Médecin et physiologiste français contemporain
FONCTIONS SENSORIELLES
Liétat de la circulation peut modifier la sensibilité; ainsi l’hyperémie et l'anémie la diminuent.
L’exercice l’augmente. L’exemple le plus frappant de la perfection que peut atteindre le sens du tact est celui des aveugles.
B. Caractères de la sensation. — La sensation de pression présente divers caractères, dans la détermination desquels le système nerveux central joue un rôle manifeste.
1® Les sensations ont plus ou moins d’intensité. Nous avons déjà indiqué ce point et dit que l’examen en serait fait ultérieurement.
2° Aucune impression n’est sentie aussitôt qu’elle se produit; il y a un intervalle de temps qui sépare le moment de l’excitation du moment de la sensation. Ce temps peut se mesurer, on l’appelle le temps de réaction. Cette durée varie suivant les sensations. Mais, comme les méthodes pour la déterminer s’appliquent à toutes les sensations et comme les résultats de ces expériences, si on les réunit, gagnent en intérêt, on remettra l’exposé de cette question à la fin de l’étude des fonctions sensorielles.
.3® La durée de la sensation dépasse celle de l’application de l’excitant. C’est pour cela que des contacts se succédant trop rapidement cessent d’être sentis isolément et déterminentune sensation continue (voy. plus loin, p. 819). Tout le monde sait que les personnes qui portent des lunettes les sentent encore sur leur nez pendant quelques instants, après qu’elles les ont enlevées. 11 y a donc une persistance des impressions tactiles analogue à la persistance des impressions rétiniennes qui produit les images consécutives.
4° Quand on touche la peau d’un sujet, non seulement celui-ci distingue la nature du contact, fort ou faible, dur ou mou, etc., mais encore il peut désigner, même les yeux fermés, le point de la peau touché.
Ces expériences de localisation de la sensation peuvent se faire suivant plusieurs méthodes.
Une méthode assez usitée consiste à toucher la peau d’un sujet, dont les yeux sont fermés, avec une pointe noircie; le sujet doit ensuite indiquer avec une autre pointe l’endroit touché. La distance entre les deux points mesure la sensibilité.
Suivant les endroits de la peau, le point du corps auquel le contact est rapporté correspond plus ou moins exactement au point touché. La finesse de localisation des sensations tactiles est doncplus ou moins grande. Et le pouvoir ou faculté de localisation {Ortsinn des Allemands) varie donc avec les différentes parties de la peau.
SENSIBILITÉ TACTILE
C’esl cette habitude de localisation qui rend compte de certaines illusions tactiles, telles celle que l’on observe dans V expérience bien connue d'Aristote (fig. 185). Si on croise l’index et le médius et qu’on roule entre ces deux doigts ainsi placés une petite boule, un pois par exemple, on éprouve la sensation de deux boules, l'une en dehors de l'index, l’autre en dedans du médius. C’est que l'expérience nous a appris à sentir deux corps différents, dans la position normale des doigts, lorsque l’impression se fait sur les bords radial de l’index et cubital du médius.
A la faculté de localisation se rattache 1 an- pjg^ — Expérience d’Aristote,
cienne expérience de E.
H. Weber (1834) sur la perception de deux excitations tactiles simultanées. Elle consiste en la détermination de la distance minima au-dessous de laquelle les deux contacts simultanés ne sont plus sentis comme tels; c’est donc aussi un seuil de sensation (voy. plus haut, p. 813) et, comme cette faculté de discernement s’e.xerce sur une étendue de peau, c’est un seuil que l’on dit eætensi/’, par opposition au seuil de la sensation de pression, dit intensif. Comment se fait l’expérience ?
On recherche si, en appliquant simultanément deux pointes sur la peau, on sent également ces deux pointes comme distinctes. Pour cela on se sert d’un compas (compas de lFe6er)ieton recherche quel écartement ilfautdonner aux deux pointes du compas pour que, appliquées en même temps sur la peau, elles soient senties séparément ; plus cet écartement est petit, plus la sensibilité est grande. Ainsi, à la pointe de la langue, il suffit de 1 millimètre d’écartement, de 2 millimètres sur la paume et de 13 millimètres sur le dos de la main ; sur la peau du tronc, particulièrement vers la partie dorsale, on ne sent les deux pointes que quand elles sont écartées de S ou 6 centimètres et de 7 centimètres sur la cuisse 2.
E. H. "Weber a appelé cercle de sensation l’étendue de la surface de la peau où l’impression des deux pointes du compas se confond en une seule. Il est facile de constater que l’étendue de ces cercles est très variable selon les parties du corps considérées ; très petite à la pointe de la langue, elle devient très considérable vers les parties dorsales du tronc; il est facile