‹ Traité élémentaire de physiologieChapitre 416 sur 510 · LA SPHÈRE VISUELLE · texte numérisé non relu

LA SPHÈRE VISUELLE

De l’analyse minutieuse à. laquelle II. Munk a soumis les animaux en expérience, il semble résulter que ceux-ci voient encore, mais ne reconnaissent plus les objets; ils se meuvent sans se heurter aux obstacles placés sur leur chemin, mais ils ne remarquent rien ; ils sont devenus insensibles aux êtres et aux choses qui, avant l'opération, les émouvaient; la nourriture même placée devant eux, ils ne la distinguent pas et ne la

Fig. 250. — Schéma du trajet du nerf hèmioptique. Réflexes indiens et palpébraux

(J. Gràsset).

prennent que s’ils la sentent. Ce sont, dit Munk, comme aes nouveau-nés qui doivent apprendre à reconnaître toutes choses à la vue. En somme, ces animaux auraient perdu les images visuelles des objets, les représentations optiques. Ils sont frappés de cécité psychique.

Chez l’homme, on retrouve pour les troubles de la fonction visuelle les distinctions établies dans ceux de la fonction auditive. En outre de la cécité corticale, qui est la perte de la perception des impressions rétiniennes, il faut en effet distinguer la cécité psychique, qui est la perte des images des objets ou représentations optiques, avec conservation, au moins partielle, des impressions lundneuses (le malade, dans ces cas, voit les objets, mais sans les reconnaître), et la cécité verbale, qui est la perte de la vision des mots ; c’est par suite l'impossibilité de la lecture ; le malade est comme un individu ne sachant pas lire; ii a

perdu la mémoire des signes écrits ; dans les cas purs, les autres formes du langage sont conservées (voy. p. 1001).

La lésion qui détermine la cécité verbale se trouve dans le lobule

pariétal supérieur avec ou sans participation du pli courbe.

Comme les centres de la sensibilité cutanée et comme le centre auditif, qui sont également moteurs (voy. p. 1009 et p. 1014), l’écorce visuelle est aussi motrice (voy, p. 932).

L’excitation électrique, chez les animaux, de l'écorce visuelle provoque des mouvements associés des paupières, des deux yeux et des deux pupilles; ces mouvements diffèrent suivant les points excités :

l’excitation de la partie antérieure de cette région de l’écorce amène un mouvement des deux yeux en bas et du côté opposé à l’hémisphère excité, et la dilatation des deux pupilles, celle de la partie postérieure, un mouvement des deux yeux en haut et du côté opposé, la dilatation des deux pupilles et le soulèvement des deux paupières. Ce sont là. des mouvements identiques à ceux que fait l'animal normal quand il fixe un objet dont l’image se produit sur le point rétinien correspondant au point de l’écorce excité (voy. ce qui a été dit plus haut de la projection de la rétine sur l’écorce occipitale). Ces excitations corticales sont donc équivalentes aux excitations rétiniennes elles-mêmes; l’animal y réagit de la même façon.

fig. 25t. — Schéma du trajet des nerfs hémioculomoteurs (dextrogyre et lévogyre) et de l’élévateur de la paupière (J. Grasskt).

11 existe dans la zone sensitivo-molrice (voy. p. 1009) des centres pour les muscles des yeux et des paupières (région oculo-motrice, voy. fig, 243, p. 1010). Ce n’est pas sur ces centres qu’agissent les excitations de l’écorce occipitale qui provoquent les mouvements dont nous venons de parler (nous l’avons déjà fait remarquer p, 932 et 933).

En etfei, l’excitation de la région oculo-motrice ne détermine de mouvements que dans l’œil opposé ; celle de Técorce occipitale détermine, nous l’avons remarqué, des mouvements associés des deux yeux. D’autre part, si l’on isole complètement par des sections appropriées la zone occipitale de la zone rolandique (section des fibres d’association), l’excitation de la

Page 1