomènes. L’ablation du goitre, telle qu’on la pratiquait avant que l’on connût l’importance des organes thyroïdiens, entraînait très souvent la suppression de toute la glande. D’autre part, dans le myxœdème celle-ci est fonctionnellement détruite par un processus pathologique.

1. L’ablation du goitre amène plus ou moins rapidement, d’ordinaire en quelques semaines, des troubles d’ordre musculaire et nerveux, et des troubles de la nutrition qui se développent progressivement : d’une part, affaiblissement musculaire, parésie, dépression de toutes les fonctions nerveuses et psychiques, et, d’autre part, œdème dur de la face, gonflement «t déformation des mains et du visage, chute des poils, sécheresse de la peau, pâleur des muqueuses, et, chez les enfants, arrêt du développement y compris le (léveloppement mental, de telle sorte que les petits opérés prennent peu à peu l’aspect des crétins de naissance. Parfois on obs~éfvë" des vertiges, des accès de dyspnée, des convulsions tétaniques • il y eut des opérés qui moururent de tétanie. L’importance de ce dernier fait est très grande, car on va voir que ce sont ces accidents convulsifs qui dominent la scène chez les animaux et amènent la mort le plus fréquemment à la suite de la thyroïdectomie complète. — Cet ensemble de symptômes décrits par J.-L. Revebdin* en 1882, puis par J.-L. et A. REVEimiN*ct par KocheiH en 1883, fut confirmé de toutes parts. A cause dq l’analogie frappante entre ces symptômes et la maladie spontanée dite rayxœdèmë on désigna sous le nom de myxœdème post-opératoire cet état pathologique. ' ‘ \

1. Chirurgien suisse, professeur à l’Université de Genève, commelur^ Reverdin (1849-1908;, cousin du précédent et chirurgien à Genève

3. Tii. Kociier, professeur de clinique chirurgicale à l Université de Berne.

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2. On peut en effet appliquer au inyxœdèmei la description résumée qui vient d’être donnée des troubles consécutifs à l’ablation du goitre Icxccplion faite des accidents convulsifs). Et comme, dans un certain nombre de cas au moins, on constata l’atrophie de la glande thyroïde, on

Fig. 160. — Secousses convulsives après la thyro-paralhyroïdeclomie chez le chier,. Début des accidents soixante heures environ après l'opération.

•M, contractions des muscles de l'épaule ; — R, mouvements respiratoires (polypnée), une heure après une grande attaque tétanique. l a température rectale, une demi-heure après l'attaque, était de 41®, 35 et, deux heures après, de 43®,1, ayant continué à monter, en raison des secousses musculaires incessantes.

assimila à juste titre cette maladie à celle qui se développe chez les goitreux opérés.

3. Quant aux animaux auxquels on enlève tout l’appareil thyroïdien (on donne souvent aujourd’hui à cette opération le nom de thyro-para-

1. De ^j;a, mucosité ; celte dénomination fut donnée à la maladie par le médecin anglais W. M. Ord (1878; le syndrome avait été déjà décrit en 1873 paç* un autre médecin anglais, VV. Gull [18161890]), à cause de I accumulatioii de mucine constatée dans le tissu cellulaire.

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thyroïdectomie), chiens, chats, renards, lapins, rats, etc., les accidents consécutifs à l'opération sont surtout d'ordre nerveux ; après une période d’apathie et d’abattement psychique, aveeparésie et même avec paralysies partielles, surtout des extenseurs, surviennent des tremblements dans tous les muscles, puis une série d’attaques convulsives (voy. fig. 160): on observe en même temps de l’anorexie, souvent des vomissements, de la dyspnée, l'emplacée pendant les attaques convulsives par de la polypnée ; durant les convulsions la température s’élève beaucoup ; les urines sont rares et contiennent de l'albumine. C’est là le tableau, en raccourci, des

Fig. 161. — Myxœdémateuse (46 ans) guérie par des injections d'extrait tliyro'idien

(G. R. .MohrXx).

A. avant le traitement ; B, six mois après le traitement.

troubles observés particulièrement chez l'animal qui a le plus fréquemment servi de sujet à ces expériences, le chien. — Les accidents, chez le chien et chez le lapin, débutent vingt-quatre ou quarante-huit heures après l’opération, quelquefois plus tôt, d’autres fois plus tard; les chiens meurent du deuxième au quinzième jour ; quelques-uns survivent un mois ou un peu plus; ils meurent en général dans une attaque tétanique. — Chez les singes, l’extirpation de la thyroïde reproduit le myxœdème de l’homme (V. HorsleyS 1885) 2.

Cet ensemble de phénomènes-a bien uniquement pour cause la suppression des glandes thyro'ide et paralhyro'ides. Voici les preuves de cette relation causale.

1. Pour que ces effets se produisent, il faut que l’extirpation soit totale’.

1. V. HoRSLEY.physiologtsle et chirurgien anglais contemporain.

2. Cependant les singes peuvent aussi mourir de tétanie aigue (d’anrès lec expériences d’un chirurgien suisse, O. Lanz (iSpSI).

3. Même à l'extirpation totale, il y a toujours 'quelques animaux qui survivent El cest pourquoi la question d'un organe vicariant reste pendante.

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Si elle n’est que partielle, les animaux survivent, la portion restante (la moitié d’un lobe, par exemple, ou même le tiers supérieur avec une glandule parathyroïde attenante) suffisant à la fonction.

2. Aucune lésion des nerfs de la région thyroïdienne, quleque étendue et compliquée qu’on la fasse, ne détermine les accidents décrits. Par contre, si l’on comprend chacun des lobes entre deux fortes ligatures et qu’on les laisse ensuite en place, les animaux n’en succombent pas moins dans les délais habituels.

3. On a pu réussir dans quelques cas (expériences de A. von Eiselsbehgi, 1892, sur trois chats) la greffe d’un lobe thyroïdien, le reste de l’appareil étant enlevé. Si l’on fait ensuite l’ablation de la portion greffée, l’animal tombe malade, a bientôt des convulsions et meurt. — Dans des cas de myxœdème chez l’homme, après bien des essais infructueux, on est parvenu, à l’aide d’une nouvelle et ingénieuse méthode de greffe (greffes en semis avec du tissu provenant d’un individu de même espèce [H. Cnis- TiANi* 1902-1904]), à guérir cette grave maladie.

4. L’injection intraveineuse ou intrapéritonéale d’extrait de glande thyroïde diminue chez les chiens et chez les li^ins thyroïdectomisés les accidents et prolonge la survie (d’après les expériences de Vassale ® et celles de Gley, 1890-1891)^. On a appliqué cette méthode à l’homme et on guérit maintenant le myxœdème et les états myxœdémateux ou myxœdemes frustes par l’injection de glande thyroïde fraîche ou de divers produits extraits de la thyroïde^ (voy. fig. 161).

Distinction entre la glande thyro’ide et les glandes parathyro’i’des. — Toutes les parties de l’appareil thyro’idien sontelles également et au même titre intéressées dans cette fonction dont la suppression amène de tels accidents et la mort? On fut amené à en douter pour les raisons suivantes.

1° L’extirpation de la glande thyroïde seule serait inoffensive chez les animaux adultes ; chez les animaux très jeunes (agneaux, chevreaux, chats et chiens, lapins, porcelets, oiseaux), elle détermine l’arrêt du développement (F. Hofmeister, 1892-1891, A. von Eiselsberg, 1893) (voy. fig. '162) et toute

1. Chirurgien allemand contemporain, professeur de clinique chirurgicale à rUniversilé de Vienne-

C’est SciiiFF qui le premier, en i884. eut l'idée de ces greffes et les pratiqua, sans succès d'ailleurs, sur des chiens.

2. Médecin italien contemporain, professeur d'hygiène à l’üniversité de Genève.

3. G. Vassale, médecin italien contemporain, professeur à TUniversilé de Modèue.

4. C’est sur ces expériences, venues immédiatement après celles de Brown- Séquard, alors fort contestées, sur l’action physiologique de l'extrait testiculaire, et sur les heureuses applications à la médecine humaine qui en découlèrent tout de suite, que fut solidement assise la méthode thérapeutique dite opolhé~ rapie (de iitô;, suc) ou organolhérapie.

5. La première application au traitement du myxœdème, suivie de succès, est due au médecin anglais G. R. Murray (1891). C’est le médecin danois Hovvixz qui découvrit (1892) que l’ingestion de glande fraîche est aussi efficace que les injections sous-cutanées d'extrait thyroïdien employées sur l’homme depuis le premier essai de Murray.

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une série de lésions qui constituent le crétinisme expérimental (G. Moussu, 1893).

2° L extirpation des quatre glandules parathyroïdes, chez tous les animaux*, donne lieu aux accidents aigus, consécutifs à l’extirpation de 1 appareil thyroïdien tout entier (d’après les expériences de G. Vassale et Genehali, 1896, qui furent confirmées de plusieurs cotés.

30 D’ailleurs la structure des parathyro’ides est absolument différente de celle de la tliyroïde.

Fi?. 162. — Arrêt de développement du squelette après la Ihyroïdeclomie (A. vo.n EiSKi.sBKnGÏ.

Squelettes d'un mouton de huit mois thyro'idectoraisé huit jours après sa naissance et

d'un mouton témoin du même âge.

G est sur ces faits que fut londée la théorie de la distinclion absolue entre la thyroïde et les parathyroïdes qui auraient des fonctions différentes (G. Vassale, puis G. Moussu) : les troubles trophiques observés à la suite de la thyro-parathyroïdectomie dépendraient uniquement de la suppression de la thyroïde, et les troubles nerveu.x < tétanie) de la suppression des parathyroïdes. Dans le my.xœdème spontané de l’homme, la thyroïde seule serait lésée. Après l’ablation du goitre, quand surviennent des attaques tétaniques, c’est que les parathyroïdes ont été enlevées en même temps que la thyroïde. ^

Pour que cette conception fi'it acceptable, il faudrait que chez tous les animau.x, adultes aussi bien que jeunes, l’extirpation de la glande thyroïde amenât la cachexie spéciale constitutive du myxœdème, puisque dans l’espèce humaine le myxœdème se produit parfaitement chez 1 adulte et qu on la observé, d’autre part, dans quelques cas, chez le chien adulte et chez le lapin ; or, jusqu’à présent la série méthodique d’expériences nécessaires pour trancher cette question n’a pas été faite. 11 faudrait, de plus, que l’extirpation des para-

< 1. Chez les Oiseaux, la parathyroïdectomie totale détermine souvent les mêmes phenomenes convulsifs que chez les Mammifères et la mort (exDériences rt« M. Doyon et A. Jouty, 1903-1904). ^ ^

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thyroïdes fût toujours mortelle ; or, il a été constaté (expériences de ' Walter Edmunds^ sur des chiens, 1897 ; expériences de Swale Vincent et W. A. .loLLY^, sur des chats, 1904) que les animaux parathyroïdectomisés survivent en assez grand nombre à l’opération, tandis que la survie est exceptionnelle après la thyro-parathyroïdectomie. Enfin, quelque ditîérentes que paraissent être la structure des parathyroïdes et celle de la thyroïde, il n’en est pas moins vrai que l’on trouve de l’iode dans tous ces organes (voy. plus loin, p. 653); que les phénomènes histologiques de la sécrétion sont les mêmes dans les uns et dans les autres et que les produits sécrétés, qui s’éliminent semblablement par la voie lymphatique, paraissent identiques d’après les réactions de coloration 'F. Livixi*, 1900); que les parathyroïdes s’hypertrophient après la thyroïdectomie simple (Gley, 1892, Gley et A. Nicolas, 1895, et beaucoup d’autres) et, vice versa, que la parathyroïdectomie détermine des modifications histologiques et des altérations dans la thyroïde qui s’hypertrophie (Walter Eomunds, 1896; Swale Vincent et W. A. Jolly, 1900; J. IIalpenny et F. D. Thompson, 1909) et dont la sécrétion colloïde disparaît (W. Edmunds, 1896, G. Lusena*, 1899)“.

De ces différents faits dont la relation est manifeste on a conclu (Gley, 1897-1 901) à l’existence d’une association fonctionnelle entre les deux parties de l'appareil thyroïdien. Encore que la nature de cette association reste à déterminer, la théorie dont il s’agit paraît, dans l’état présent de nos connaissances, au moins aussi plausible que la thèse de la distinction radicale de deux fonctions, thyroïdienne et parathyroïdienne. — Cette dernière est encore battue en brèche par des observations de Gley (1901, 1911), de A. E. Melmkov (1909), de IsELiN (1911), de Louis Morel (1911) qui ont montré que l’on peut, après l’extirpation des parathyroïdes, voir survenir des troubles trophiques avec cachexie lente, comme après l’extirpation de lai thyroïde seule.

2“ Mécanisme de la fonction thyroïdienne.

L’appareil thyroïdien n’ayant point de canaux excréteurs, son fonctionnement est-il celui d’une glande à sécrétion interne?

Qu’il en soit ainsi, les expériences dont il a été parlé plus haut le

1. Chirurgien anglais contemporain, a. Physiologistes anglais contemporains.

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