PHYSIOLOGIE DU BULBE ET DE LA PROTUBÉRANCE
Ainsi les masses grises désignées sous le nom de noyau du facial sont le véritable centre des actions réflexes du nerf facial. 11 sulllt que ce centre soit intact et que le nerf reste en relation avec lui pour que les mouvements réflexes des muscles faciaux puissent être mis en jeu. C'est ainsi que l’on voit, dans cés conditions, persister le clignement réflexe des paupières. De plus, ces expériences ont montré que le noyau d’origine du facial du côté droit et le noyau d’origine du facial du côté gauche sont en communication rûn avec l'autre par des libres commissurales, qui permettent et assurent le synchronisme du clignement bilatéral. En effet, une incison antéropostérieure faite au milieu du sillon médian du quatrième ventricule abolit ce synchronisme. — De même, le centre des mouvements réflexes involontaires) qui succèdent à une impression brusque de l’ou'ie, est dans la région bulbo-protubérantielle, ainsi que devaient le faire prévoir les rapports anatomiques des noyaux de l’acoustique avec les noyaux moteurs voisins. Les expériences de Vülpian sont très explicites à ce sujet. Si, après avoir enlevé à un rat, par exempte, le cerveau proprement dit, les corps striés et les couches optiques, on vient à produire près de lui un bruit qui a habituellement la propriété de faire tressaillir l’animal, on voit aussitôt celui-ci, très tranquille depuis l’opération par laquelle a été supprimé tout mouvement spontané, faire un brusque soubresaut; et, chaque fois que le même bruit se renouvelle, le même soubresaut a lieu. Le centre de la sensibilité auditive excito-réflexe simple (sans participation de la mémoire et de l’intelligence) est donc dans la protubérance, d’après ces expériences.
La physiologie pathologique, à son tour, nous a donné l’analyse d’affections bien déterminées qui ont leurs origines dans des lésions plus ou moins circonscrites des noyaux gris bulbaires. Rappelons cette maladie k symptomatologie si curieuse, découverte par Düchenne (de Boulogne), et caractérisée par une paralysie des muscles de la langue, du voile du palais et des lèvres [paralysie glosso-labio-laryngée) . Les troubles liés à la paralysie de la langue constituent le principal symptôme en même temps que le début de la maladie ; l’orbiculaire des lèvres ne tarde pas à se paralyser à son tour; et enfin, dans les phases ultimes de la maladie, des symptômes plus graves se développent : accès d'étouffement, syncopes ; à l’autopsie, on constate que les noyaux bulbaires de l’hypoglosse, du facial (noyau inférieur) et des autres nerfs mixtes, sont atteints d’ui e dégénérescence de leurs cellules qui peuvent avoir subi une atrophie si complète qu’elles ont parfois complètement disparu. Les noyaux des hypoglosses sont ceux que l’on trouve constamment le plus profondément altérés ; ceux du spinal, du facial inférieur et du masticateur sont pris plus ou moins profondément.
La connaissance des noyaux des nerfs bulbaires et de leur situation au contact des fibres blanches médullaires entre-croisées permet de se rendre compte de certaines formes de paralysies intéressant la face ou quelques muscles de la face d’un côté, et les membres du côté opposé (paralysies alternes de GublerM- Si l’on se rappelle le mode de groupement des noyaux d’origine des nerfs bulbaires, voici les déductions que l'on peut
1. A. Gubler (1821-1879), médecin français, fut professeur de thérapeutique à la Faculté de médecine de Paris.
tirer a priori et que les faits cliniques viennent confirmer entièrement : supposons une tumeur ou une lésion quelconque désorganisant une des moitiés latérales de la région de la protubérance, ou de la partie supérieure du bulbe, ou de la partie postérieure des pédoncules cérébraux. A ces divers niveaux existent, soit le noyau du facial et du moteur oculaire externe, soit le noyau masticateur, soit enfin le noyau du moteur oculaire commun et du pathétique. Tandis que la lésion des faisceaux blancs circonvoisins produira, en raison de l’entre-croisement de ces faisceaux au niveau du collet du bulbe, une hémiplégie du côté opposé à la lésion centrale, cette même lésion, atteignant les noyaux sus-indiqués, produira une paralysie directe dans le domaine du facial et du moteur oculaire externe, une anesthésie directe dans le domaine du trijumeau, avec une paralysie également directe du nerf masticateur, ou bien encore et selon le niveau, une paralysie directe du moteur oculaire commun; et toutes ces paralysie» directes, c’est-à-dire du même côté que la lésion centrale, présenteront, parce qu’elles atteignent le noyau même des nerfs, les caractères des paralysies d’origine périphérique, c’est-à-dire qu’elles s’accompagneront de l’atrophie rapide des muscles et delaperte précoce de Texcitabilité électrique.
Les principaux centres bulbaires sont les suivants : centre de Véternuement : les irritations nasales, transmises par le trijumeau, sont réfléchies sur les nerfs des muscles expirateurs; centre du clignement des yeux : les excitations de la cornée et de la conjonctive suivent le trijumeau et se réfléchissent sur le facial ; centre pour les mouvements de latéralité des yeux (voy. p. 931) ; centre de la phonation, puisque les nerfs du larynx ont leur origine dans le bulbe : après l’extirpation du cerveau, y compris la protubérance, sur un jeune animal on provoque encore des cris par des excitations douloureuses, mais la destruction du bulbe rend ces cris impossibles.
D’autres centres président à des actes de la vie végétative ; nous les avons déjà presque tous étudiés. Ce sont: le centre de la mastication (voy. p. 170) ; le centre de la succion : la voie centripète du réflexe est le trijumeau, et la voie centrifuge est la même que pour la mastication, c’est-à-dire qu’elle est représentée par les nerfs maxillaire inférieur, facial et hypoglosse ; le centre du vomissement (voy. p. 233) ; les centres sécréteurs salivaire (voy. p. 183), gastrique (p. 207), glycosique (p. 615), sudoral (p. 772) ; les centres accélérateur et modérateur cardiaques (voy. p. 459 et 467); les centres vaso-moteurs (voy. p. 482 et 484) ; le centre de la toux : les excitations de la muqueuse laryngo-bronchique sont transmises au bulbe par le pneumogastrique et réfléchies sur les nerfs des muscles expirateurs.
2° Centres coordinateurs et régulateurs bulbo-protubérantiels.
Ce n est pas que, parmi les centres précédents, il n’y en ait, comme celui des nerfs laryngés ou nerfs de la phonation, celui de la