Sur celte question, voy. aussi p
ÉCHANGES AZOTÉS
glycocolle à des animaux sur lesquels on a préalablement lié les deux reins.
Ce pouvoir synthétique ainsi spécialisé dans le rein n’a été démontré jusqu’à présent que chez le chien. Chez le lapin, chez la grenouille, il se forme encore de l’acide hippurique après l’extirpation des deux reins. Cette synthèse a lieu chez le lapin dans le foie et dans les muscles, aussi bien que dans les reins.
Acide oxyprotéique. — Il faut encore mentionner cet acide azoté très complexe, à poids moléculaire élevé, C^^lP’^Az^^O^'S, que l’on a retiré de l’urine normale de l’homme et du chien (l’urine des vingtquatre heures en contient jusqu’à 3 et 4 grammes, calculé à l’état de sel de baryum). C’est sans contredit un corps qui représente un produit de la dislocation peu avancée des albuminoïdes (voy. p. 686).
B. Composés sulfurés. — Les matières albuminoïdes contiennent du soufre. Dans la désassimilation de ces matières le soufre est mis en liberté; il se forme de l’acide sulfurique qui s’unit aux alcalis et, d’autre part, aux phénols résultant aussi de la désintégration des protéiques (voy. p. 634). Ces sulfates et phénylsulfates des métaux alcalins, qui représentent environ 80 p. 100 du soufre total éliminé, constituent ce que l’on appelle le soufre complètement oxydé. Mais le soufre désassimilé entre aussi dans des combinaisons moins oxydées, cystine (à l’état de traces), acide taurocholique, sulfocyanate de potassium (à l’état de traces), etc.
La cystine offre un intérêt particulier. La plus grande partie du soufre des matières albuminoïdes se trouve en effet sous la forme d’un groupe cystéinique (d’après les recherches de K. A. H. Morner, 1899, 1902), et la cystine est un produit de l’hydrolyse de ces matières ^Morner). Mais à l’état normal le foie a le pouvoir d’arrêter et de détruire cette substance ', comme on l’a vu dans les expériences qui ont consisté à en injecter de grandes quantités dans une veine mésentérique. Or, la cellule hépatique peut devenir impuissante à détruire ce corps qui se rencontre alors en proportiou notable (quelques décigrammes) dans les urines, d’où cystinurie 2. Et ce sont justement ces faits de cystinurie, qui, par le grossissement du phénomène, ont révélé dans la formation de la cystine une phase caractéristique de la destruction des albuminoïdes. Ce qui montre bien que, dans ces cas, il y a insuffisance fonctionnelle du foie, c’est que d’autres produits de la désintégration protéique, qui sont normalement transformés en urée par cet organe, la leu-
1. Elle y est employée très probablement à la formation de la taurine (voy. p. 25o).
2. On connaît actuellement 120 cas environ de cystinurie. Cette anomalie est souvent familiale et héréditaire. Elle ne détermine aucun trouble, à moins qu’il ne se produise des calculs de cystine, en raison du peu de solubilité de celle subslance dans les urines.
NUTRITION
cine, la tyrosine et des acides diaminés, accompagnent souvent la cystine dans les urines des cyslinuriques.
C. Corps aromatiques. — l*armi les déchets de la décomposition des albuminoïdes se trouvent des composés aromatiques que l’on peut répartir en trois classes (Salkowski^, 1888). Les albuminoïdes contiennent, en effet, trois groupes aromatiques : 1® le groupe de la tyrosine qui est un coips phénolique; celui de la phénylaianine qui est un corps phényli(iue et celui du tryptophane qui est un corps indolique. La tyrosine engendre dans l’organisme des phénols (phénol, paracrésol, pyrocatéchine) et des acides divers (paraoxyphénylpropionique ou hydroparacoumarique, paraoxyphénylglycolique et, chez l’alcaptonurique, l’acide homogentisinique ou dioxyphénylacétique ^). La phénylalanine engendre l’acide phénylpropionique (qui ne se produit que pendant la putréfaction), l’acide benzoïque qui s’élimine à l’état d’acide hippurique (voy. plus haut, p. 690) et elle peut aussi, par oxydation de son noyau benzénique, donner naissance à des corps du groupe phénolique, par exemple à l’acide homogentisinique. Le tryptophane engendre l'acide indolpropionique (produit de putréfaction), l’acide indolacétique, l’indol (produit de putréfaction intestinale) et, par oxydation de celui-ci dans'les tissus, l’indoxyle.
Beaucoup de ces corps naissent dans l’intestin d’actions bactériennes (voy. p. 278). .^lais il s’en forme aussi dans les tissus, comme nous venons de le dire pour 1 indoxyle, par exemple.
Les corps des groupes phénol et indol sont résorbés dans le tube digestif et s’éliminent par les urines à l’état de dérivés sulfo-conjugués (phénylsulfates, indoxylsulfates, etc., de potassium?). Le phé-
1. R. .Sai.kowski, chimiste physiologiste contemporain, professeur à TUniver-
sité de Berlin. . j , . • j i r • n
2 Ce corps résulterait de la transformation de la tyrosine dans le foie. Il
n’est donc qu’un produit intermédiaire des échanges azotés; normalement on ne le trouve pas dans l’organisme. Mais il est des individus qui ne le détruisent plus Dans ces cas l’acide homogentisinique passe dans les urines; il y & alcaptonarie. ^as plus que la cystinurie, dont il était parlé tout à l'heure, l’alcaptonurie ne détermine de troubles morbides ; seulement les mines ont un grand pouvoir réducteur, qui est dû ou noyau benzénique de l'hydroquinone contenu dans l’acide homogentisinique ; on les dilîérencie des urines diabétiques en ce qu elles n’ont point de pouvoir rotatoire et qu elles ne fermentent pas sous l’influence de la levure de bière. Comme la cystinurie, l’alcaptonurie est une anomalie souvent familiale cl héréditaire et, de même que la cystinurie nous a fait voir le mécanisme de la désintégration des composés sulfurés provenant du morcellement de la molécule albumine, de même l’alcaptonune nous dévoile la désintégration normale des composés aromatiques de même origine.
\lcaptonurie vient de alcaplone (de alcali et xàitTu, j’avale), nom donne par Bôdeker en 1807 à un corps jaunâtre, coloré en noir au contact des alcalis et 1res réducteur, qu’il avait retiré d'une urine de diabétique. Ce n’est qu en 1891 que E. Bau-mann etM.WoEKOw reconnurent que ce corps est un acide de la série aromatique qui se rattache à l’hydroquinone, l’acide homogentisinique.
ÉCHANGES AZOTÉS 693
nol C/Ü^OH s’unit à l’acide sulfurique pour former l’acide phénylsulfurique C®H®.0.S0^(011) avec élimination d’une molécule d’eau; l’indol,
CH
C6H‘-^ ;^CH '^AzH
se transforme en indoxyle,
COHïs,
C6H4^ ^ch '^AzH
qui, s unissant à l’acide sulfurique, donne l’acide indoxylsulfurique (indican urinaire),
AzH
Nous savons que ces synthèses se font dans divers organes, mais surtout dans le foie (voy. p. 634). Ces corps sont d’autant plus abondants dans les urines que les décompositions bactériennes intestinales ont été plus actives, de telle sorte que l’on peut, par le dosage de l’acide sulfurique de ces composés sulfo-conjugués, avoir une mesure de l’intensité de ces putréfactions post-digestives.
D. Autres composés org-aniqucs. — La « désamination » des acides aminés résultant du dédoublement hydrolytique des matières albuminoïdes aboutit à la formation d’acides gras, c’est-à-dire de corps ne contenant plus que du carbone, de l’hydrogène et de l’oxygène. Ainsi l’alanine se transforme en acide lactique (voy. p. 627 et 685). Quelle est la destinée de tous ces corps ? 1° Le sort de ces acides gras se confond en partie avec celui des acides gras des graisses ou des acides provenant de la décomposition des sucres; ils sont oxydés et donnent de l’acide carbonique et de l’eau. Cependant cette combustion n’est pas toujours complète et l’on trouve dans les urines de petites quantités de corps acides ', acide oxalique et acides gras à petite molécule, acides volatils, tels que les acides formique, acétique, butyrique (environ 0E>-,02à 0sL05 de ces derniers par vingtquatre heures chez l’homme [acides volatils exprimés en acide acétique]). Assurément, l’origine de ces corps est assez incertaine, car ils peuvent provenir aussi bien des hydrates de carbone et’ des graisses que des albuminoïdes. Tel est le cas pour l’acide oxalique, dont en n’a pas encore établi l’origine réelle. Quant aux acides gras volatils, ils viennent, en majeure partie, des hydrates de carbone,
1. On trouve souvent dans les urines des diabétiques de grandes quantités d’acide acétylacétique et d'acide ?-oxybulyrique (on a souvent trouvé de è 5o grammes de ce dernier par 2/, heures;. Il y a donc dons le diabète augmen talion de la production d acides dans l’organisme (acidose).
NUTRITION
i)Vi
mais ils peuvent venir aussi des matières protéiques, puisqu ils se forment abondamment dans la putréfaction de ces matières et que les bactéries démolissent celles-ci de la même manière essentiellement que les diastases protéolytiques, en acides aminés, puis désamident ces derniers avec formation d’ammoniaque et d’acide gras. 2'’ Mais la question doit se poser de savoir si les acides aminés, une fois désaminés, sont brûlés en totalité. 11 semble, en effet, que quelquesuns au moins d’entre eux puissent être employés à la formation des sucres. C’est ce qui a été indiqué (voy. p. 611) pour 1 alanine et pour la leucine. 11 est facile de montrer la possibilité chimique de ce processus pour l’alanine ; celle-ci peut se transformer en acide lactique qui, par simple déplacement moléculaire, donne son isomère, 1 aldéhyde glycérique, et cette dernière, par condensation, peut fournir de la glycose :
CH3
CIP