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I. — PRODUCTION DE CHALEUR

Au point de vue thermogénétique, les animaux se divisent naturellement en deux grandes classes, celle des animaux à température constante ou homéothermes et celle des animaux à température variable ou poikilothermesK Geu.x-cl (Vertébrés inférieurs, Poissons,

1. Les expres.sions souvent usitées d'animaux à sang chaud et animaux à sang froid sont défectueuses, puisqu’il n’y a pas d’animaux privés de chaleur.

Batraciens, Reptiles et tous les Invei'tébrés), chez lesquels les réactions chimiques sont peu intenses, sont à peu près obligés de subir la température du milieu extérieur; aussi leur température varie-t-elle sans cesse. Les autres (Mammifères et Oiseaux) sont à môme de maintenir leur température indépendante de celle du milieu; dans un milieu froid ils peuvent diminuer la déperdition de leur chaleur et en augmenter la production, dans un milieu chaud ils peuvent en augmenter la déperdition, et ainsi leur température reste constamment à peu près la même.

Cette faculté de résistance au chaud ou au froid a toutefois des limites qui seront déterminées plus lai d (voy. pp. 799 et 802).

1, — La température des animaux et de l’homme.

La température se mesure au moyen de thermomètres, divisés d’ordinaire en dixièmes de degré; les plus précis sont divisés en vingtièmes et même en cinquantièmes de degré.

L’instrument doit être enfoncé dans une cavité naturelle, bouche *, rectum ou vagin. Chez l’homme on prend communément la température rectale, que l’on appelle quelquefois à tort température centrale. La température sous l’aisselle, qui est loin de former une cavité close, est moins exacte. On peut aussi prendre la température de l’urine, qui sort de la vessie à la température même du corps. — La température réellement interne ou centrale est celle du sang du cœur ou celle des viscères abdominaux, protégés contre toute déperdition de chaleur. Ainsi la température dans le duodénum a été trouvée (chez le lapin) supérieure de 0<>,7 à celle du rectum, et la température au voisinage du foie (chez le chien) plus élevée que celle du rectum de plus de 1°.

Chez l’homme, la température rectale est supérieure à la température buccale, suivant les moments de la journée, de 0°, 4 à 0“,7 et à la température axillaire de 0°,5 à 0»,9; et la température buccale est supérieure à l’axillaire de O®, 3 en moyenne. C’est donc cette dernière qui est la moins centrale de toutes les températures que l’on prend sur l’homme.

l® Topographie thermique.

Comme on le voit déjà par ce qui précède, la température diffère suivant le point de l’organisme où est appliqué le thermomètre. 11 faut distinguer les températures superficielles, les températures dans les orifices naturels, les températures profondes et enfin celles du sang.

La température périphérique se prend en général dans la paume de la main ; elle est de 32° à 34°. A 30° on a une sensation de froid.

1. La température buccale est moins sûre que celle du rectum ; la rapidité du courant d'air inspiré, l’abondance de la salivation peuvent refroidir plus ou moins te tlicrmomètre.

TSû

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Les températures superficielles varient beaucoup avec la température extérieure. — La température axillaire participe à la fois des températures périphériques et des températures des oiâfices naturels, se rapprochant plutôt de ces dernières.

De celles-ci nous avons parlé tout à l’heure et nous allons reparler, puisque presque toutes les données thermométriques, utilisées dans les pages suivantes, sont relatives à des températures rectales.

Les températures profondes ont été, en général, prises sur des animaux, immédiatement après la mort, les thermomètres étant enfoncés dans divers organes. On a indiqué plus haut quelques chilïres intéressants recueillis sur des animaux vivants. — Chez l’homme, dans plusieurs cas de perte de substance osseuse crânienne, on a pu enfoncer dans le cerveau des thermomètres très sensibles, gradués en cinquantièmes de degré (observations de A. Mosso, 1894) ; la température du cerveau au repos est, en général, inférieure à celle du rectum de quelques dixièmes. Le cerveau n’est donc pas, à proprement parler, un organe profond.

La température du sang a été explorée dans tout l’arbre artérioveineux (Claude BERNAno).

Pour cette reclierche on emploie des aiguilles thernao-électriques placées dans une bougie de gomme élastique. L’artère et la veine crurales étant découvertes sur un chien, dans la région inguinale, on introduit dans chaque vaisseau une bougie munie de l’aiguille thermo-électrique. A quelque profondeur que l’on pousse la sonde artérielle, on trouve que la température est constante dans ce vaisseau, aussi bien que dans l’iliaque, dans l’aorte abdominale, dans la thoracique, jusqu’au ventricule gauche. Au contraire, quand on enfonce la sonde veineuse, on voit la température s’élever peu à peu, à mesure que l’extrémité de la sonde arrive dans les parties de la veine cave les plus rapprochées du diaphragme, et c’est au niveau du diaphragme que l’on constate la température la plus élevée. Or, en ce point, les veines sus-hépatiques viennent se jeter dans la veine cave inférieure. La température du sang du loie surpasse de l°,ü celle du sang aortique, au même niveau. C’est là le point le plus chaud du corps. Ce sang plus chaud arrive tout de suite au cœur droit et pour cette raison le sang du cœur droit a été toujours trouvé plus chaud (de 0",2 environ^ que celui du cœur gauche.

2° Température des animaux homéothermes.

La température de ces animaux oscille entre 35°, 6 et 43°. On peut dire, d’après d’innombrables mesures, que la température moyenne^ de l’homme est de 37°, 5, celle des autres Mammifères de 39° et

1. Si on prend ce chiffre comme moyenne de la température rectale, on peut admettre pour l’axillaire le chiffre de 37“.

celle des Oiseaux de 42°. Mais ces moyennes ne donnent pas la connaissance exacte de la température normale, car cette température subit, au cours de la journée, des oscillations assez amples. C’est chez l’homme que ces variations physiologiques ont été le mieux étudiées. La connaissance en est très importante pour le médecin.

En premier lieu la température présente un maximum vers cinq heures du soir et un minimum vers quatre ou cinq heures du matin (voy. lîg. 178).

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Fig. 178. — Courbe quotidienne de la température rectale chez l’homme (d’après Th. JüRCE.a>fîi i).

Sur la ligne des abscisses sont indiquées les heures il partir de 1 heure du matin, sur les ordonnées les températures. Les points indiquent les températures prises.

Maximum : 37“,5 à 5, 6 et 7 heures du soir.

Minimum : 36“,7 à 4, 3 et 6 heures du malin.

Écart maximum entre les deux températures ; 0®,8.

Cet écart est environ de 1°. On l’a trouvé plus grand encore en ayant soin de prendre la température à la lin de la nuit, vers trois heures du matin; c’est, par exemple, ce qu’a constaté E. Glev sur lui-même (18.84) (avec un thermomètre gradué en vingt-cinquièmes de degré), relevant des minima de 36“, 3.o“,8, et même 35“,65, tandis que dans l’après-midi les maxima étaient 37 “,2, 37 “,3, 37 “,4. Si donc on tient le compte qu’il faut des températures nocturnes, on voit que les variations quotidiennes de la température sont plus importantes qu’on ne le dit d’habitude.

Le rythme de celte oscillation quotidienne est très constant, quelles que soient les températures extérieures, les latitudes, l’alimentation, etc. Il dépend de l’activité musculaire et nerveuse. Dans le milieu de la journée toutes les activités sont portées à leur maximum, et c’est alors que la production de chaleur atteint aussi son maximum. Aussi a-t-on constaté une remarquable concordance entre les oscillations thermiques

1. Médecin allemand contemporain, professeur à l'Uni versilé de Tübingen-

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et celles de l’élimination de l’acide carbonique, celle élimination étant considérée comme l’expression au moins approximative de la grandeur des échanges de matières.

Ce qui le prouve encore, c’est l’inversion que l'on remarque souvent, dans cette courbe nycthémérale chez les ouvriers qui travaillent régulièrement la nuit, boulangers, mineurs, veilleuses d’hôpital, etc. Chez ces ouvriers, les maxima et les minima de la température sont intervertis, comme sont interverties les périodes d’activité et de repos des vingtquatre heures. — 11 est curieux de noter que la même inversion de la courbe thermique a été relevée chez les Oiseaux nocturnes (observations faites sur des hiboux, chez lesquels le maximum se produisait vers minuit et le minimum vers midi ou un peu plus tard). La périodicité de celte courbe est donc bien déterminée par la périodicité de l’activité.

Indépendamment des variations de la courbe thermique des vingt-quati e heures, il y a des variations de la température causées par diverses influences.

La chaleur extérieure augmente légèrement la température. Ainsi dans les pays chauds elle serait supérieure de 6 à 8 dixiémes de degré à celle que l’on constate dans les pays tempérés.

Avec Vâge varie la température. Les nouveau-nés ont une température qui dépasse de 3 dixièmes environ celle de l’utérus; c’est que le fœtus n’est exposé à aucune cause de refroidissement; mais, immédiatement après la naissance, la température s’abaisse très vite; en quelques minutes, elle descend à 36°-3o'>, ce qui tient non seulement au refroidissement périphérique, mais aussi à ce que le système nerveux n a pas encore acquis tout son pouvoir de commander aux échanges chimiques (Ch. Richet). Dès le lendemain de la naissance ou môme, d’après d’autres recherches, au bout de quelques heures, la température remonte à 37°. — La température des enfants est à peu près la môme que celle des adultes. Celle des vieillards serait un peu plus élevée, en raison d’une moindre déperdition de la chaleur par la peau où la circulation est très ralentie.

h’exercice musculaire est la cause la plus importante de l’augmentation de température . En moins d’une heure, sous l’influence d’une marche rapide, la température axillaire peut s’élever de i». Quand on provoque la contraction du système musculaire général par un courant électrique traversant tout le corps (tétanos électrique [Ch. Richet]), chez un chien, très rapidement la température s'élève de plusieurs degrés, jusqu’à 44 et 45°, température mortelle. L’immobilité, au contraire, fait baisser la température; c’est ce qu’il est facile de constater sur les animaux attachés; sur un lapin immobilisé la température rectale s’abaisse aisément de 1° en une dizaine de minutes.

Le tr'avail intellectuel augmente légèrement la température, de 0°,1 environ en une heure.

La température des Mammifères autres que l’homme est supérieure à celle de ce dernier. On le verra sur le tableau suivant (Cii. Kichet) :

Porc. . .

Mouton Bœuf. . . Lapin . .

Cobaye Chien. .

Renard Chat. . .

Singe. .

Cheval.

Température rectale.

Cette température est soumise au.K mêmes influences que celle de l’homme.

La température des Oiseau.v est encore plus élevée. Voici quelques chiffres qui le montrent :

Canards et autres Palmipèdes lamellirostres 42,2

Gallinacés et Pigeons 42,5

Sur des Oiseaux appartenant à beaucoup d’autres espèces on a trouvé des températures analogues, de 40», 5 à 43».

On admet que cette température élevée tient à l’activité des combustions respiratoires chez les Oiseaux (voy. p. 553).

3° Température des animaux poikilothermes.

Tous les êtres dits à sang froid, Vertébrés inférieurs, Batraciens, Reptiles, Poissons et Invertébrés ont une température qui varie avec celle du milieu extérieur, et pour laquelle on ne peut, par conséquent, donner de moyenne; cette température cependant dépasse toujours de quelques dixièmes de degré et même, dans quelques conditions, de plusieurs degrés la température du milieu extérieur.

Ce sont les Reptiles qui, parmi les animaux à sang froid, paraissent produire le plus de chaleur; ils ont communément une température de 1 à 3» au-dessus de la température extérieure, à condition que celle-ci ne soit pas trop élevée. Puis viennent les Batraciens et les Poissons.

Les Insectes aériens ont souvent une température élevée, les combustions respiratoires étant chez eux très actives (voy. p. 5o3); mais ils perdent rapidement la chaleur qu’ils produisent, en raison de leur petite taille et, par conséquent, de la surface de rayonnement qu’ils présentent (voy. p. 553).

En somme, les animaux à température variable, comme ceux à température constante, produisent de la chaleur, mais ils diffèrent de ces derniers en ce qu’ils n’en produisent pas assez pour maintenir leur température au-dessus de celle du milieu extérieur, sauf de

1. Ce chiffre serait un peu trop élevé; d’après des chiffres recueillis par des vétérinaires, la moyenne ne dépasserait pas 3<j“.

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quelques dixièmes de degré, et en ce que leur température propre peut être très basse, voisine de 0, sans que pour cela leur vie cesse (Ch. Uichet). En hiver cependant ces animaux s’engourdissent; ils n’ont toute leur activité que durant la saison chaude.

4° Température des animaux hibernants et des nouveau-nés.

Entre les animaux à sang chaud et ceux à sang froid il y a des intermédiaires. Au point de vue de la thermogenèse il existe en effet, parmi les animaux à sang chaud, des êtres qui font exception ; il en est qui peuvent, dans des conditions déterminées, présenter des températures variables ; ce sont les Mammifères hibernants et ce sont aussi les nouveau-nés des Mammifères et des Oiseaux.

Les premiers (hérissons, marmottes, chauves-souris, etc.) se refroidissent facilement, ce qui amène chez eux un ralentissement de toutes les fonctions, mais sans que la mort s’ensuive.

Quant aux nouveau-nés, il ne peuvent produire assez de chaleur pour résister à des causes de refroidissement même médiocres. Ainsi la température de petits lapins nouveau-nés, séparés de leur mère, baisse en une heure de plus de 15®; celle de jeunes oiseaux, retirés de leur nid, baisse dans le même laps de temps de plus de 20®. Sans doute les nouveau-nés, en raison de la petitesse de leur volume et de la nudité de leur tégument, perdent beaucoup de chaleur; mais ces causes ne suffisent pas à expliquer la facilité avec laquelle ils se refroidissent, puisque des animaux très petits, comme beaucoup d’oiseaux, ont une température de 40® aussi bien en hiver qu’en été et que, d’autre part, il est des animaux à peau nue qui conservent aussi une température élevée (chiens à poil ras, homme nu, etc.). La véritable cause du refroidissement rapide des nouveau-nés doit être cherchée dans le peu de développement de leur système nerveux, encore incapable de régler convenablement les actions dont dépendent la production et le maintien de la chaleur. Aussi importe-t-il de couvrir très chaudement les enfants nouveaunés. D’ailleurs, les nouveau-nés ne résistent pas mieux aux élévations de température, et c’est pour la même raison, parce que leur appareil nerveux thermo-régulateur n’est pas encore suffisamment développé ; ainsi chez des animaux nouveau-nés placés dans une étuve à 47®, la température rectale s’élève en une heure ou une heure et demie à 46®, ce qui amène leur mort.

Pour résumer tout ce qui précède, on peut, avec Ch. Hichet,

LA THERMOGENÈSE ET SES VARIATIONS

classer très simplement les animaux « d’après leurs fonctions thermophysiologiques )). Voici cette intéressante classiticalion :

Animaux qui ont une lempérahire invariable.

Mammifères et Oiseaux adultes

à 42° environ à 39» —

Oiseaux.

Mammifères.

Hommes,

Animaux qui ont une lempéralure variable.

a. Qui meurent quand leur température |

est inférieure à 20" |

b. Qui s’en"ourdissenl quand leur tem- j

pérature est inférieure à 20“ (

c. Qui sont encore actifs quand leur tem- f

pérature est inférieure à 20“ \

Mammifères et Oiseaux nouveau-nés.

Hibernants.

Reptiles, Batraciens, Poissons, Mollusques, Insectes, etc.

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