Assimilation et désassimilation des graisses
Nous avons vu, en étudiant la digestion des graisses, que celles-ci sont décomposées en glycérine et acides gras et absorbées à cet état (voy. p. 287). C’est en partie avec ces éléments que l’organisme reconstruit les graisses de ses tissus. Ici apparaît bien le travail de synthèse qui caractérise l’assimilation. Mais l’organisme fait aussi des graisses avec d’autres substances.
fo Origines de la graisse.
11 s’agit de savoir quelle part prennent à la formation de la graisse les graisses mêmes, les hydrates de carbone et les protéiques de l’alimentation.
1. R. Ed. K.ÜIZ fi8^5-i8o5), physiologiste allemand, connu surtout par ses recherches sur le diabète.
NUTRITION
A. Formation de la graisse aux dépens des graisses alimentaires et des acides gras. — La graissa das animaux dune espaça donnée présenle une composition chimique déterminée, mélange à proportions à peu près fixes de trioléine, de tripalmitine et de tristéarine, et cette composition, quelles que soient les graisses de l’alimentation, ne varie guère. Cela est vrai, mais non pas absolument. Et l’organisme possède la faculté de modifier la composition de sa graisse ; on a vu plus haut (p. 665)‘, en effet, qu’il peut fixer des graisses qui lui sont étrangères ; celles-ci, absorbées, sont simplement déposées dans divers organes.
La part des graisses alimentaires dans la production des graisses de l’organisme peut être importante. On le démontre par des expériences du genre de celle-ci.
On fait jeûner un chien de façon qu’il perde presque toute sa graisse. Cette réserve est épuisée quand l’éliniination de l'azote urinaire subit une brusque augmentation (voy. p. ICI). A l’animal ainsi dégraissé on donne pendant cinq ou six jours une grande quantité de lard et très peu de viande. On le sacrifie alors. On constate qu’il a fixé la moitié de la graisse ingérée. Il est impossible que cette quantité provienne de la transformation des protéiques alimentaires, donnés parcimonieusement, ou des protéiques de l’organisme, l’élimination azotée n’ayant à aucun moment subi un accroissement révélateur d’une destruction exagérée correspondant à cette production de corps gras.
Il faut donc admettre que les graisses alimentaires tourriissent une partie au moins des graisses de l’organisme.
Les résultats sont les mêmes quand, dans l’alimentation, on remplace telle ou telle graisse neutre par les acides gras correspondants.
Un chien inanitié, nourri avec do la viande dégraissée et avec les acides gras provenant dé la graisse du mouton, forme une graisse qui a les caractères de celle du mouton.
On a observé le même fait sur l’homme. A un indi^idu atteint d ascite chyleuse on a fait prendre une quantité donnée à.’acide érucique, extrait de l’huile de navette, et on a constaté une augmentation de la graisse du liquide chyleux et que cette graisse ne consistait point dans l’acide gras administré, mais bien dans la graisse neutre correspondante.
Les acides gras sont donc employés à la constitution des graisses neutres. La formation synthétique de celles-ci a lieu dans les cellules des villosités intestinales (voy. p. 286); la glycérine, nécessaire
1. Aux faits cités, on pourrait en ajouter d'autres. Ainsi les e.xpériences sur le chien que nous avons relatées ont été réalisées aussi sur le lapin avec le même résultat; on a môme constaté qu'il est possible de modifier les caractères de la graisse des Poissons en faisant ingérer à ces animaux (Carpes, Dorades) de la graisse de mouton. D'autre part, on a montré ()ue les graisses alimentaires peuvent passer dans le lait (huile de lin, huile d'olive, etc.).