Physiologie des organes annexes de l’œil
Le plus im[)orlant de ccs appareils annexes est celui (|ui sert à mouvoir le globe oculaire. On étudiera ensuite les organes de protection de l’œil.
1° Muscles du globe oculaire. — Leur rôle.
Si l’on réfléchit a la minime étendue de lapai lie vraiment sensible de la rétine, on conçoit tout de suite de quelle utilité sont les mouvements du globe oculaire. L’œil peut en effet se tourner dans tous les sens, sans que la tête remue, et les deux yeux oeuvent se
Fig. 223. — Muscles de l'oeil et leurs axes de lotatioa.
AA. aie antéro-postérieur du globe oculaire ; — TT, axe transversal du globe oculaire- — DD, axe de rotation des muscles droits supérieur et inférieur; - 00, axe de rota‘-on des muscles obliques.
diriger à chaque instant sur un même point, puis sur un autre. Grâce à ces déplacements incessants du globe oculaire, le champ de la vision distincte, qui est si limité (on se rappelle que les ima^^es formées sur la tache jaune sont seules vues nettement), est en fait suffisamment étendu.
Ce sont les muscles du globe oculaire qui exécutent tous ces mouvements. Ceux-ci sont très aisés en raison de la mobilité très grande que sa forme sphérique permet au globe. Comme toutes
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les sphères, en elfet, le globe pourrait tourner autour d’une infinité d’axes de rotation. Pour simplifier l’analyse des mouvements, on limite ces axes à trois principaux, correspondant aux trois dimensions de l’espace et représentés par trois diamètres du globe oculaire qui se coupent à angle droit au centre de rotation; on a ainsi un axe antéro-postérieur, un vertical et un transversal ou horizontal.
A. Disposition générale et action des muscles dn $;;lol>e oculaire. — Les muscles extrinsèques de l’œil sont au nombre de six, les quatre droits et les deux obliques.
Pour analyser les actions de ces muscles, il faut se les représenter, la tête étant supposée droite et les deux yeux parallèles regardant à l’horizon. Dans cette position, les muscles du globe oculaire sont au repos. Mettons-les en action. L’œil va tourner autour d’un centre de rotation à peu près invariable, situé à 2 millimètres environ en arrière du centre géométrique, sur l’axe antéro-postérieur (voy. tig. 223); et, selon les muscles qui entrent en jeu, il tournera dans des directions ditlerenles, suivant des axes de rotation déterminés. Chaque axe est perpendiculaire à la direction du muscle considéré, et sa position est déterminée par les angles qu’il fait avec les trois axes principaux du globe oculaire.
Les deux droits interne et externe, en se contractant, font mouvoir l’œil autour d’un axe vertical. Comme cet axe de rotation coïncide à peu près avec l’axe vertical de l’œil, ils portent l’œil à peu près directement, l’interne en dedans (adducteur), l’externe en dehors (abducteur). — Le premier est beaucoup plus puissant que son antagoniste. Ce qui se comprend, l’adduction étant le mouvement le plus important, déterminé constamment pour les besoins de la convergence.
Les deux autres droits, supérieur et inférieur, sont, l'un élévateur et l’autre abaisseur de l’œil, qu’ils font mouvoir autour d’un axe horizontal. Mais cet axe est un peu oblique en avant et en dedans, puisqu’il forme un angle de 27“ avec l’axe transversal du globe oculaire (fig. 223). Aussi l’action de ces muscles est -elle plus complexe que celle des précédents. Ils sont en effet légèrement adducteurs. Par conséquent, le droit supérieur, agissant isolément, porte le regard en haut et en dedans, et le droit inférieur le porte en bas et en dedans. — Remarquons tout de suite que cette action adductrice ne peut suppléer celle du droit interne, en cas de paralysie de ce dernier; dans ce cas, tout mouvement d’adduction est impossible, comme le montre l’observation clinique; ce qui se conçoit du reste, puisque le droit supérieur et le droit inférieur, étant antagonistes, ne peuvent fonctionner synergiquement.
Les deux muscles obliques, le grand et le petit, sont l’un abaisseur et l’autre élévateur du globe oculaire, qu’ils font tourner autour d’un axe antéro-postérieur. Mais cet axe est oblique en avant et en dehors, formant avec l’axe antéro-postérieur un angb de 39“ (fig. 223). Aussi le grand
SENS DE LA VUE
Oblique, en se contractant, porte-t-il le regard en dehors eiî môme temps qu en bas et le petit oblique en dehors en même temps qu’en haut. — 11 faut laire ici une remarque analogue à celle que nous avons laite au sujet de 1 action des droits supérieur et inférieur : cette action abductrice accessoire ne peut suppléer celle du droit externe; quand celui-ci est paralysé, il n’y a plus d’abduction possible; les deux obliques, en effet, foncièrement antagonistes, ne peuvent s’associer dans un mouvement commun.
On peut représenter toutes ces actions musculaires par un très simple schéma (fîg. 224). Et l’on voit que les six muscles du globe oculaire sont disposés par paires et respectivement antagonistes. La première paire est formée par l’abducteur et l’adducteur (droit externe et
Droit Interne Droit externe
Droit supérieur Droit inFèneur Grand obUcjue Petit oblique
Hg. 224. — Représentation schématique des mouvements produits par la ccniraction des muscles du globe oculaire.
droit interne) (fig. 22o) ; la deuxième paire par les deux élévateurs, droit supérieur et petit oblique, qui, agissant isolément, sont antagonistes, le droit* supérieur étant adducteur et le petit oblique abducteur, et qui, agissant ensemble, attirent l’œil en haut sans que s’incline le méridien vertical (fig. 226) ;
Fig. 225. — Action des muscles droit interne et droit externe (F.
Le méridien vertical reste vertical.
Fig. 22fi. — Action des mus- • des droit supérieur et petit oblique (F. Ierriln). Le droit supérieur incline en dedans l’extrémité supérieure du méridien vertical, le petit oblique l’incline en dehors.
Fig. 227. — Action des muscles droit inférieur et grand oblique (F. ’rERRiEN). Le droit inferieur incline en denors 1 extrémité supérieure du méridien vertical et le grand oblique l'indine en dedans.
et la troisième paire est constituée par les deux abaisseurs, droit inférieur et grand oblique, qui, dans leur action isolée, sont antagonistes, le premier étant adducteur et le second abducteur et qui, agissant ensemble, abaissent l'œil directement en bas sans que s’incline le méridien (fig. 227).
B. Innervation des muscles du globe oculaire. — Les
divers mouvements de l’œil exigent l’intervention de deux ou trois des muscles du globe, à l’exception des mouvements d’adduction et d’abduction qui se font par l’action des muscles droits internes ou des muscles droits externes. .Mais l’élévation et l’abai.ssement néces- Glev. — Physiologie. ng
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sitent la participation des obliques ; le droit supérieur seul élèverait bien la pupille, mais en même temps il tournerait l’œil en dedans ; le petit oblique, par sa contraction simultanée, corrige ce derniei'^ mouvement (voy. le schéma de la figure 224) et aide à l’élévation ; de même, le droit inférieur seul suffirait à abaisser la pupille ; mais en même temps il tournerait l’œil en dedans; le grand oblique, par sa contraction simultanée, compense ce mouvement (voy. fig. 224) et aide à l’abaissement. Une telle synergie ne s’explique que par un mécanisme nerveux approprié.
D’auti-e part, la vision se fait par les deux yeux. Ceux-ci, pour regarder ensemble, doivent donc se mouvoir synergiquement. Ainsi les deux droits internes se contractent simultanément pour faire converger les deux axes visuels vers un objet que l’on regarde avec les deux yeux. De même, quand un œil s’élève ou s’abaisse, l’autre s’élève ou s’abaisse aussi ; tout le monde sait qu’on ne peut à la fois élever un œil et abaisser l’autre. Prenons le cas de la vision latérale : quand nous regardons à droite, le droit interne de l’œil gauche agit en même temps que le droit externe de l’autre œil ; quand nous regardons à gauche, c’est le droit interne de l’œil droit qui agit avec le droit externe de l’œil gauche; mais on ne peut regarder à droite avec l’œil droit et en même temps à gauche avec l’œil gauche. Enfin, quand on regarde à la fois soit en dedans et en haut ou en bas, soit en dehors et en haut ou en bas, trois muscles interviennent : dans le premier cas, droit interne, droit supérieur et petit oblique ou, avec le même droit interne, droit inférieur et grand oblique et, dans le second cas, droit externe, droit supérieur et petit oblique ou, avec le même droit externe, droit inférieur et grand oblique. — Pour toutes ces actions synergiques il faut des innervations communes. On ne peut mieux comparer, avec IIering,. le mécanisme des mouvements des yeux qu’à celui d’un attelage de deux chevaux que conduit un seul cocher.
C’est grâce à celte coordination des mouvements des deux yeux que les images se font toujours en des i)oiiits correspondants des deux rétines ^
1. Celte coordination est en défaut, soit par paralysie de 1 un des muscles de Fœil (nous reviendrons tout à l'heure sur ces paralysies), soit parce qu’il y a stnibisme. Le strabisme est une déviation plus ou moins apparente d’un œil de sa direction ; lorsque le sujet atteint de strabisme fixe un objet, les deux axe& visuels ne convergent plus vers cet objet ; il fixe avec un seul œil, 1 autre est dévié, soit en dedans {strabisme conuergenl), soit en dehors {strabisme divergent). Grâce à l'amblyopie causée par le défaut d’usage (l'œil dévié s’abstient progressivement de voir et devient amblyope), la vision binoculaire est supprimée, et il n’y a pas de diplopie dans le strabisme. Au contraire, dans les paralysies musculaires, il y a diplopie ; le sujet frappé voit double toutes les fois que 1 objet fixé est dans la sphère d’action du muscle paralysé ; c'est que l'image de l’objet
SENS DE LA VUE
Quels sont les nerfs qui commandent à tous ces mouvements et quel est le centre de coordination des mouvements des yeux?
Nerfs oculo-moteurs. — Trois nerfs innervent tous les muscles du globe oculaire ; le moteur oculaire commun (troisième paire crânienne), le pathétique (quatrième paire) et 1e moteur oculaire externe (sixième paire), qui naissent tous trois de noyaux étagés au-dessous
de 1 aqueduc de Sylvius, dans le plancher du quatrième ventricule.
Le nerf moteur oculaire commun donne le mouvement aux muscles auxquels il se distribue, c’est-à-dire au releveur de la paupière, à quatre des muscles du globe oculaire, le droit supérieur, le droit interne, le droit inférieur, le petit oblique et, par la racine motrice qu’il fournit au ganglion ophtalmique, il innerve encore les muscles de la choroïde (nerf de l’accommodation) et de la pupille (constricteur). Quand ce nerf est coupé ou quand, chez l’homme, il est comprimé par une tumeur, on remarque, outre les symptômes dont nous n’avons pas à nous occuper ici (chute de la paupière supérieure, paralysie de l’accommodation et dilatation de la pupille), la déviation du globe oculaire en dehors et en bas. Cet effet est le résultat inéluctable de 1 impotence fonctionnelle des muscles paralysés : ceux-ci ayant perdu leur tonicité, leurs antagonistes, droit externe et grand oblique sont prédominants, et le globe oculaire est dévié dans le sens opposé à là paralysie.
Le nerf pathétique innerve le grand oblique. Quand il est coupé ou pathologiquement détruit, l’œil est légèrement dévié en haut et en dehors, par suite de l’action prédominante du petit oblique.
Le nerf moteur oculaire externe innerve le droit externe. Sa paralysie amène une déviation du globe oculaire en dedans.
Centres oculo-.moteurs. — Or, ces nerfs n’agissent pas isolément. Dans la vision binoculaire, les deux yeux se meuvent toujours synergiquement. C est donc que leurs mouvements sont associés en des mécanismes nerveux centraux préétablis.
.\msi on a vu (]ue les deux muscles droits internes sont associés pour la convergence ; il y a donc relation entre les deux nerfs moteurs oculaires communs. De même, on a vu que le droit interne d’un coté est associé avec le droit externe de l’autre côté pour la vision latérale ; il y a donc relation réciproque entre le moteur oculaire commun et le moteur oculaire externe de chaque côté. De fait, on a constaté que le noyau moteur oculaire externe d un côté (de gauche, par exemple) donne quelques fibres qui par un trajet dans l’épaisseur de la protubérance, arrivent au nerf màteur oculaire commun du côté opposé (de droite, dans l’exemple choisi) • par ces filets, qui vont dans le muscle droit interne de l’œil droit, la contraction de
ne se produit plus sur les deux macula à la fois, et les plus se fusionner dans les centres nerveux.
deux images ne
peuvent
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ce muscle se trouve associée à celle du droit externe de l’œil gauche, et ainsi se trouve assurée l’association du mouvement des deux yeux dans la direction latérale du regard (Mathias Duval et Laboküe, 1880).
Ces associations nerveuses existent donc dans le bulbe, dans la région où se trouvent les noyaux d’origine des nerfs moteurs du globe oculaire. Mais les excitations qui mettent en jeu ces fonctionnements nerveux partent de centres situés plus haut, des tubercules quadrijumeaux et de l’écorce cérébrale.
Chez beaucoup d’animaux, l'excitation des tubercules quadrijumeaux antérieurs détermine un mouvement des deux yeux, l’excitation du tubercule droit un mouvement à gauche, l’excitation du gauche un mouvement à droite, et enfin celle de la partie moyenne le mouvement des deux yeux en haut. D’autre part, les lésions destructives amènent la paralysie des mouvements volontaires conjugués, les mouvements isolés de chaque œil étant conservés.
En vertu de ces observations, on admet donc souvent que les tubercules quadrijumeaux antérieurs sont des centres réflexes pour les mouvements conjugués des yeux. .Mais le rôle de l’écorce cérébrale est encore mieux établi.
L’excitation électrique de la partie de l’écorce cérébrale dite visuelle (écorce occipitale), chez le singe et chez le chien (expériences de E. A. ScH.AFER, 1888 et ultérieurement), provoque des mouvements associés des deux yeux (et des pupilles). Chez l’homme, les observations bien étudiées d’hémianopsie coexistant avec la déviation conjugée des yeux suffisent à montrer la relation étroite qui existe entre la fonction visuelle et la fonction oculo-motrice. Et ceci est conforme à cette donnée générale, que toutes les excitations sensorielles, une fois perçues, tendent à. provoquer une stimulation corticale (réflexe cortical) d’où résulte une orientation de l’appareil périphérique récepteur dans la direction de l’excitant. Un bruit ou une odeur, augsi bien qu’une impression lumineuse, provoquent une rotation d<e la tête du côté d’où provient celte excitation. — La section horizontale des fibres de la couronne rayonnante des sphères visuelles supprime l’effet moteur de l’excitation de ces centres. L’influence de ces derniers sur les mouvements du globe oculaire est donc en rapport avec les ganglions de la base du cerveau.
Les lobes frontaux contiennent aussi des centres moteurs pour les mouvements des yeux (expériences de G. S. Sheriunoton, 1893-1894 et de Risien RussellL 1894-1895, sur le singe) : l’excitation de la zone rolandique détermine des mouvements de l’œil du côté opposé, mais les réactions sont limitées à ce seul œil ; il y a là une différence capitale avec ce qui se passe quand on excite la région occipitale. — Ces expériences de