ÉCHANGES DES GRAISSES
à cette synthèse, se trouve dans l’intestin. Pour la formation de 100 parties de graisse, il suffit d’ailleurs de 9 de glycérine.
B. Formation de la graisse aux dépens des hydrocarboiiés. — La notion de la formation de graisse aux dépens des hydrates de carbone repose sur cette donnée générale, que les herbivores, qui engraissent si facilement, ont une alimentation surtout riche en substances hydrocarbonées et que les carnivores engraissent aussi quand la proportion de ces substances augmente dans leur nourriture. C’est ainsi que Liebig*^ posa nettement la question. A ce propos, Hoppe-Seyler rappelle avec quelle facilité les hydrates de carbone se décomposent en acide lactique et comment de celui-ci peut provenir de l’acide palmitique : 8 C-*IP0^ = C‘®11®"^0^-)- 8 GO^ -f 61120 + 4H.
En ce qui concerne ce mécanisme de la transformation des hydrocarbonés en corps gras, on doit aussi noter que ces derniers étant pauvres en oxygène et riches en carbone et hydrogène, tandis que les premiers sont riches en oxygène et relativement pauvres en carbone et hydrogène, la transformation de ceux-ci est sans doute précédée d’un phénomène réducteur, d’une soustraction abondante d’oxygène.
Les expériences directes sont très démonstratives. Le principe en est simple. On donne à un animal (un porc, par exemple, comme dans les expériences de F. Soxhlet‘^,1881) une nourriture riche en hydrates-de carbone et pauvre en graisses et en albuminoïdes (du riz, par exemple) dont on fixe d’ailleurs par l’analyse les proportions ; on dose dans les excreta (urines et fèces) l’azote et les graisses ; par différence entre les graisses ingérées et celles qui sont éliminées on connaît la quantité absorbée et par le dosage de l’azote excrété on sait la quantité de matières protéiques décomposées; au bout d’un temps donné on sacrifie l’animal et on détermine la quantité de graisse qu’il contient ; on constate que cette quantité est beaucoup trop forte pour qu'elle puisse avoir été fournie par les graisses alimentaires et par la décomposition des albuminoïdes. On a trouvé ainsi que 70 à 85 p. 100 de la graisse formée, dans ces conditions, provient des hydrates de carbone.
G. Formation de la graisse aux dépens des matières protéiques. — Ge sont surtout les expériences de Pettenkofer et Voit qui ont servi à établir une relation entre la destruction des protéiques et la production de graisse.
1. .lusTiis Liebig (i8o3-i873), un des plus célèbres chimistes du xix' siècle, fut longtemps professeur de chimie à rUniyersité de Giessen.
2. Chimiste allemand, professeur à l'Ecole supérieure de technologie et à la Station agronomique de Münicli.
572 NUTRITION
Dans ces expériences les auteurs voyaient la quantité de graisse fixée par un animal augmenter à mesure qu’ils augmentaient la quantité de viande dégraissée donnée à, cet animal; d’autre part, en dosant l’azote et le carbone des excreta, ils retrouvaient dans ceux-ci tout l’azote ingéré, mais une partie seulement du carbone, et concluaient que ce carbone ne pouvait s’êlre fixé dans l’organisme que sous l'orme de graisse. Pflüger montra que les données numériques utilisées par Pettenkofer et Voit sont erronées et en particulier que ces physiologistes n’avaient pas tenu compte de la graisse et du glycogène contenus dans la viande maigre.
Au vrai, les critiques de Pflüger ont à peu près ruiné la thèse de la formation de la graisse aux dépens des matières protéiques.
Il y a cependant une réserve à émettre, c’est au sujet de la fonction adipopoiétique du foie; la cellule hépatique paraît pouvoir faire de la graisse avec les albuminoïdes (voy. p. 622); mais c est là un cas particulier.
2« Désassimilation de la graisse.
Une partie de la graisse de l’organisme est éliminée en nature avec la sueur et avec la substance sébacée (et avec le lait, chez la femme qui nourrit), mais la plus grande partie est détruite, oxydée, en donnant comme produits terminaux de l’acide carbonique et de l’eau. Celte combustion se fait-elle d’emblée jusqu’à ses termes ultimes, ou bien se produit-il d’abord des termes intermédiaires, transformés ensuite en CO^ et H^ü? On tend à admettre que les acides gras des graisses, en se démolissant, passent transitoirement par la série des « corps acétoniques », acide ^-oxybutyrique, acide acétylacétique et ‘acétone', qui sont ensuite brûlés; seul, un petit reste d’acétone échappe à l’oxydation et se retrouve dans les urines (0er,0i à 08'’,03, acétonurie normale).
De fait, les « corps acétoniques » ne proviennent pas des hydrocarbonés, puisque l’acétonurie normale augmente par un régime d’albuminoides et de graisses, dépourvu d’hydrates de carbone 2. Ils ne peuvent provenir en
1. La série des « corps acétoniques » a pour substance mère l’acidc p-oxybulyrique. In vilro on a en effet
CH3.C110H.CH2.C00H -1- O = CH3.CO.CH2.COOH -t- H2Q • Acide p-oxybutyrique Acide acétylacétique