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En. Bertholet, loc. cil., p

• Autre preuve en faveur du rôle des faisceaux latéraux: pour abolir avec la sensibilité tactile la sensibilité douloureuse (et thermique), il faut sectionner et les cordons postérieurs et les cordons latéraux. Or, ceux-ci sont représentés par le faisceau sensitif latéral et le faisceau de Gowers ' (voy. fig. 235). Les études histologiques ont montré comment se forment ces faisceaux; les fibres radiculaires de sensibilité, à leur entrée dans la moelle, s’épanouissent en partie en fascicules ascendants et descendants pour se terminer bientôt dans la substance grise. C’est de celle-ci que naissent les fibres qui, passant dans les cordons latéraux, portent les

Kig. 236. — Schéma des voies conductrices de la sensibilité (et de la motricité volontaire! dans la moelle épinière (Mathias Ddvai.).

RP, racine postérieure ; — RA, racine antérieure ; — G, ganglion spinal ; — CS, cellule da la corne postérieure; — CM, cellule de la corne antérieure; — 1, 1 et 2, 2, voies conductrices de la sensibilité ; — 3,4, voies de la motricité volontaire.

impressions vers le cerveau. Les fibres de sensibilité thermique et douloureuse subissent donc dans la substance grise une interruption, par interposition de cellules nerveuses (voy, fig. 236), et présentent de plus une décussation, c’est-à-dire passent dans la moitié de la moelle opposée à celle où se fait l’implantation de la racine postérieure correspondante (fig. 236).

Toute vraisemblable que paraît cette systématisation des voies conductrices des diverses formes de la sensibilité cutanée et des

1. Chez certains animaux, l’hémisection anlérieure delà moelle ne supprime ni la sensibilité tactile, ni la sensibilité douloureuse ; c’est donc que le faisceau de Gowers, situé dans la moitié antérieure du cordon latéral, ne servirait pas à la transmission de ces deux formes de sensibilité (expériences de Schiff, confirmées par flEnzEN).

voies de la sensibilité profonde (sens musculaire), il convient de rappeler ici les résultats d’expériences intéressantes de Vulpun..

D’après Vulpian, la moelle peut transmettre à l'encéphale les impressions reçues à la périphérie, même lorsqu’elle a subi des mutilations considérables. S'il s’agit seulement de sections transversales, ces sections peuvent diviser la moelle dans une grande partie de son épaisseur et dans un sens quelconque, sans interrompre la transmission des impressions sensibles, à la condition qu’une petite partie de la substance grise (une sorte de pont) ait été respectée par l’incision. Quel que soit le sens de l’incision transversale incomplète, l’animal conserve la possibilité de reconnaître le point de son corps que l’on irrite, c’est-à-dire qu’il continue à percevoir des impressions, par lesquelles il garde des notions sur la position respective des diverses régions de son corps, en relation, par leurs nerfs, avec la partie de la moelle épinière située en arrière du siège de la lésion. Chez l’homme même la continuité physiologique de la moelle peut être rétablie par le fait d’une continuité anatomique très restreinte. CHAucoTa eu l’occasion d’examiner la moelle d'un sujet dont la paraplégie, suite d’un mal de Pott, avait disparu depuis deux ans. Au niveau du point de compression, la moelle n’avait que le volume d’un tuyau de plume d’oie, et la coupe correspondait au tiers de la surface de section d’une moelle normale; on y voyait, au milieu de tractus fibreux durs et épais, une grande quantité de tubes nerveux munis de myéline et de cylindre axes; la substance grise n’y était plus représentée que par une seule corne, où on ne trouvait qu’un petit nombre de cellules intactes.

11 est impossible d’accepter, pour expliquer ces faits, l’hypothèse selon laquelle chaque parcelle d’une tranche transversale, passant par un point quelconque de la substance grise médullaire, contiendrait des éléments conducteurs en rapport avec toutes les fibres de sensibilité des nerfs naissant en arrière de ce point. On est conduit à se demander si les impressions, arrivant dans la substance grise médullaire, n’y prennent pas des voies diverses, quand leurs voies habituelles sont interrompues. La méthode des dégénérescences secondaires montre que les fibres ascendantes des cordons postérieurs et d’une partie des cordons latéraux, fibres appartenant aux neurones des ganglions spinaux, servent d’ordinaire à la conduction de la sensibilité profonde. Mais à son tour l’expérimentation physiologique montre que, ces voies faisant défaut, la conduction des impressions sensibles peut avoir lieu à travers la substance grise, par des chemins encore mat définis, et par ces chemins arriver au bulbe.

Entre-croisement des voies de sensibilité dans la moelle.

— Une des questions les plus importantes concernant la transmission des impressions sensibles est celle de savoir si cette transmission

est directe ou croisée. Des expériences systéniaLuiues d’hémisection transversale de la moelle paraissent pouvoir résoudre la question. '

Déjà nous avons eu l’occasion de noter que les faisceaux sensitif latéral et de Gowers s’enlre-croisent dans la moelle et que les cordons postérieurs s’entre-croisent au niveau du bulbe. Tous les conducteurs de la sensibilité s’entre-croisent donc avant d’arriver à l’encéphale. On comprend ainsi pourquoi une lésion de l’hémisphère gauche produit une anesthésie à droite, c’est-à-dire une anesthésie croisée. Mais il faut chercher les preuves de ces faits.

Ce sont surtout les expériences de Brown-Séquabo (1849) qui ont posé la question. Après la section d’une moitié de la moelle, le célèbre physiologiste constata l’abolition du mouvement et la conservation de la sensibilité et même l’hyperestbésie du même côté, et l’anestliésie du côté opposé. On reproduit aisément ce syndrome chez le cobaye. Chez l’homme, depuis les observations recueillies par Brown-Séqurad (1863), on en a réuni un grand nombre d’auti'es qui établissent toutes la réalité du syndrome de Brovm-Séquard , paralysie motrice directe et anesthésie croisée.

11 est très vrai cependant que les expériences faites sur le singe, sur h> chien et sur le chat ont montré que l’hémiscction de la moelle est suivie d’une diminution de la sensibilité (dans tous ses modes), non pas du côté opposé à la lésion, mais du même côté. Et, à la suite de ces hémisections, on a constaté, quand celles-ci ne dépassaient pas la ligne médiane, une dégénérescence ascendante de la partie dorso-médiane du faisceau de Goll, du faisceau de Burdach, du faisceau cérébelleux direct et du faisceau de Gowers et enfin de la zone centrale du faisceau antéro-latéral (voy. fig. 233, SL), toutes ces dégénérescences se produisant du côté sectionné.

Il y aurait donc, chez ces animaux, deux voies pour la transmission des impressions sensibles ; l’une de ces voies est directe, passant par les cordons postérieurs (et, pour les impressions kinésiques, par les faisceaux médullo-cérébelleux et de Gowers ^), et l’autre voie est croisée (puisque, après la section delà voie directe, il y a, non pas abolition, mais seulement diminution de la sensibilité), constituée par des fibres qui sont interrompues dans les cornes postérieures et par des prolongements partis des cellules desdites cornes et s’engageant dans le cordon latéral du côté opposé.

Faut-il pour cela rejeter sans plus les résultats des expériences de Brown-Séquard et des observations cliniques, appuyées sur les examens anatomo-pathologiques? Ne se pourrait-il pas que les voies

1. Cette partie ne serait pas une voie directe dans toutes les espèces animales.

directes et croisées de la sensibilité fussent d’importance variable suivant les espèces animales? S'il en était ainsi, on aurait à déterminer, dans les différentes espèces, l’une et l’autre voie et leur prédominance respective. Or, il va trop d’observations qui prouvent que, chez l’homme, l’hémisection de la moelle a pour conséquence la paralysie du môme côté et l’anesthésie du côté opposé pour qu’on les puisse récuser. 11 faut donc admettre l’entre-croisement médullaire des voies conductrices de la sensibilité chez l’homme », du moins en général, car il y a des différences individuelles. Cet entre-croisement serait presque total, tandis que chez les animaux il n’est que partiel; et, nous le savons, c’est, suivant les espèces animales, tantôt la voie directe, tantôt la voie croisée qui est la plus importante.

Quant à l’hyperesthésie observée du même côté que la lésion, dans le syndrome de Brown-Séquard, elle est due à des phénomènes d’irritation développés dans les points des voies sensibles situés au voisinage de la lésion.

2“ Les voies sensibles bulbaires et mésocéphaliques.

Comme font beaucoup de physiologistes, nous entendrons par mésocéphale la protubérance, les pédoncules cérébraux, les tubercules quadrijumeaux, la capsule interne, la couche optique. Le cervelet, qui y est compris aussi, et les voies cérébelleuses feront l’objet d’un chapitre spécial.

Les voies qui conduisent les impressions sensibles à travers le bulbe et le mésencéphale sont représentées par les fibres nerveuses venues de la moelle, auxquelles s’ajoutent celles des nerfs crâniens de sensibilité cutanée et profonde, pneumogastrique, glosso-pharyngien, facial (nerf de Wrisberg) et trijumeau (voy. fig. 237). Les fibres médullaires que nous savons nées des ganglions spinaux (neurone sensitif périphérique) subissent une interruption dans les noyaux des cordons grêles et restiforme ou noyaux de Goll et de Burdach (prolongements bulbaires de la corne postérieure). Les fibres sensitives contenues dans le tronc du pneumogastrique se terminent

1. Cependant on a rapporté des cas de sj'ringomyélie avec analgésie et thermoanesthésie du même côté que la lésion. Dans ces cas, les voies conductrices des impressions thermiques et douloureuses sont interrompues dès leur entrée dans la moelle, en un point limité, où les fibres radiculaires d’un côté entrent en rapport avec les cellules des cornes postérieures du même côté. Ce qui tend à le prouver d’ailleurs, c’est que la thermo-anesthésie et l’analgésie, dans ces cas, sont segmentaires, chaque segment de membre ayant dans la moelle son centre sensitif spécial, constitué par le groupe cellulaire où aboutissent les fibres de sensibilité de ce segment. Lorsque l'analgésie est croisée (syndrome de Brown-Séquard), la lésion de la moelle est située plus haut, au-dessus du neurone de relais, et alors que les prolongements issus du neurone se sont entrecroisés.

dans une masse grise bulbaire connue sous le nom de noyau du faisceau solitaire. Il en est de même pour les libres sensibles du glossopharyngien et pour celles du nerf de Wrisberg, racine sensitive du facial (Vax Gehuchten, 1900). Enün les fibres de la racine sensitive du trijumeau se mettent en rapport avec un noyau bulbo-protubérantiel très étendu en hauteur, puisqu’il descend jusqu’à la moelle au niveau du premier nerf cervical.

Toutes ces fibres sensitives s’entrecroisent dans le bulbe. Les prolongements des noyaux de Goll et de Burdach s’enlre-croisent dans la partie supérieure du bulbe et se trouvent alors situés en arrière de la portion motrice des pyramides tAÜbaires (S, fig. 238, en B) (ils en forment la portion sensitive). Ainsi se constitue d’abord la grande voie mésocéphalique des impressions sensibles vers le cerveau, le ruban de Reil.

Celui-ci s’engage dans la protubérance (fig. 238, G) en s’augmentant des fibres croisées venues des nerfs crâniens de sensibilité, glosso-pharyngien , trijumeau, pneumogastrique, y compris aussi celles de l’acoustique, dont nous parlerons bientôt. On voit donc que, au-dessus du bulbe, tous les conducteurs sensitifs se sont entre-croisés ; et c’est pour cela, nous l’avons déjà dit (p. 1003), que toutes les lésions encéphaliques unilatérales abolissent la sensibilité dans le côté opposé du corps. La figure 238 donne un schéma, par une série de coupes, de la situation occupée par les conducteurs sensibles dans la moelle, le bulbe, la protubérance et les pédoncules cérébraux. — Au delà de la protubérance, le ruban de Reil forme la calotte du pédoncule cérébral (S, fig. 238, en D), qui prend part à la constitution du segment le plus postérieur de la capsule interne et pénètre dans la couche optique, ou une très grande partie au moins, sinon la totalité, des conducteurs sensitifs se termine. De la couche optique part un nouveau neurone, thalamo- cortical, par lequel aboutissent enfin à l’écorce cérébrale les impressions cutanées.

1. L. Eoinger, célèbre analomisle et médecin allemand conlemporain.

Fig. 237. — Schéma des voies sensitives médullo-bulbaires (d'après Edikger q.

En résumé, les voies sensibles se font par étapes : l’une de la périphérie à un ganglion spinal ou crânien ; la deuxième de ce ganglion à la substance grise méduUo-bulbaire; la troisième de celle-ci

à la couche optique, et la dernière de la couche optique à l’écorce. Dans cette conduction, quatre corps de neurones sont donc intéressés ; les cellules des ganglions, celles de la substance grise médullo-bulbaire, celle du thalamus et enfin celles de l’écoi-ce.

11 importe de ï-emarquer avec Van Ge- HucHTEN que dans ce long trajet la voie de transmission de la sensibilité cutanée subit une forte réduction. « Formée de plus de 500 000 fibres nerveuse^, dans la partie périphérique, elle aboutit à la couche optique, réduite à un nombre excessivement minime de fibres constituantes» (Van Gehuchten, loc. cit., p. 848). Cette réduction s’opère dans les masses grises que traversent les fibres sensitives avant d’arriver à l’écorce. Et ceci prouve que les excitations sensitives peuvent s’arrêter dans ces masses grises médullaires ou mésocéphaliques et ainsi provoquer des mouvements réflexes (mouvements variés de défense) avant toute intervention de l’écorce cérébrale, avant toute action volontaire.

Quelles sont les preuves connues de cette conduction sensitive ?

Fig. 238. — Schéma du trajet des fibres sensibles et des fibres pyramidales (motrices volontaires) dans la moelle A, le bulbe B, la protubérance C et les pédoncules cérébraux D (.Mathias Duval).

Les faisceaux pyramidaux sont en noir et les faisceaux sensitifs ombrés de traits horizontaux; de l'autre côté, le champ de ces faisceaux porte les lettres indicatrices : PD, faisceau pyramidal direct ; — PC, faisceau pyramidal croisé ; — P, ensemble des faisceaux pyramidaux ; — S, conducteurs sensibles; — PF, partie fondamentale des cordons antérieure; — CR, corps restiforme.

1® La section transversale d’une moitié du bulbe rachidien (expériences sur le cobaye, le lapin, le chien) amène une grande diminution de la sensibilité dans les membres et le tronc du côté opposé. Cependant l’anesthésie n’est pas totale. C’est donc qu’il y a dans la moelle allongée des conducteurs sensitifs non entre-croisés. De plus, on constate une semblable diminution de la sensibilité dans la face du même côté.

Chez l’homme la destruction ou l’interruption dans le bulbe du ruban de Reil amène une hémianesthésie du côté opposé (en raison de l’entre-croisement sensitif). De plus, dans des cas d’altération des noyaux de Goll et

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